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MangaLangue d’origine : Japonais

L'homme qui valait 100 millions

Première publication
2005
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Vingt-cinquième tome de la série chez Glénat, ce volume réunit les chapitres 227 à 236 et referme l'escale de l'équipage sur Jaya, dernier palier avant la montée vers l'île céleste. Il s'ouvre sur la légende de Montblanc Norland, resté dans les mémoires comme le roi des menteurs pour avoir juré qu'il avait vu une cité d'or. Son descendant, Montblanc Cricket, vit sur l'île avec cet héritage encombrant : c'est lui qui parle à Luffy et aux siens de la cité disparue et de ces îles suspendues au-dessus des nuages. Suivent un repas partagé, puis la chasse au South Bird, l'oiseau censé indiquer la route, menée avec l'alliance des forces spéciales simiesques. Bellamy la hyène s'invite dans l'affaire, et Luffy, dont la tête vaut désormais cent millions, a cette fois une réponse à lui donner. En marge, le pirate Marshall D. Teach, dit Barbe Noire, croise la route de l'équipage, tandis que la plus haute instance mondiale se réunit pour désigner un successeur à Crocodile chez les Grands Corsaires. Les derniers chapitres se tournent vers le Knock-up Stream, geyser géant censé propulser un navire jusqu'aux nuages, et vers le départ pour les cieux.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le tome où la légende devient un cap

Certains tomes de One Piece poussent le récit en avant, d'autres l'installent. Le vingt-cinquième appartient à la seconde catégorie, sans pour autant tourner à vide : il fonde une légende, il solde une dette contractée au volume précédent, il pose deux ou trois jalons dont on ne mesure pas encore la portée. Ouvert au hasard, c'est un tome bavard qui s'achève sur une promesse. Lu à sa place, entre l'escale de Mock Town et le départ vers les nuages, c'est l'un des volumes les mieux tenus de cette période de la série.

Le tome se découpe en trois mouvements très inégaux, et ce déséquilibre assumé fait tout son intérêt. Le premier est un mouvement de parole : Cricket raconte, la légende de Norland occupe des chapitres entiers, et l'équipage écoute. Prendre ce risque dans une série prépubliée en hebdomadaire, où chaque chapitre doit tenir seul devant le sommaire du Weekly Shonen Jump, n'a rien d'évident. Oda s'en tire en traitant l'exposition comme une scène et non comme un exposé : le récit du roi des menteurs est mis en images plutôt que rapporté de bulle en bulle. Le deuxième mouvement est physique et franchement burlesque, avec le repas partagé puis la chasse au South Bird aux côtés de l'alliance des forces spéciales simiesques, où le dessin retrouve ses cases larges, ses visages déformés et son goût du chahut collectif. Le troisième est la décharge que le lecteur attend depuis un volume entier.

C'est là que le tome trouve sa dramaturgie. Bellamy avait été installé au volume précédent comme un affront laissé sans réponse, et l'auteur avait tenu bon en refusant la riposte immédiate. Le règlement de comptes arrive ici avec une sécheresse remarquable : pas de crescendo, pas de démonstration de force, une mise à terre. Le titre du tome dit tout le mécanisme, puisque la prime de cent millions n'est pas seulement un chiffre imprimé sur un avis de recherche, c'est le nouvel étalon auquel se mesure ce que Luffy est devenu depuis Alabasta. La série a rarement fait aussi court pour dire aussi clairement qu'un seuil vient d'être franchi.

Le noir et blanc, lu de droite à gauche, travaille ici deux registres opposés. D'un côté la caricature massive, celle de Cricket et de ses alliés simiesques, silhouettes énormes au trait épais, qui donne à ces chapitres leur tempo de fanfare. De l'autre une gravité de vieille gravure marine dans les planches tournées vers Norland et la cité disparue, où les noirs se densifient et le cadrage se pose. Les deux registres ne se contredisent pas, ils répartissent le volume entre ce qui s'est perdu et ce qui reste à trouver. Le tome se referme d'ailleurs sur une idée de dessin : après des chapitres entiers de rivages et de lignes d'horizon, la verticalité brutale du Knock-up Stream contredit d'un coup l'horizontalité de toutes les planches maritimes qui précèdent.

Reste ce que le volume ne paie pas. La réunion de la plus haute instance mondiale et l'apparition de Barbe Noire fonctionnent comme des inserts : elles coupent le fil de Jaya, n'apportent aucune résolution et misent sur la mémoire du lecteur à très long terme. C'est la logique même d'une série au long cours, et un tome de manga se juge aussi à sa capacité à porter ce qui ne lui appartient pas encore. Celui-ci le fait sans s'alourdir, parce que ses inserts sont brefs et bien placés, juste avant que l'aventure ne quitte le niveau de la mer.

Notre verdictUn tome de transition qui refuse de n'être qu'un tome de transition. Oda consacre l'essentiel de sa place à installer une légende et une géographie impossible, puis règle en quelques planches le compte laissé ouvert au volume précédent, avant de refermer sur une image verticale qui annonce le changement d'échelle à venir. L'écart entre la longue exposition et la brièveté de la confrontation n'est pas un défaut de construction, c'est le sujet même du volume : la légende devient un cap, et la prime de cent millions devient le nouvel étalon du héros. Les inserts qui préparent des intrigues très lointaines pèsent un peu, et l'adversaire du tome sort de scène sans avoir eu le temps d'exister pleinement. Il n'empêche : comme fragment de récit, c'est-à-dire comme ce qu'un tome de manga est réellement, celui-ci est parfaitement calibré.

Points forts

  • Une exposition qui se regarde au lieu de se subirLe passé de Montblanc Norland et la cité d'or ne sont pas expédiés en un monologue: ils sont mis en scène, avec un traitement graphique distinct du reste du tome. Le volume transforme une masse d'informations, indispensable pour comprendre la suite de l'arc, en morceau de récit autonome, ce qui reste la meilleure façon de faire tenir des chapitres d'exposition dans une prépublication hebdomadaire.
  • Une dette narrative soldée d'un seul gesteL'affrontement avec Bellamy est le sommet du tome précisément parce qu'il refuse la longueur. Oda avait laissé l'humiliation s'installer, il en encaisse ici les intérêts sans étirer la scène. Ce choix de dramaturgie, rare dans une série de combat, donne au titre du volume sa charge exacte: la prime de cent millions se lit comme un fait scénique, pas comme un chiffre annoncé.
  • Une clôture qui est d'abord un problème de mise en pageTerminer un tome sur le Knock-up Stream, c'est confier l'attente à une image plutôt qu'à une réplique. Après des chapitres entiers d'îles, de rivages et de lignes d'horizon, la verticalité du geyser suffit à annoncer le changement de monde qui attend l'équipage, sans qu'il soit besoin de l'expliquer.

Réserves

  • Une première moitié très parlanteEntre le récit de Norland, les explications de Cricket et les hypothèses sur les îles célestes, une bonne part du volume consiste à écouter. Le lecteur venu chercher de l'action attendra longtemps, et la densité de noms propres et de dates rend ces chapitres exigeants pour qui lit distraitement ou reprend la série après une interruption.
  • Des graines qui ne germent pas iciLa réunion consacrée à la succession de Crocodile et le passage de Barbe Noire n'ont, dans les limites de ce tome, aucune conséquence lisible. Ce sont des promesses posées pour des volumes lointains, et elles interrompent momentanément l'unité d'un arc qui, sans elles, tiendrait sur une seule île et un seul objectif.
  • Un antagoniste consommé viteL'efficacité de la scène de Bellamy a son revers: le personnage, construit sur deux volumes, sert surtout de mesure à la progression du héros. Il en ressort avec une fonction très nette et une épaisseur assez mince, là où les adversaires marquants de la série se voient offrir davantage de place pour exister par eux-mêmes.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse aux lecteurs qui suivent la série dans l'ordre et qui viennent de terminer l'escale de Mock Town : il forme la seconde moitié d'un même mouvement et perd beaucoup à être ouvert au hasard. Il conviendra particulièrement à ceux qui aiment, dans One Piece, la part mythologique et cartographique, les légendes maritimes, les explorateurs traités en menteurs et les indices semés pour bien plus tard. Ceux qui lisent la série avant tout pour ses affrontements y trouveront un volume de préparation, avec une seule décharge, brève et remarquablement placée. Idéalement, il se lit à la suite du tome précédent et immédiatement avant le suivant, l'ensemble formant le sas qui mène l'équipage au-dessus des nuages.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.