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MangaLangue d’origine : Japonais

L'icône du mal

Première publication
2016
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Neuvième volet de l'arc Dressrosa, ce tome relié réunit les chapitres 776 à 785, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump. La bataille pour libérer l'île entre dans sa phase décisive. Le volume s'ouvre sur le Colisée et sur les combattants ralliés à l'équipage au chapeau de paille, puis engage le duel de Roronoa Zoro contre Pica, adversaire capable de se couler dans la pierre de la ville : « Zoro versus Pica », « Stratégie numéro 5 ». Oda referme ensuite la confrontation la plus intime de l'arc, celle de Trafalgar Law et de Don Quijote Doflamingo, l'ancien protégé devant celui qui a façonné son enfance et dont l'emprise s'exerce jusque sur son cœur : « Mon dernier combat », « L'emprise du cœur », « Sa volonté ». Le chapitre « L'icône du mal », qui donne au volume son titre, installe Doflamingo dans toute son ampleur. Le dernier tiers amène le face-à-face attendu depuis des centaines de pages, Luffy contre Doflamingo, et le déploiement du Gear Fourth. Le tome s'interrompt au cœur de cet affrontement, sans en livrer l'issue.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Dressrosa passe la quatrième

Un tome de shonen au long cours ne se juge pas comme un récit clos : il se juge à la façon dont il tient sa portion de courbe. Le soixante-dix-huitième volume de One Piece, publié chez Glénat sous le titre « L'icône du mal », occupe une position aussi enviable que périlleuse : il doit solder une trajectoire ouverte plusieurs volumes plus tôt, celle de Trafalgar Law, et allumer dans le même mouvement la mèche du duel vers lequel tout l'arc converge. Dix chapitres pour deux tâches contradictoires, l'une qui réclame du recueillement, l'autre de la vitesse.

Le découpage du volume repose sur une bascule nette. Les trois premiers chapitres, « Le héros du Colisée », « Zoro versus Pica » et « Stratégie numéro 5 », tiennent plusieurs fronts à la fois : la mêlée des combattants du Colisée ralliés à l'équipage au chapeau de paille, la progression vers le sommet de la ville où Doflamingo attend, et le duel de Zoro contre un adversaire qui se confond avec la pierre. Oda y pratique un montage alterné serré qui donne l'illusion d'un temps unique alors que chaque ligne d'action avance à son rythme propre. Le procédé lui est familier depuis longtemps, mais il sert ici une idée que le titre du troisième chapitre énonce sans détour : à ce stade de la bataille, la force ne suffit plus, il faut un plan, et un plan suppose du monde.

La deuxième partie change de régime. Le montage se resserre jusqu'à devenir tunnel : trois chapitres, « Mon dernier combat », « L'emprise du cœur » et « Sa volonté », ramènent l'attention sur Law et Doflamingo. C'est là que le tome donne le meilleur de sa dramaturgie. Les volumes précédents avaient consacré une large place à l'enfance de Law et à la figure de Corazon ; celui-ci en encaisse le rendement. L'emprise que Doflamingo exerce sur le cœur de son ancien protégé n'est pas une métaphore commode : elle fait d'un affrontement de pouvoirs un règlement de comptes affectif, où chaque coup porté a déjà été payé ailleurs. Le chapitre qui donne son titre au volume achève le portrait : Doflamingo n'y est plus un simple obstacle de fin d'arc, il occupe la place d'un principe.

Graphiquement, le volume travaille l'échelle. Pica offre l'occasion de dessiner des masses de pierre colossales au milieu d'une architecture déjà baroque, et les meilleures planches sont celles où une silhouette humaine minuscule sert d'unité de mesure à un bloc qui dévore la page. Le noir et blanc y gagne en franchise. Revers de la médaille : dans les cases les plus chargées, la pierre, les décombres et le décor se confondent, et la lecture de droite à gauche demande parfois une seconde passe pour reconstituer la trajectoire des corps. L'arrivée du Gear Fourth relève d'une autre logique : Oda sait qu'il joue là sa carte visuelle la plus voyante depuis longtemps, et il lui ménage l'espace qu'elle réclame.

Reste le rythme d'ensemble. Dressrosa est à cette date le plus long arc que la série ait produit, et la facture commence à arriver. Le volume traîne une population d'alliés si nombreuse que la couverture peine à la faire tenir, et qu'aucun de ces personnages ne dispose à l'intérieur de plus de quelques planches. Le tome le sait et tranche : il sacrifie l'ampleur chorale à deux lignes de force. C'est ce qui explique qu'il se lise plus vite et plus droit que ceux qui le précèdent immédiatement, et aussi qu'il abandonne en chemin une partie de la troupe que l'arc avait pris la peine de constituer.

Notre verdictCe tome fait ce qu'un bon volume de shonen au long cours doit faire : il solde une dette narrative avant d'en ouvrir une autre. En réglant le compte de Law et de Doflamingo dans son ventre plutôt qu'à sa dernière page, Oda évite le finale embouteillé et libère la place que réclame le morceau de bravoure suivant. Le montage alterné de l'ouverture est efficace sans être neuf, la partie centrale est la plus dense de l'arc sur le plan dramatique, et l'arrivée du Gear Fourth est amenée avec un sens du calendrier que peu de séries conservent aussi loin dans leur course. Ce n'est pas un tome autonome et il ne prétend pas l'être : c'est le point où une très longue montée cesse d'être une montée.

Points forts

  • Une bascule de découpage placée au bon endroitLe volume abandonne son montage à plusieurs foyers pour un tunnel à deux personnages au moment exact où l'accumulation devenait fatigante. Ce changement de régime, aux alentours du quatrième chapitre, rend de la profondeur de champ à un arc que sa population d'alliés menace d'aplatir depuis plusieurs tomes.
  • Le passé de Law converti en contrainte de combatCe que les volumes précédents avaient raconté de l'enfance de Law cesse ici d'être du contexte pour peser sur l'affrontement en cours. L'emprise exercée sur son cœur fait de ce duel autre chose qu'un échange de pouvoirs, et donne à ces chapitres la charge émotionnelle la plus lourde de tout l'arc.
  • Un dessin qui retrouve le sens de l'échelleFace à Pica, Oda replace des silhouettes minuscules au pied de masses de pierre qui occupent presque toute la planche. Le noir et blanc y est franc, et la lisibilité du gigantisme repose sur le seul rapport de taille, sans surcharge d'effets de vitesse.
  • Une coupe de fin de tome calculée au chapitre prèsLe volume s'arrête au cœur du duel principal, juste après avoir dévoilé sa carte visuelle la plus spectaculaire. La coupe est arbitraire par nature, puisqu'elle suit le découpage de la prépublication, mais elle tombe à l'endroit précis où il devient coûteux de refermer le livre.

Réserves

  • Un fragment qui n'existe pas sans ses voisinsLu seul, ce tome est un milieu de bataille sans exposition ni conclusion: on entre en cours de combat, on sort en cours de combat. C'est la loi du genre, mais elle est ici poussée loin, puisque le poids émotionnel du duel central repose entièrement sur des volumes antérieurs que celui-ci ne prend pas la peine de rappeler.
  • Une lisibilité mise à l'épreuve dans les cases de pierreQuand Pica occupe la planche entière, les blocs, les décombres et l'architecture de la ville finissent par se confondre en un magma de traits où l'œil suit mal la trajectoire des corps. Certaines pages demandent une seconde lecture pour reconstituer qui frappe qui, ce qui casse l'élan que le montage avait patiemment installé.
  • Une figuration trop nombreuse pour existerLa foule de combattants du Colisée et d'alliés ralliés au fil de l'arc traverse le volume sans que presque aucun ne dépasse le statut de fonction narrative: du renfort, du public, de l'appui. L'attachement que la série voudrait leur faire porter reste une intention plutôt qu'un acquis.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent Dressrosa depuis son ouverture : il ne s'ouvre pas à un nouveau venu, qui n'y verrait qu'une succession de combats sans enjeu affectif. Pour les autres, il fait office de récompense, puisqu'il convertit en drame ce que les volumes précédents avaient patiemment accumulé autour de Law. Les amateurs de combat spectaculaire y trouvent une transformation longuement préparée et son premier déploiement. Ceux que les antagonistes intéressent davantage que les héros y lisent le portrait le plus fourni de Doflamingo depuis son entrée dans le récit. En revanche, qui découvre la série fera mieux de commencer par une ouverture d'arc, ou tout simplement par le premier tome.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.