De quoi parle ce livre ?
Soixante-treizième tome de One Piece, publié chez Glénat en janvier 2015, ce tankobon réunit les chapitres 722 à 731, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et poursuit l'arc Dressrosa au cœur de la saga du même nom. Le volume fait remonter la vérité sur la tragédie du royaume : la dynastie des Riku retrouve son visage, le sang royal de Rebecca cesse d'être un secret et un héros resté tapi dans l'ombre reprend sa place dans l'histoire. Sur l'autre versant du tome, la mécanique se grippe. Le piège tendu par Doflamingo fait dérailler la stratégie montée par Trafalgar Law, et les deux Grands Corsaires s'affrontent directement. Les événements prennent une tournure très différente de celle que Law avait prévue, et les alliés lancent l'opération Dressrosa S.O.P., qui donne son titre au volume et engage la guerre totale contre Doflamingo et sa Family. Dix chapitres de bascule, qui referment le temps des préparatifs et ouvrent celui de l'assaut sans encore rien trancher.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le tome où le plan de Law se retourne contre lui
Il y a des tomes de One Piece qui prolongent et des tomes qui bifurquent. Le soixante-treizième appartient sans hésiter à la seconde catégorie. Depuis l'alliance nouée à Punk Hazard, l'arc Dressrosa se déroulait selon un plan : celui de Trafalgar Law, exposé, discuté, mis en place pièce par pièce. Ces dix chapitres sont ceux où le plan casse, et où il faut en improviser un autre sans quitter la ligne droite. D'où un titre qui n'ouvre pas le volume mais le referme : L'opération Dressrosa S.O.P. nomme la riposte, pas la situation.
La table des matières suffit à lire la charpente du volume, et elle n'est pas celle qu'on attendrait. Oda ouvre sur la révélation, De sang royal, enchaîne aussitôt sur la panne, Changement de plan puis La stratégie de Law, s'attarde dans l'arène avec L'invaincue, fait tomber un masque avec La dynastie des Riku, puis laisse le passé du royaume envahir le récit avec Un héros tapi dans l'ombre et Tragédies, avant de rendre la main au présent par Grand Corsaire contre Grand Corsaire, Trois atouts et L'opération Dressrosa S.O.P. Le passé n'est donc pas un prologue : il s'intercale au moment précis où le dispositif se retourne. Quand l'opération est enfin lancée, on ne se bat plus pour un objectif tactique, on se bat pour une injustice qu'on vient de comprendre.
Dramaturgiquement, c'est le tome de la panne. One Piece a l'habitude des plans qui aboutissent de justesse ; ici, le piège de Doflamingo désarticule celui de Law, et la rupture est d'autant plus efficace que le lecteur avait investi plusieurs tomes dans ledit dispositif. Le face-à-face entre les deux Grands Corsaires n'est pas un combat de plus dans une série qui n'en manque pas : c'est le moment où la stratégie cesse d'être un abri et où Law doit payer de sa personne. Oda tient là une ligne étonnamment adulte pour du shonen, puisqu'il fait coûter quelque chose au fait de s'être trompé.
Le rythme, en revanche, est celui d'un milieu d'arc, avec ce que cela suppose de saturation. Dressrosa fonctionne comme un échiquier à étages : l'arène, le palais, la ville, les alliés dispersés aux quatre coins de l'île. Le volume doit tenir toutes ces cases à la fois, et la lecture demande de la mémoire. Reliés en tankobon, ces chapitres prépubliés semaine après semaine gagnent d'ailleurs à être lus d'une traite : le cliffhanger de fin de chapitre s'efface alors au profit d'une courbe d'ensemble, celle d'un piège qui se referme puis d'une riposte qui s'organise.
Les planches en noir et blanc absorbent cette densité mieux qu'on ne pourrait le craindre. Oda traite les foules par masses de trames plutôt que par accumulation de détails, isole ses visages sur des cases larges quand il veut un temps d'arrêt, et fait des fils de Doflamingo un motif graphique qui structure la page autant qu'il menace les personnages. Le contraste entre le grotesque assumé de la Family, tout en surcharge et en silhouettes déformées, et la sobriété presque immobile des séquences tournées vers le passé donne au tome son relief.
Quant à sa place dans l'arc, elle est nette : ce volume ferme le temps de la préparation. Il ne conclut rien, il arme tout. Lu isolément, il frustre ; lu à son rang, il fait exactement ce qu'un tome de bascule doit faire, en laissant le lecteur devant une opération nommée et pas encore menée.
Notre verdictUn tome de bascule très bien tenu, qui réussit le geste le plus difficile d'un feuilleton au long cours : casser sa propre mécanique sans perdre son lecteur. La révélation sur la dynastie des Riku donne enfin à Dressrosa la charge émotionnelle que l'arc cherchait depuis son ouverture, et l'échec du plan de Law transforme une opération clandestine en guerre déclarée. On lui reprochera ce qu'on reproche à tous les tomes de milieu d'arc chez Oda : une densité de fronts qui exige de la concentration, une fin qui promet plus qu'elle ne livre, et un retour vers le passé dont les ressorts sont un peu attendus. Mais dans l'économie de la série, ces dix chapitres pèsent lourd. Ils font passer Dressrosa du statut de terrain de jeu à celui d'enjeu.
Points forts
- Une révélation qui redonne un centre à l'arcEn remontant à la dynastie des Riku, au sang royal de Rebecca et à ce héros resté tapi dans l'ombre, le tome offre enfin à Dressrosa autre chose qu'un décor spectaculaire. Le royaume cesse d'être un terrain de jeu à gladiateurs pour devenir une histoire volée à ses habitants. C'est ce basculement qui donne rétrospectivement du sens aux tomes précédents et qui justifie la violence de ce qui s'annonce.
- Un renversement assumé: le plan qui casseFaire échouer la stratégie de Law au moment précis où elle devait aboutir est un choix risqué dans une série où le lecteur a appris à faire confiance aux plans. Oda l'assume jusqu'au bout, jusqu'au face-à-face frontal entre les deux Grands Corsaires que le chapitre 729 met en titre. Le suspense change de nature: on ne se demande plus si le plan marchera, mais ce qu'il reste à faire quand il n'y a plus de plan.
- Un noir et blanc qui organise la saturationDans un sens de lecture japonais qui pousse l'œil de case en case, Oda alterne compositions surchargées et respirations muettes avec un métier réel. Les trames servent la masse, le trait garde le grotesque de la Family lisible en pleine mêlée, et les fils tendus par Doflamingo deviennent un élément de mise en page à part entière. Rien n'est joli au sens décoratif, tout est efficace au sens narratif.
Réserves
- Un volume qui arme tout et ne conclut rienLe tome s'achève sur le lancement d'une opération, pas sur son issue. C'est cohérent avec sa fonction de charnière, mais cela signifie qu'il ne se referme jamais vraiment: la promesse y est plus grande que ce qui est livré. Le lecteur qui n'a pas le tome suivant sous la main risque une frustration nette, d'autant que plusieurs fils ouverts dans ces dix chapitres n'appellent aucune réponse avant longtemps.
- Une densité de fronts qui pèse sur la lectureDressrosa est à ce stade l'arc le plus peuplé de la série, et ce volume en paie le prix. Entre l'arène, le palais, les alliés dispersés et une galerie de seconds rôles qui ne cesse de s'élargir, il faut par moments un effort de mémoire pour savoir qui est où et pourquoi. Les meilleures pages du tome sont précisément celles où Oda accepte de tout arrêter pour ne suivre qu'une seule ligne.
- Une tragédie racontée avec des moyens éprouvésLe retour vers le passé fonctionne, mais Oda y recourt à des ressorts qu'il a déjà beaucoup employés: injustice frontale, contraste maximal entre la bonté d'un camp et la cruauté de l'autre, larmes en gros plan. L'émotion arrive, sans grande surprise de construction. On aurait aimé un peu plus d'ambiguïté dans la mise en place de la tragédie.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans l'arc Dressrosa, qui ont suivi l'alliance nouée à Punk Hazard et attendaient de savoir sur quoi reposait vraiment le plan de Law. Il rendra service aussi à ceux qui trouvaient l'arc trop peuplé : les révélations sur la dynastie des Riku redonnent un centre émotionnel à un décor jusque-là surtout spectaculaire. Ce n'est évidemment pas un point d'entrée dans la série, ni même dans l'arc, puisque le volume présuppose une bonne dizaine de tomes de contexte et une mémoire solide des seconds rôles. Les amateurs de shonen stratégique, ceux qui aiment qu'un récit d'action se construise comme une partie à plusieurs coups, y trouveront le passage le plus stimulant de la saga Dressrosa jusqu'ici.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.