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MangaLangue d’origine : Japonais

La coqueluche du village d'Ebisu

Première publication
2020
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-treizième volume de la série chez Glénat, ce tome réunit les chapitres 932 à 942 et poursuit l'arc du Pays des Wa. Il s'ouvre au château d'Orochi, où la grande courtisane Komurasaki gifle le shogun qui vient de s'en prendre à sa jeune apprentie Toko. Le geste trouve son exécutant dans le yakuza Kyoshiro, et jette Nami, Robin et Brook sur les routes, jusqu'aux neiges de Ringo. Zoro y croise le fer avec le moine soldat Gyukimaru, sur le pont des détrousseurs, pour reprendre son sabre Shusui, avant de devoir répondre à l'assassin lancé sur les fuyards. C'est là aussi qu'une identité longtemps tenue secrète se découvre, au chevet d'un blessé. À Udon, Luffy prend la défense du vieux Hyogoro, ancien chef des yakuzas devenu prisonnier de la carrière : tous deux sont livrés au « Sumo Inferno », divertissement mortel orchestré par la superstar Queen, et le vieil homme se révèle maîtriser un usage du fluide qui échappe encore au capitaine. Ailleurs, la conjuration du clan Kozuki vacille. L'appel aux armes a fuité, les porteurs du tatouage en croissant de lune sont traqués, et Tonoyasu, la coqueluche du village d'Ebisu, s'avance sur le devant de la scène au pire moment.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

One Piece tome 93 : le rire d'Udon, le sang de la capitale

Bien engagé dans l'arc du Pays des Wa, ce tome 93 arrive au moment où Eiichirō Oda doit tenir ensemble trois fils devenus autonomes : les intrigues de cour de la Capitale des Fleurs, la carrière aux prisonniers d'Udon, les neiges de Ringo. Paru chez Glénat le 2 janvier 2020, il réunit onze chapitres prépubliés dans le Weekly Shonen Jump en un volume plus resserré qu'il n'y paraît, où le comique appuyé de la prison sert de paravent à l'une des séquences les plus sèches que la série ait produites.

Le découpage repose sur une alternance à trois voix qui aurait pu disloquer le volume et qui, au contraire, lui donne sa tenue. Oda ouvre sur un pic dramatique, la gifle au château puis le coup porté par Kyoshiro, laisse le silence retomber, et bascule aussitôt à Udon pour un long segment burlesque. Le contraste n'est pas une facilité de feuilletonniste : il installe une fausse sécurité. Le lecteur de tankobon, qui enchaîne les onze chapitres au lieu de les recevoir à une semaine d'intervalle, perçoit mieux que celui de la prépublication la façon dont le tome fabrique son propre piège, en repoussant à la dernière ligne droite le paiement de la dette ouverte dès les premières planches.

Le bloc d'Udon est le plus classiquement shonen du lot : arène, règle du jeu absurde, mentor de fortune. Oda y loge pourtant l'étape suivante de Luffy, et il la confie non à un adversaire à terrasser, mais à un vieillard décharné qui sait déjà projeter le fluide là où le capitaine échoue encore. La puissance ne se gagne plus par escalade, elle s'apprend, et cela dit assez où en est l'arc. Le bloc de Ringo joue une autre carte, celle du chanbara, avec un duel sur un pont enneigé qui doit autant au cinéma de sabre qu'au manga d'aventure, et une révélation d'identité amenée par une conversation entre une soigneuse et un blessé, sans effet de manche ni double page tonitruante. Le fil de la capitale, lui, fonctionne en contrechamp permanent : on y suit moins des combattants que des gens ordinaires, un habitant d'Ebisu, une enfant, une foule, dont la vulnérabilité devient le vrai sujet.

Graphiquement, le tome exploite le noir et blanc avec une netteté peu commune, même chez Oda. Les trames de neige de Ringo, les aplats de nuit sur la capitale et la surcharge grotesque des planches d'Udon composent trois régimes visuels immédiatement identifiables à la lecture de droite à gauche : on sait où l'on est avant d'avoir lu une bulle. Le design de Queen pousse la caricature jusqu'à la difformité joviale, masse épaisse et faconde d'animateur de jeu télévisé, alors que les scènes de la Capitale des Fleurs reviennent à un trait plus sobre, presque documentaire dans le rendu des kimonos et des architectures. Le pastiche d'estampe qu'Oda pratique depuis le début de l'arc trouve ici quelques-unes de ses plus belles pages, sans jamais verser dans la carte postale.

La dramaturgie tient à un renversement de statut. Le personnage que le récit tenait jusque-là du côté du comique, un homme sans rang apparent, se révèle porteur de la seule décision politique lucide du tome, et il l'exécute par le mensonge et par la dérision plutôt que par le sabre. C'est là que le volume trouve sa place dans l'arc : il ne rapproche pas l'assaut d'un jour, mais il change la nature de ce qui est en jeu. Après des tomes occupés à réunir des alliés et à compter des forces, celui-ci rappelle ce que la tyrannie d'Orochi coûte à ceux qui n'ont ni fruit du démon ni prime sur la tête. Le rythme s'en ressent : deux tiers de tumulte comique, un dernier tiers où le bruit s'éteint d'un coup et où la mise en scène se met à compter les silences. Peu de tomes de la série assument un décrochage aussi net.

Notre verdictTome de transition sur le papier, ce quatre-vingt-treizième volume est en réalité l'un des mieux construits de l'arc du Pays des Wa. Oda y fait tenir onze chapitres très hétérogènes par la seule vertu du contraste : il amuse longuement pour mieux frapper à la fin, et il confie la charge émotionnelle du volume non pas à ses héros, mais à un vieux prisonnier de la carrière d'Udon et à un habitant du village d'Ebisu. Le prix à payer est réel, l'intrigue politique piétine et le segment d'arène s'allonge, mais la dernière ligne droite emporte tout. On y voit ce que la série sait faire quand elle range un instant sa mécanique de surenchère : cadrer un visage, laisser tomber le silence sur une planche, et transformer un personnage comique en figure tragique sans avoir prévenu personne. Un tome à lire d'une traite, puis à relire pour mesurer combien sa première moitié préparait la seconde.

Points forts

  • Un contraste de tons calculé au chapitre prèsLe passage du burlesque d'Udon à la sécheresse de la fin de volume n'est pas un simple effet d'alternance: le comique désarme le lecteur avant que le récit ne referme le piège. Lu d'une traite en tankobon, l'effet est nettement plus fort qu'en prépublication hebdomadaire.
  • Trois régimes graphiques nettement séparésTrames de neige à Ringo, aplats de nuit sur la Capitale des Fleurs, surcharge grotesque dans la carrière d'Udon: chaque décor a sa texture propre et son économie de noirs. Le lecteur se repère instantanément dans un montage pourtant très fragmenté.
  • Une progression par transmission, pas par escaladeConfier l'étape suivante de Luffy à un vieux prisonnier affamé, qui maîtrise un maniement du fluide encore hors de portée du capitaine, plutôt qu'à un adversaire plus fort, est un choix d'écriture peu courant dans le shonen de combat. Il donne à Hyogoro une épaisseur immédiate, sans recourir au flash-back explicatif.
  • Un dernier tiers d'une rare tenue tragiqueLes chapitres de clôture confient la charge morale de l'arc à des personnages sans pouvoir ni prime sur la tête, et Oda les traite sans ironie protectrice ni contrepoint comique. La série se prive alors de tous ses réflexes, ce qu'elle fait rarement sur une aussi longue suite de pages.

Réserves

  • L'intrigue principale se défait plus qu'elle n'avanceLe complot Kozuki perd du terrain, et l'assaut annoncé recule d'un volume encore. Qui attend une avancée nette du plan d'attaque sortira du tome avec le sentiment d'un long préambule, aussi bien mené soit-il.
  • Le gag du Sumo Inferno s'étireLa règle absurde de l'arène est drôle deux chapitres et devient mécanique au troisième. Le segment tient surtout par les échanges entre Luffy et Hyogoro; autour d'eux, les figurants de la carrière restent des silhouettes interchangeables.
  • Une porte d'entrée impraticable pour le néophyteLe volume suppose acquis une trentaine de noms propres, deux systèmes de pouvoir et l'histoire ancienne du clan Kozuki, sans fournir le moindre rappel. C'est un tome de fidèles, à ne pas mettre entre les mains d'un lecteur curieux qui commencerait ici.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs déjà installés dans l'arc du Pays des Wa, ceux qui suivent la série depuis assez longtemps pour reconnaître un nom de région ou un tatouage sans note de bas de page. Les amateurs de chanbara et de récits de vengeance à la japonaise y trouveront un duel sur pont enneigé et une révélation d'identité menés avec retenue. Ceux qui viennent pour les grands affrontements devront patienter : le choc majeur de l'arc n'est pas ici. En revanche, les lecteurs qui aiment voir un shonen au long cours oser une page grave, et qui s'attachent aux seconds rôles porteurs de la charge morale d'un récit, tiennent là un des volumes les plus marquants de cette section de la série. Adolescents et adultes, avec la réserve d'usage sur la violence des derniers chapitres, qui peut heurter les plus jeunes lecteurs de la collection.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.