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Couverture de Spirou et Fantasio, tome 6

Bande dessinée

La Corne de rhinocéros

Première publication
1955
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Sixième album des aventures de Spirou et Fantasio, La Corne de rhinocéros rassemble une histoire d'abord parue en deux temps dans le journal Spirou au début des années 1950. Au cœur du récit, la Turbotraction, automobile révolutionnaire née dans les ateliers Turbot, dont les lignes futuristes et les performances aiguisent bien des convoitises. Lorsque des malfaiteurs s'emparent des plans du précieux prototype, Spirou et Fantasio se lancent sur leur piste. L'enquête les entraîne loin de l'Europe, jusqu'en Afrique, où le mystère se noue autour d'un rhinocéros et de sa corne. Pour retrouver un associé disparu et remonter jusqu'aux documents dérobés, les deux compères doivent faire équipe, de mauvaise grâce, avec Seccotine, jeune reporter vive et effrontée qui fait ici son entrée dans la série et n'a pas la langue dans sa poche. Entre poursuites, débrouille et péripéties sous des cieux lointains, l'écureuil Spip accompagne comme toujours le duo. Franquin déploie une aventure enlevée où l'humour ne cède jamais le pas au danger, sans que l'issue de la course aux plans soit jouée d'avance.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Franquin lance la Turbotraction et fait entrer Seccotine

Publié en album en 1955, La Corne de rhinocéros occupe une place charnière dans la jeune carrière de Franquin sur Spirou. L'auteur, qui a repris le personnage à Jijé au lendemain de la guerre, affine d'album en album une formule mêlant le rythme du feuilleton, le goût du gag et une passion très personnelle pour les machines. Ce sixième tome, né de la fusion de deux récits parus dans le journal Spirou au début des années 1950, vaut autant pour son aventure exotique que pour deux apparitions appelées à marquer durablement la série : la Turbotraction, automobile de rêve aux lignes futuristes, et Seccotine, première grande figure féminine du cycle. Rattaché à l'école de Marcinelle par son trait rond et sa vitalité, l'album révèle un dessinateur qui gagne en aisance sans avoir encore livré ses réussites les plus abouties.

La construction porte la trace de sa genèse : l'album assemble deux récits d'abord publiés séparément dans le journal Spirou, La Turbotraction puis La Corne de rhinocéros. De cette origine naît un récit en deux mouvements, le premier tout entier tendu vers une automobile de rêve et vers les plans que se disputent des rivaux sans scrupule, le second déployant une chasse au document jusqu'en Afrique. La couture entre les deux se sent parfois, mais Franquin tient son fil grâce à un moteur narratif d'une belle simplicité : retrouver des plans dérobés, coûte que coûte.

Le style relève pleinement de l'école de Marcinelle. Le trait est rond, souple, sans cesse en mouvement ; les cadrages privilégient l'énergie et la lisibilité de l'action. Franquin excelle déjà dans le rendu des véhicules et des machines, et la Turbotraction concentre cette fascination : carrosserie fuselée, allure de prototype, promesse de vitesse. L'objet devient presque un personnage à part entière, signe d'un auteur pour qui le design fait partie intégrante du récit.

Sur le plan des thèmes, l'album joue de la rivalité entre reporters et de l'appât du scoop, ressort qui prend un relief nouveau avec l'arrivée de Seccotine. Vive, moqueuse et débrouillarde, elle bouscule le duo et impose une présence féminine forte, audacieuse pour la bande dessinée belge de l'époque. Face à elle, Fantasio se retrouve concurrencé, ce qui nourrit autant le comique que la tension. L'humour reste constant, glissé dans les dialogues et les situations, sans jamais désamorcer tout à fait le péril de l'aventure. On y lit un Franquin qui gagne en assurance, en deçà encore de la maestria de ses récits ultérieurs, mais déjà maître d'un tempo qui emporte le lecteur.

Notre verdictLa Corne de rhinocéros n'est pas le sommet de Franquin, mais c'est un album charnière et fort attachant. On y voit un auteur qui prend de l'assurance, offre à ses héros une aventure enlevée et, surtout, fait entrer dans la série deux figures durables : la rutilante Turbotraction et l'irrésistible Seccotine. Le mélange d'humour et de péril fonctionne, le trait de l'école de Marcinelle emporte le lecteur, et la course aux plans tient en haleine sans que l'on devine trop tôt comment elle se dénouera. Les réserves, un exotisme daté et une construction en deux temps, ne pèsent pas lourd face au plaisir de lecture et à l'intérêt historique de ce tome. À recommander aux familles, aux fans de la série et à quiconque veut comprendre comment Franquin, album après album, a bâti l'un des plus grands ensembles de la bande dessinée franco-belge.

Points forts

  • La Turbotraction, une mécanique de rêvePassionné de mécanique, Franquin imagine une automobile futuriste, aux lignes fuselées et à l'allure de bolide, dans l'esprit des prototypes de son temps. Bien plus qu'un simple accessoire, la voiture cristallise le désir qui met le récit en mouvement et s'imposera comme l'un des objets cultes de la série.
  • L'entrée en scène de SeccotineL'album introduit Seccotine, jeune reporter au caractère bien trempé. Effrontée, prompte à la repartie, capable de damer le pion à Fantasio, elle apporte une énergie neuve et une figure féminine affirmée, remarquablement en avance pour la bande dessinée belge des années 1950. Sa rivalité avec Fantasio et sa complicité avec Spirou renouvellent la dynamique du duo.
  • Le souffle du trait de MarcinelleRond, dynamique, expressif, le dessin de Franquin relève de l'école de Marcinelle et donne à l'action une lisibilité et un allant remarquables. Le sens du mouvement, le timing comique et l'abattage graphique font filer les planches à vive allure.
  • Un dosage réussi entre rire et périlL'album maintient un équilibre constant entre le gag et l'aventure. L'humour irrigue dialogues et situations sans jamais dissoudre la tension de la quête, si bien que la lecture reste enlevée du début à la fin.

Réserves

  • Un exotisme africain datéComme beaucoup de récits d'aventure européens des années 1950, l'album envoie ses héros dans une Afrique traitée sur le mode du dépaysement pittoresque. Ce regard porte les clichés de son temps et se lit aujourd'hui avec un certain recul critique.
  • Une construction en deux tempsNée de la réunion de deux récits d'abord publiés séparément, l'intrigue avance en deux mouvements dont la soudure se perçoit. Le rythme s'en ressent un peu, entre l'affaire des plans et la longue traque africaine.
  • Un Franquin encore en cheminOn est ici en amont des grandes réussites à venir et de l'invention de Zorglub. La verve est là, mais certains ressorts et certains cadrages trahissent un auteur qui affine encore sa formule, sans la plénitude de ses chefs-d'œuvre futurs.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux lecteurs familiaux, à partir de huit ou neuf ans, friands d'aventure lisible et d'humour bon enfant. Il séduira les amateurs de bande dessinée franco-belge classique et tous ceux qui suivent l'évolution de Franquin, tant il documente un moment clé de son parcours. Les fidèles de la série y trouveront deux origines à savourer, celle de la Turbotraction et celle de Seccotine. Les collectionneurs et les nostalgiques du journal Spirou apprécieront de retrouver l'énergie de ces récits des années 1950. On gardera à l'esprit que le traitement de l'Afrique, marqué par son époque, peut appeler, avec les plus jeunes, une lecture accompagnée et quelques mots de contexte.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Spirou et Fantasio, tome 6La Corne de rhinocérosDupuisAutre978-2-8001-0008-1Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.