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MangaLangue d’origine : Japonais

La mort de Portgas D. Ace

Première publication
2011
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Cinquante-neuvième tome de One Piece chez Glénat, ce tankobon rassemble les chapitres 574 à 584, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump. Il s'ouvre dans les dernières heures de la Guerre au Sommet, sur le champ de bataille de Marine Ford, alors que Luffy vient d'arracher son frère Portgas D. Ace à l'échafaud. L'amiral Akainu les rattrape, et le titre du volume dit le reste : Ace meurt dans les bras de son cadet, transpercé par le poing de magma de l'amiral. Barbe Blanche, à bout de forces, tient encore debout face à la Marine avant d'être achevé sournoisement par Barbe Noire, qui s'empare de ses pouvoirs. Les hostilités prennent fin au chapitre 580 et le récit s'engage dans l'arc Post-Guerre. La dernière partie du volume change alors de temporalité et de registre : à partir du chapitre 582, Oda ouvre un long flash-back sur l'enfance de Luffy et d'Ace, du côté du Grey Terminal, avec l'apparition de Sabo au chapitre 583. La couverture réunit Ace, Luffy, Shanks, Edward Newgate, Marshall D. Teach et Jinbe.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le tome où la guerre s'arrête et où l'enfance commence

Un tome de série au long cours se juge mal si on lui demande d'être complet. Celui-ci forme pourtant un bloc d'une netteté rare : il porte en titre ce qui survient dès son chapitre d'ouverture, en tient les conséquences pendant sept chapitres, puis referme la page pour rouvrir le récit ailleurs, des années plus tôt, du côté du Grey Terminal. Onze chapitres, deux arcs, deux régimes de dessin. Rarement Eiichirō Oda aura autant travaillé la couture entre deux mouvements à l'intérieur d'un même tankobon.

Le choix de découpage le plus frappant tient à l'emplacement de l'événement. Oda ne construit pas la mort d'Ace comme un sommet différé : elle tombe dans le chapitre d'ouverture, celui-là même qui donne son titre au volume, si bien que le titre vend d'avance ce que les premières planches vont accomplir. Le suspense est sacrifié, seule reste la conséquence. Ce qui suit relève moins de l'action que de la réaction, et les titres de chapitres l'annoncent d'eux-mêmes : « Une colère sourde », « Edward Newgate, un pirate de légende », « Vers une nouvelle ère », « Quelques secondes de courage ». Les combats n'ont pas cessé, mais ils ont perdu leur objet : on se bat désormais pour couvrir une retraite et pour en finir. Sept chapitres durant, le volume tient cette note basse sans jamais chercher à la résoudre. Pour un shonen de bataille hebdomadaire, la suspension prolongée du mouvement est un pari, et il est gagné.

Le dessin en profite pour changer de densité. Les planches de Marine Ford restent saturées : des dizaines de silhouettes dans le même plan d'ensemble, des attaques qu'il faut rattacher à leur auteur, un sens de lecture de droite à gauche qui précipite la descente du regard vers le bas de page. Contre cela, Oda isole des compositions volontairement dépeuplées, un corps debout, un ciel noir, des visages tenus en contre-jour, et laisse le contraste faire le travail. La séquence consacrée à Edward Newgate joue de la même économie : une masse au centre de la planche, une posture qui refuse de céder, et la trahison de Barbe Noire qui vient s'y greffer sans emphase graphique, presque en passant, ce qui la rend plus froide que si elle avait été surjouée. La fin des hostilités, au chapitre 580, arrive elle aussi par soustraction plutôt que par surenchère.

Le second mouvement, à partir du chapitre 582, est une rupture nette. Le récit quitte la baie, quitte le présent, et repart sur l'enfance de Luffy et d'Ace, avec le Grey Terminal puis l'entrée en scène de Sabo. Tout change en même temps : le trait redevient rond, le gag reprend ses droits, les décors passent de l'architecture militaire à la décharge et à la forêt. C'est une manœuvre de dramaturge autant que de dessinateur. Plutôt que de commenter le deuil, Oda va chercher dans le passé la matière qui rendra rétrospectivement lisible ce que le lecteur vient de perdre. Le procédé est courant dans la série, mais il intervient ici sans le moindre sas, quelques pages après le coup le plus dur qu'elle ait porté, et cette brutalité de montage fait partie du dispositif.

Reste la place du volume dans l'ensemble. Il solde la Guerre au Sommet, referme l'arc Marine Ford et ouvre l'arc Post-Guerre : c'est la charnière de toute la première moitié de One Piece. Un équilibre de forces disparaît, une dette narrative s'installe du côté de Barbe Noire, les cartes sont redistribuées pour ce qui vient. Le tome fait tenir ensemble une fin d'ère et un début de souvenir sans dissimuler la couture, mais avec une intention parfaitement lisible.

Notre verdictC'est le tome où One Piece cesse un moment d'être une aventure pour devenir un récit de perte, puis refuse de s'y attarder. La mort d'Ace est jouée tôt, sans emphase, presque sèchement, et le volume consacre le reste de sa première moitié à en montrer l'onde de choc plutôt qu'à la commenter. La seconde fait volte-face et repart dans l'enfance, avec un trait, un rythme et un humour entièrement différents. Cette structure en deux blocs mal recousus est à la fois la limite du tome et sa réussite : elle transforme un fragment de série en objet clairement composé, qui ferme une ère et en ouvre une autre dans le même tankobon. Un des volumes les plus importants de One Piece, et un de ceux qui se relisent le mieux.

Points forts

  • Une mort placée en ouverture, pas en apothéoseEn expédiant l'événement titre dès le premier chapitre, Oda déplace l'enjeu du volume: il ne s'agit plus de savoir ce qui va arriver, mais de regarder ce que cela produit. Le tome se donne sept chapitres pour tenir une émotion au lieu de la libérer sur une planche, ce qui est très inhabituel dans un shonen d'action hebdomadaire.
  • Le silence comme effet graphiqueLes meilleures pages du volume sont les plus vides. Cases élargies, dialogues rares, aplats noirs, personnages tenus en contre-jour: après des tomes entiers de mêlée saturée, ce changement de densité produit un effet de sidération que le texte ne cherche jamais à expliciter.
  • Une bascule de registre entièrement assuméeLe passage à l'arc Post-Guerre et au flash-back de l'enfance ne s'excuse pas et ne ménage aucune transition douce. Le trait s'arrondit, le comique revient, la temporalité recule d'un coup. C'est un montage franc, qui donne au tome une architecture en deux blocs et le rend mémorable comme volume, pas seulement comme fragment de série.

Réserves

  • Une couture rude entre les deux moitiésLu tome par tome, avec plusieurs semaines d'attente avant le suivant, le basculement du chapitre 582 peut sembler abrupt, voire désinvolte. Le lecteur n'a pas fini de sortir de Marine Ford que le volume l'installe déjà ailleurs, dans un registre presque comique. L'effet est délibéré; il n'en reste pas moins inconfortable.
  • Des planches de bataille difficiles à suivreLa première moitié conserve les défauts de l'arc entier: des cases surpeuplées où capitaines, amiraux et figurants se partagent le même plan, des attaques qui se répondent d'une page à l'autre sans repère spatial clair. Il faut parfois relire une planche pour comprendre qui vient d'agir, et l'émotion recherchée en pâtit.
  • Un volume qui encaisse plutôt qu'il ne construitCe tome touche les dividendes de plusieurs volumes de préparation. Pris isolément, il offre peu de matière à qui n'a pas suivi la montée en tension depuis Impel Down: la charge émotionnelle repose entièrement sur un capital accumulé ailleurs, et le volume ne fait à peu près rien pour le reconstituer.

À qui s’adresse ce livre ?

Volume à réserver aux lecteurs qui suivent la série dans l'ordre : il n'existe aucune porte d'entrée ici, et le tome perdrait l'essentiel de sa force pour qui découvrirait ces personnages à cet instant précis. Pour les autres, c'est un rendez-vous obligé, et le sommet de la première moitié de One Piece. Il conviendra aussi à ceux que la longueur de l'arc Marine Ford avait commencé à lasser : le volume en sort enfin et propose autre chose. Les lecteurs les plus jeunes, en revanche, y trouveront un tome nettement plus sombre que la moyenne de la série, avant que le flash-back ne rétablisse un ton plus familier.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.