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Couverture de Le Marsupilami

Bande dessinée

La Queue du Marsupilami

Première publication
1987
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Le Marsupilami, créature inventée par Franquin dans les aventures de Spirou et Fantasio, quitte ici les seconds rôles pour gagner une série qui lui est entièrement consacrée. Premier album de ce cycle édité par Marsu Productions, sur un scénario de Greg et un dessin de Batem, "La Queue du Marsupilami" en installe le décor et les enjeux. En Palombie, forêt tropicale d'Amérique du Sud, vit l'animal fabuleux à la fourrure jaune tachetée de noir, reconnaissable à son cri "Houba houba" et à sa longue queue préhensile, aussi habile qu'expressive. Loin de toute civilisation, le Marsupilami mène sa vie sauvage : il chasse, joue et compose avec la faune de la jungle. Ce refuge n'a pourtant rien d'un sanctuaire. La rareté de la bête aiguise les convoitises, et un chasseur d'animaux rares venu de loin entreprend de s'en emparer vivante, coûte que coûte. L'album noue ainsi la confrontation entre l'instinct de liberté de l'animal et l'âpreté des hommes qui rêvent de le capturer. Sans en dévoiler l'issue, il pose les fondations d'un monde où l'aventure se mêle d'humour et d'une attention constante portée au vivant.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

La Queue du Marsupilami : naissance d'un héros de la jungle

Il fallait une certaine audace pour détacher le Marsupilami de l'ombre tutélaire de Spirou et Fantasio et lui offrir un territoire à sa seule mesure. Avec "La Queue du Marsupilami", premier tome d'une série lancée en 1987 par Marsu Productions, la créature née de l'imagination de Franquin accède au rang de héros à part entière. Batem en assure le dessin, sur un scénario de Greg, et reprend cet animal fétiche au cri fameux et à la queue préhensile sans équivalent. L'enjeu n'est pas mince : prolonger l'une des inventions les plus aimées de la bande dessinée sans la trahir, tout en ouvrant un univers neuf, celui de la Palombie et de sa jungle foisonnante.

Faire du Marsupilami le héros d'une série à part entière n'allait pas de soi. Chez Franquin, l'animal brillait par sa spontanéité et son imprévisibilité, mais il restait un comparse, un ressort comique au service de Spirou et Fantasio. Le pari de Marsu Productions consistait à lui offrir un territoire narratif autonome, la Palombie, et à confier ce défi à un dessinateur capable d'en prolonger le geste sans le singer. Batem, formé dans le sillage de Franquin, relève l'exercice avec une évidente maîtrise graphique.

La construction de ce premier tome tient de l'album fondateur. Plutôt que de précipiter une intrigue dense, le récit prend le temps d'installer son décor et ses figures : la jungle palombienne, sa faune, et bien sûr la créature vedette, dont on redécouvre les mimiques, l'agilité et la fameuse queue préhensile. Le scénario de Greg avance par situations, alternant scènes de vie sauvage et montée de la menace humaine. Cette respiration, proche du documentaire animalier romancé, laisse au lecteur le loisir d'entrer dans un monde plutôt que de courir après un simple suspense.

Graphiquement, l'album s'inscrit pleinement dans l'école de Marcinelle. Le trait est rond, souple, gorgé de mouvement, héritier direct de la manière franquinienne forgée dans le journal Spirou. Batem excelle à rendre l'élasticité du Marsupilami, dont la queue devient un formidable outil de mise en scène, tantôt ressort, tantôt lasso, tantôt point d'exclamation graphique. La jungle, elle, est traitée avec un soin remarquable : végétation exubérante, jeux de lumière, profusion de détails qui donnent chair à la Palombie et ancrent l'aventure dans un espace crédible.

Sur le fond, l'album fait affleurer des thèmes qui gardent aujourd'hui toute leur force. Liberté de l'animal sauvage, beauté d'une nature intacte, appétit des chasseurs et des braconniers attirés par le profit : le récit oppose l'innocence rusée de la bête à la rapacité de certains hommes. Sans jamais verser dans le sermon, il fait passer une conscience écologique et une défense du vivant par le mouvement même de l'aventure et par le rire. On y retrouve la tendresse pour l'animal chère à Franquin, prolongée ici avec justesse et sincérité.

Notre verdictLa Queue du Marsupilami réussit son pari le plus délicat : exister par soi-même tout en honorant un héritage prestigieux. Batem y démontre une maîtrise graphique qui rend justice à la créature de Franquin, et Greg lui offre un cadre narratif solide, où l'aventure, l'humour et l'amour de la nature avancent de concert. Si ce premier tome se cherche par moments, le temps d'installer son monde, il pose des fondations enthousiasmantes et prouve que le Marsupilami avait tout d'un héros de premier plan. Un album fondateur, chaleureux et généreux, qui inaugure avec panache une longue et belle carrière en solo. À découvrir autant pour le plaisir de l'aventure que pour ce qu'il représente dans l'histoire de la bande dessinée franco-belge.

Points forts

  • Une reprise graphique à la hauteur de l'héritageBatem ne se contente pas d'imiter Franquin: il assimile la leçon de l'école de Marcinelle, ce trait rond et dynamique, pour lui donner une vie propre. Le Marsupilami retrouve son élasticité, ses mimiques expressives et cette queue préhensile virtuose qui rythme chaque planche et devient un ressort visuel inépuisable.
  • Une Palombie riche et dépaysanteLa forêt tropicale est rendue avec une générosité de détails qui en fait un personnage à part entière. Foisonnement végétal, faune variée et atmosphère moite: le décor immerge le lecteur et confère à l'aventure une épaisseur sensible, loin de tout arrière-plan de convenance.
  • Un propos naturaliste sans lourdeurSous l'humour et l'action affleure une défense de la nature et de l'animal sauvage face à la convoitise humaine. Le message écologique passe par le récit et par l'émotion, jamais par la leçon appuyée, ce qui lui donne une portée d'autant plus durable.

Réserves

  • Un premier tome parfois plus contemplatif que trépidantEn posant patiemment son univers, l'album laisse l'intrigue proprement dite se mettre en place avec une certaine lenteur. Les lecteurs en quête d'une aventure haletante de bout en bout pourront trouver ce rythme un peu étale par moments, le temps que la mécanique narrative se déploie pleinement.
  • L'ombre imposante de FranquinLa comparaison avec le créateur du personnage est inévitable et parfois cruelle: si le savoir-faire de Batem est indéniable, l'étincelle d'anarchie et le génie comique du maître demeurent des sommets difficiles à égaler. La reprise convainc plus qu'elle ne surprend.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord à un large public familial. Les enfants y trouveront un héros animal attachant, des gags visuels et le plaisir d'une jungle grouillante de vie ; les adultes, notamment les nostalgiques de Franquin et des grandes heures du journal Spirou, y goûteront la filiation graphique et la tendresse du propos. C'est aussi une porte d'entrée idéale pour les amateurs de bande dessinée franco-belge classique, curieux de voir comment un personnage secondaire devient le pilier de sa propre saga. Les collectionneurs et les passionnés d'histoire de la BD apprécieront enfin ce jalon : le point de départ d'une série au long cours et d'un véritable phénomène éditorial.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Le MarsupilamiRombaldin.c.Autre978-2-8001-1550-4Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.