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Couverture de La Rose et le Glaive

Bande dessinée

La Rose et le Glaive

Première publication
1991
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Vingt-neuvième album de la série et œuvre du seul Albert Uderzo, désormais privé de René Goscinny, La Rose et le Glaive installe au cœur du village gaulois une invitée aussi assurée qu'imprévue : Maestria, bardesse venue de Lutèce pour instruire les enfants. Jugeant l'enseignement d'Assurancetourix insuffisant, les femmes du village ont fait appel à elle, au grand dam du barde. Mais la nouvelle venue ne se borne pas à donner des leçons : elle porte un discours neuf sur la place des femmes et rebat les cartes d'une société bien partagée entre tâches d'hommes et tâches de femmes. Bientôt les Gauloises revendiquent leur autonomie, ce qui bouscule des habitudes ancrées et froisse quelques orgueils masculins. Pendant ce temps, Rome guette la moindre faille : une communauté divisée fait une proie plus facile, et César riposte en lançant une centurie exclusivement féminine, misant sur la galanterie des Gaulois. Entre querelle des sexes sur le mode burlesque et menace qui se profile, l'album pose sous ses gags une question simple : que devient la solidarité du village quand ses certitudes vacillent ? Uderzo tient la chronique de cette petite révolution sans renoncer à la bonne humeur.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Uderzo, la bardesse et la querelle des sexes au village gaulois

En 1991, quatorze ans après la disparition de René Goscinny, Albert Uderzo poursuit seul l'aventure et choisit, pour ce vingt-neuvième tome, un sujet qui n'a rien d'anodin : la place des femmes dans une communauté qui se croyait immuable. Le titre lui-même, La Rose et le Glaive, oppose deux emblèmes, la douceur et la force, le féminin supposé et le masculin guerrier, et annonce une comédie de mœurs déguisée en album d'aventure. L'idée est habile : plutôt que d'expédier une fois de plus ses héros par les routes de la Gaule ou de la Méditerranée, Uderzo fait entrer le trouble à domicile, dans le village le plus célèbre de la bande dessinée franco-belge. L'album paraît d'ailleurs l'année même où une femme accède pour la première fois à la tête du gouvernement français, coïncidence qui n'échappera à personne. Reste à savoir si le maître, privé de son complice scénariste, parvient à transformer cette intuition en récit pleinement maîtrisé.

Sur le plan de la construction, l'album repose sur un ressort familier de la série, l'intrus qui vient troubler l'équilibre, mais décliné cette fois dans un registre social plutôt qu'aventureux. L'arrivée de Maestria fonctionne comme un catalyseur : elle n'invente pas la révolte, elle la révèle, en donnant voix à un mécontentement jusque-là sourd chez les Gauloises. Uderzo orchestre alors une montée des tensions par paliers, de la salle de classe à la place du village, jusqu'à ce que la discorde interne offre aux Romains l'ouverture qu'ils attendaient. Le va-et-vient entre le microcosme villageois et les camps retranchés demeure le squelette narratif habituel, mais le moteur du conflit est désormais interne au village, ce qui donne à l'ensemble une saveur singulière. Le trait confirme la virtuosité du dessinateur. Nerveux et rond, il excelle dans le mouvement, la bagarre chorégraphiée, l'expression outrée des visages. Les scènes de foule, les mimiques, la gestuelle gardent une lisibilité exemplaire, et la couleur, franche et solaire, entretient l'énergie comique. Là où Goscinny aurait sans doute affûté les dialogues et resserré la satire, Uderzo mise davantage sur le burlesque visuel et l'accumulation de gags, avec un plaisir de dessinateur qui ne se dément jamais. Sur le fond, le thème est ambitieux pour une série grand public du début des années 1990. Uderzo prend au sérieux l'aspiration des femmes à sortir des rôles assignés, tout en enrobant le propos d'une ironie qui vise la sottise des deux camps, l'entêtement des machos comme les postures les plus caricaturales. Le trait d'esprit le plus mordant tient d'ailleurs à la riposte de César, qui retourne contre les Gaulois leur propre galanterie en lançant contre le village une centurie entièrement composée de femmes, sûr qu'ils n'oseront pas frapper des combattantes. Cette prudence satirique est à double tranchant. Elle préserve la légèreté de la série et évite le prêche, mais elle laisse le propos dans un entre-deux confortable, où l'ironie renvoie tout le monde dos à dos sans jamais trancher. On y lira une sagesse bon enfant ou une frilosité, selon la bienveillance que l'on accorde à l'auteur.

Notre verdictLa Rose et le Glaive est un Astérix atypique et courageux, qui ose porter le regard sur ses propres personnages plutôt que sur une contrée à visiter. Uderzo y déploie un dessin superbe et une générosité comique intacte, au service d'un thème que peu de séries grand public osaient alors traiter de front. L'album vaut pour cette audace et pour son abattage visuel. Il déçoit un peu, en revanche, par un propos qui hésite à conclure et par un scénario qui appuie trop sa démonstration. On tient là un tome attachant, plus stimulant à commenter qu'à relire, où l'ambition du sujet dépasse par instants la maîtrise de son traitement. À découvrir sans en attendre la perfection d'orfèvre des grands crus du tandem Goscinny-Uderzo, mais avec la curiosité que mérite une tentative aussi singulière dans la longue histoire du village gaulois.

Points forts

  • Un sujet de société porté par la comédieAborder l'émancipation des femmes dans un album grand public de 1991 ne coulait pas de source. Uderzo s'empare du thème sans le trahir ni le désamorcer tout à fait, en le faisant vivre à travers des situations concrètes et un comique de mœurs efficace. La répartition des rôles devient un véritable moteur d'intrigue, et non un simple prétexte à gags.
  • La virtuosité graphique du dessinateurLe trait d'Uderzo reste un modèle de dynamisme et de lisibilité. Mouvements, mimiques, scènes de foule et bagarres chorégraphiées sont réglés au cordeau, et la couleur franche entretient une énergie constante. Le plaisir du dessinateur irrigue chaque planche et porte l'album jusque dans ses passages les plus attendus.
  • Maestria, une invitée qui a du caractèreLa bardesse échappe à la silhouette purement fonctionnelle. Sûre d'elle, cultivée, volontiers provocatrice, elle apporte un souffle nouveau et sert de révélateur aux non-dits du village. Sa seule présence suffit à faire bouger des personnages que l'on croyait figés dans leurs habitudes, à commencer par les Gauloises.
  • Une satire qui n'épargne aucun campFidèle à l'esprit de la série, l'humour vise autant l'entêtement des hommes que l'outrance de certaines postures. Ce refus de désigner un coupable unique préserve la bonne humeur et ménage quelques scènes savoureuses, jusque dans le camp romain, où chacun se voit renvoyé à ses propres travers.

Réserves

  • Un propos qui reste au milieu du guéEn renvoyant les deux camps dos à dos, l'album ménage la légèreté mais esquive la prise de position. La satire du machisme villageois s'assortit d'une ironie sur l'émancipation elle-même, si bien que le propos se dilue dans un entre-deux prudent, où le retour à l'ordre ancien n'est jamais vraiment interrogé.
  • Un scénario qui force parfois le traitLa démonstration l'emporte par moments sur la finesse. Certaines situations sont poussées jusqu'à la caricature pour servir le thème, et l'enchaînement des péripéties donne le sentiment que l'auteur illustre une thèse plus qu'il ne laisse respirer son récit.
  • L'absence de Goscinny se fait sentirLe sel des dialogues et la mécanique de précision qui faisaient mouche au temps du duo manquent un peu ici. Uderzo compense par le burlesque visuel, mais la satire aurait sans doute gagné en mordant et en concision sous la plume de son complice d'autrefois.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux lecteurs fidèles d'Astérix, qui retrouveront le village, ses figures familières et le rituel du banquet final, saisis ici sous un angle inhabituel. Les amateurs de bande dessinée classique y verront un Uderzo au sommet de son art graphique, même si le scénario divise. Le tome intéressera aussi le public curieux de la façon dont une série populaire a abordé, au tournant des années 1990 et dans le sillage de l'arrivée d'une femme à Matignon, la question de la place des femmes : à ce titre, il offre un bel objet de discussion, à mettre en regard des débats d'aujourd'hui. Les jeunes lecteurs y trouveront leur compte grâce au rythme et aux gags visuels, tandis que les adultes goûteront la dimension satirique et le clin d'œil aux mœurs contemporaines. On le conseillera moins, en revanche, à qui recherche l'épure narrative des grands classiques de la période Goscinny.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
La Rose et le GlaiveLes Éditions Albert RenéAutre978-2-86497-053-8Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.