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Couverture de La Schtroumpfette, tome 3

Bande dessinée

La Schtroumpfette

Première publication
1967
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

En 1967, Peyo consacre le troisième album des Schtroumpfs à un personnage appelé à devenir l'un des plus commentés de la série. Gargamel, ennemi juré du village, façonne de toutes pièces une créature chargée de semer la discorde au sein d'une communauté jusque-là exclusivement masculine. La Schtroumpfette, d'abord dotée d'une apparence ingrate, s'installe parmi les Schtroumpfs et bouleverse aussitôt leur quotidien. Sa présence réveille la rivalité, le besoin de plaire et la jalousie, précisément comme l'avait calculé son concepteur. Quand la manœuvre menace de disloquer le village, le Grand Schtroumpf intervient et la métamorphose, lui donnant une nouvelle apparence. L'album observe la manière dont un groupe soudé encaisse l'irruption de l'altérité, tout en interrogeant, à la lecture d'aujourd'hui, la place réservée à sa seule figure féminine. Pièce du patrimoine de la bande dessinée franco-belge, La Schtroumpfette reste à la fois un succès populaire et un sujet de débat.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

La Schtroumpfette: un classique populaire à relire d'un œil averti

Peu d'albums de bande dessinée auront, un demi-siècle après leur parution, suscité autant de relectures que celui-ci. En 1967, Peyo introduit une figure féminine dans un univers qui n'en comptait aucune, et le fait de la façon la plus retorse qui soit: la Schtroumpfette ne naît pas au village, elle est une invention de l'ennemi, un piège vivant destiné à le détruire de l'intérieur. L'idée, remarquable sur le plan narratif, porte en germe les ambiguïtés qui alimentent aujourd'hui le débat. Relire cet album, c'est mesurer la distance entre l'efficacité comique d'un maître du dessin franco-belge et le regard, très marqué par son temps, qu'il pose sur la féminité.

Sur le plan de la construction, l'album fonctionne comme une mécanique de comédie soigneusement réglée. Peyo part d'une situation minimale, l'arrivée d'un élément perturbateur, puis en déroule méthodiquement les effets: la coquetterie contagieuse, les rivalités entre Schtroumpfs, la surenchère de galanterie, le village qui se déchire pour une seule habitante. Le ressort dramatique, la manipulation de Gargamel, installe une double lecture, car le lecteur sait ce que les personnages ignorent. Cette ironie nourrit la plupart des gags et donne à l'ensemble une tension souriante.

Le dessin est celui de la pleine maturité du studio: un trait rond et lisible, des décors champêtres soignés, une expressivité des visages qui compense la petite taille des personnages. La mise en page privilégie la clarté, avec un découpage régulier qui laisse respirer les moments comiques. Le langage schtroumpf, ce procédé de substitution où le mot schtroumpf se glisse à la place des verbes et des noms, demeure une trouvaille qui traverse tout l'album et sert autant le rire que le rythme.

Sur le fond, le récit traite de l'irruption de l'altérité dans un groupe fermé et de la manière dont le désir déstabilise une communauté. C'est là que se noue la difficulté. La résolution, cette transformation par laquelle le personnage passe d'une apparence rejetée à une beauté aussitôt convoitée, pose une équivalence gênante entre la valeur et l'apparence. Sans intention de nuire, le récit réduit sa seule figure féminine à un objet fabriqué, puis remodelé au goût du village. On peut le lire au premier degré, comme une fable enlevée, ou au second, comme le révélateur involontaire des représentations de son époque.

Notre verdictLa Schtroumpfette est un classique populaire dont l'efficacité comique n'a pas vieilli, portée par le trait sûr de Peyo et par cette langue schtroumpf qui reste un vrai bonheur de lecture. C'est aussi un album que l'on ne relit plus tout à fait de la même façon, tant son traitement de l'unique personnage féminin porte la marque des représentations de 1967. Ni chef-d'œuvre intouchable ni objet à écarter, il mérite d'être lu pour ce qu'il est: une comédie brillante et un document d'époque, à savourer avec le sourire et un minimum de recul.

Points forts

  • Une mécanique comique redoutablement efficacePeyo excelle dans l'art de l'escalade: d'un simple grain de sable, l'arrivée de la Schtroumpfette, il tire une avalanche de situations où le village bascule dans la rivalité et la coquetterie. Le rythme ne faiblit jamais et les gags s'enchaînent avec une précision de métronome.
  • La force graphique du traitLe trait rond, les décors champêtres et l'expressivité des visages installent d'emblée un univers reconnaissable entre tous. La lisibilité du découpage, héritée de la grande école franco-belge, rend la lecture fluide et accessible à tout âge.
  • Le langage schtroumpf comme ressort de styleCe procédé de substitution, où le mot schtroumpf tient lieu de verbes et de noms, reste une invention linguistique savoureuse. Il rythme les dialogues, multiplie les quiproquos et donne à l'album une saveur qui ne doit rien aux modes.

Réserves

  • Un regard daté sur son personnage fémininL'intrigue fait de l'unique femme une création de l'ennemi, un piège, avant de régler son sort par une métamorphose esthétique qui adosse sa valeur à son apparence. Cette logique, sans doute impensée à l'époque, heurte aujourd'hui et constitue la principale limite de l'album.
  • Une caractérisation en creuxLa Schtroumpfette existe surtout par le trouble qu'elle sème chez les autres, bien plus que par une personnalité propre. Le récit s'attache à la réaction du groupe davantage qu'au point de vue de l'intéressée, qui demeure peu exploré.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux jeunes lecteurs, qui y trouveront une comédie enlevée, des personnages familiers et l'humour visuel propre à la série. Il séduira aussi les amateurs de patrimoine et les collectionneurs de bande dessinée franco-belge, pour qui ce tome constitue un jalon. Il offre enfin aux adultes, parents ou enseignants, un support de discussion précieux: lu à voix haute et commenté, il permet d'aborder avec des enfants la question des représentations et de l'évolution des regards. Mieux vaut l'accompagner que le laisser parler seul, tant certains de ses ressorts appellent aujourd'hui une mise en perspective.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
La Schtroumpfette, tome 3DupuisAutre · 62 p.978-2-8001-0110-1Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.