De quoi parle ce livre ?
Neuvième tome de la série, il rassemble les chapitres 072 à 081, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et constitue le deuxième volume de l'arc Arlong Park, vers la fin de la saga East Blue. Il s'ouvre au village de Cocoyashi, où Usopp arrache Genzo, le chef du village, à l'exécution que lui promettait Arlong. Pour prouver sa loyauté à l'homme-poisson, Nami doit ensuite simuler le meurtre d'Usopp. Nojiko, sa sœur, prend alors la parole pour raconter ce que personne n'avait dit : le volume bascule dans un long retour en arrière, celui de leur enfance auprès de Belmer, leur mère adoptive, tuée par Arlong dix ans plus tôt, puis du marché conclu par Nami pour racheter le village à prix d'or. Le présent reprend ses droits quand Nezumi, officier corrompu de la Marine, confisque l'argent patiemment amassé, et que se découvre l'identité de celui qui a vendu l'information. Les villageois, eux, se déclarent prêts à se rebeller et à mourir plutôt qu'à se taire encore. Nami finit par demander de l'aide à Luffy, qui accepte.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le volume où la série s'arrête pour raconter Nami
Neuvième tome, et changement de régime. Après huit volumes qui alternaient combats, gags et arrivées de personnages, Oda interrompt la mécanique d'aventure et confie le récit à une voix qui raconte au passé. Le titre du tankobon est celui de son dernier chapitre, et il annonce la couleur : c'est ici que la série, jusque-là burlesque et bagarreuse, se donne pour la première fois les moyens du mélodrame, et que l'arc Arlong Park cesse d'être une affaire de pirates pour devenir une affaire de dette, de honte et de silence tenu dix ans durant.
Le découpage est d'une netteté remarquable. Les cinq premiers chapitres liquident les affaires courantes : Genzo sauvé de justesse, Zoro cherchant à sortir d'Arlong Park, le groupe de Luffy aux prises avec ses propres ennuis, le faux meurtre d'Usopp, une unité de la Marine venue libérer le village et mise en déroute. Oda y maintient son régime ordinaire, cadrages amples, onomatopées envahissantes, gags greffés sur des scènes tendues. Puis Nojiko prend la parole, et tout s'arrête. Le volume change de nature : trois chapitres pleins de récit au passé, portés par une voix qui raconte au lieu d'une action qui avance.
C'est là que le dessin travaille le plus. Oda ralentit son propre trait : moins de lignes de vitesse, davantage de plans fixes, un noir et blanc qui sert l'ombre plutôt que le mouvement. La séquence consacrée à Belmer tient sur des visages qu'il choisit de ne pas déformer, alors que la déformation comique était jusqu'ici son premier réflexe. Le dessinateur qui tordait les traits pour faire rire découvre qu'il peut les tenir immobiles pour faire mal, et il en use avec une économie qu'on ne lui connaissait pas. La lecture de droite à gauche sert bien ces enchaînements : les fins de planche tombent sur des regards plutôt que sur des impacts.
La dramaturgie repose sur un renversement d'information et non sur un affrontement. Le lecteur croyait Nami traîtresse, il la découvre tenue par un contrat ; il croyait le village résigné, il apprend ce que ce silence lui coûtait. Chaque révélation retire une raison de mépriser un personnage et ajoute une raison de vouloir sa délivrance, et c'est cette accumulation, non un combat, qui fait monter la pression. L'irruption de Nezumi ne relance pas l'intrigue, elle démontre quelque chose : le calcul patient de Nami reposait sur une parole que rien ne garantissait, et la sortie qu'elle croyait s'être ménagée n'existait pas.
Dans l'économie de l'arc, ce volume est le palier. Le précédent installait la menace ; celui-ci fabrique la raison de se battre, travail ingrat que le shonen hebdomadaire de l'époque expédiait volontiers en quelques planches. Oda lui consacre au contraire l'essentiel d'un tome, quitte à faire patienter le lecteur venu pour les coups. Cela tient parce que le retour en arrière est lui-même dramatisé, avec ses paliers et ses ruptures, et parce que les dernières planches ramènent tout le poids accumulé sur une seule décision, prise par un personnage qui n'avait plus rien à négocier.
Notre verdictLarmes est un tome de rupture assumée, et l'un des mieux tenus de la saga East Blue. Pour un feuilleton hebdomadaire, l'opération n'allait pas de soi : arrêter l'action au milieu d'un arc, confier le récit à un personnage secondaire, consacrer trois chapitres à des événements vieux de dix ans. Elle réussit parce que le dessin suit le changement de registre, parce que le découpage ménage ses effets sans les surligner, et parce que la dernière révélation transforme le souvenir en urgence. On peut regretter que l'équipage y soit réduit au silence et que les gags s'accordent mal au drame, mais on ne peut pas parler de tome de transition paresseux : c'est un tome charnière, où la série se donne les moyens de ce qu'elle deviendra. À lire dans la continuité, et de préférence juste avant le suivant.
Points forts
- Un retour en arrière tenu de bout en boutTrois chapitres pleins de récit au passé sans décrochage: Oda n'informe pas, il construit le souvenir comme une séquence autonome, avec sa propre exposition, sa propre montée et sa propre catastrophe. Peu de tomes de shonen hebdomadaire de cette période osaient suspendre l'action aussi longtemps sans perdre le lecteur en route.
- Un dessin qui change de registreLe trait comique des huit premiers tomes se met au service du drame: cadrages resserrés, aplats de noir, visages tenus immobiles là où la série les déformait par réflexe. Le noir et blanc du tankobon y gagne une densité qu'il n'avait pas encore eue, notamment dans les planches consacrées à Belmer.
- Une révélation qui reconfigure l'arcL'arrivée de Nezumi ne se contente pas de relancer l'intrigue: elle réécrit rétroactivement le sens du marché passé par Nami, en montrant que la somme amassée pendant des années ne la protégeait de rien. Le procédé transforme une histoire triste en situation sans issue, et rend la suite de l'arc nécessaire au lieu de simplement attendue.
Réserves
- Un tome qui ne tient pas debout seulLu isolément, Larmes est un volume presque sans action, dont la charge émotionnelle dépend entièrement de ce que le précédent a installé. Ce n'est pas un défaut de fabrication, c'est la condition du format, mais qui découvrirait la série par ce tankobon n'y verrait qu'un long récit de malheur privé de contexte.
- Un équipage réduit au rôle d'auditoireLe cœur du volume est confié à Nojiko, qui raconte, et l'équipage n'y fait plus grand-chose: Luffy, moteur ordinaire de la série, traverse le tome sans peser sur les événements avant les dernières planches. Le choix se défend, puisque le récit appartient ici à Nami, mais il immobilise pour un volume entier des personnages dont l'énergie faisait jusque-là le sel de la lecture.
- Des gags mal accordés au drameFidèle au régime du magazine, Oda continue d'intercaler des ressorts burlesques, y compris dans les chapitres qui bordent le retour en arrière. Le contraste fonctionne parfois, mais il produit aussi des ruptures de ton qui retardent l'installation du drame.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume s'adresse d'abord au lecteur déjà engagé dans la saga East Blue, qui suit Nami depuis son entrée dans l'équipage et attend de comprendre sa fuite. Il conviendra particulièrement à celles et ceux que la légèreté des premiers tomes laissait sur leur faim : c'est ici que la série montre son autre visage, celui du récit de deuil et de dette. Les amateurs de combats doivent savoir, eux, qu'ils tiennent un tome de préparation, riche en dialogue et pauvre en affrontements. Les nouveaux venus feront mieux de commencer au tome 1 : lu hors série, ce tankobon perd l'essentiel de sa force, qui tient à ce que l'on croyait savoir de la navigatrice avant de l'ouvrir. Il reste en revanche un bon objet de discussion pour qui cherche le moment précis où Oda apprend à faire basculer une série d'aventure vers l'émotion.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.