
Le Bouclier arverne
- AuteurRené Goscinny
- AuteurAlbert Uderzo
- Première publication
- 1968
- Éditions référencées
- 3
De quoi parle ce livre ?
Le Bouclier arverne est le onzième album de la série Astérix, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, paru en 1968. Le récit s'ouvre sur un rappel historique : après la défaite d'Alésia en 52 av. J.-C., Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César, et son bouclier passe ensuite de main en main. Dans le village gaulois, le chef Abraracourcix, victime d'une crise de foie, est envoyé faire une cure thermale en Auvergne, accompagné d'Astérix et Obélix. Au même moment, César projette de célébrer un triomphe à Gergovie en défilant sur le bouclier de Vercingétorix, symbole de la soumission arverne, mais l'objet reste introuvable. Deux quêtes parallèles s'engagent pour le retrouver, les Romains d'un côté, Astérix et Obélix de l'autre, sur les traces des Arvernes qui l'ont détenu. L'enquête révèle que ce bouclier tant recherché est justement celui sur lequel les porteurs transportent Abraracourcix. L'album joue sur l'Auvergne, ses bougnats et ses stations thermales, et lance le gag, repris ensuite dans la série, des Gaulois refusant obstinément de dire où se trouve Alésia.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le Bouclier arverne : la satire auvergnate au service d'une intrigue d'horloger
Onzieme aventure d'Asterix, Le Bouclier arverne est de ces albums que l'on cite moins volontiers que La Zizanie ou Les Lauriers de Cesar, et pourtant il compte parmi les mieux construits de la serie. Publie en 1968, il tresse deux ambitions : une satire regionale, celle de l'Auvergne, de ses marchands de vin et de charbon et de ses villes d'eaux, et une reflexion malicieuse sur la memoire nationale, autour du bouclier perdu de Vercingetorix. Goscinny y deploie une enquete dont l'objet, un simple bouclier, circule de main en main jusqu'a une chute d'une ironie redoutable.
Tout commence par un prologue qui vaut manifeste : la reddition de Vercingetorix a Alesia, en 52 avant Jesus-Christ. Le chef arverne jette ses armes non pas aux pieds de Cesar, mais dessus, et le proconsul en ressort le pied endolori. Le gag, minuscule, contient deja tout l'album : la version officielle, celle des vainqueurs, va etre discretement corrigee par le detail qui cloche. Ramasse par un legionnaire, le bouclier de Vercingetorix entame alors un long periple. Gagne aux des, revendu, echange, oublie, il descend l'echelle sociale de Rome jusqu'a echouer chez des marchands arvernes, du cote de Gergovie. Cette premiere sequence, purement picaresque, installe le veritable ressort du recit : un objet qui circule.
Des annees plus tard, le fil reprend au village. Abraracourcix, mine par les banquets, souffre d'une crise de foie que Panoramix soigne a coups de diete et de cure thermale. Asterix et Obelix escortent le chef jusqu'aux eaux d'Aquae Calidae, transposition antique et a peine voilee de Vichy. La, deux intrigues s'emboitent. D'un cote, Cesar, humilie jadis a Gergovie, veut y celebrer un triomphe et se faire porter sur le bouclier meme du vaincu, afin de muer sa defaite en gloire ; ses hommes fouillent la region. De l'autre, nos Gaulois remontent, indice apres indice, la piste de ce meme bouclier. Goscinny construit ainsi une enquete a double detente, ou la mecanique du MacGuffin (l'objet convoite qui n'a d'autre role que de relancer l'action) est menee avec une precision d'horloger.
Le style tient d'abord a cette architecture : chaque relais du bouclier justifie une saynete, chaque saynete fait avancer l'enquete, sans un temps mort. Il tient ensuite a l'onomastique, toujours reglee au cordeau, d'Alambix l'Arverne, dont le nom sonne l'alambic, aux Romains affubles de latin de cuisine. Il tient surtout a la satire sonore de l'accent auvergnat, ou les s et les ch permutent joyeusement, gag phonetique que la bande dessinee rend a merveille. Sur ce canevas, Goscinny brode ses armes coutumieres : l'anachronisme assume (la ville d'eaux, ses regimes, ses curistes maussades relevent d'un XXe siecle transporte dans l'Antiquite), la replique qui fait mouche et un sens du tempo que le trait vif d'Uderzo, virtuose des trognes et du mouvement, prolonge sans jamais le trahir.
Sous la farce, le propos est d'une modernite frappante : il interroge la fabrique de l'Histoire. Cesar ne veut pas seulement vaincre, il veut reecrire ; triompher sur le lieu de sa propre deroute, avec la relique de l'adversaire, releve de la pure propagande. La chute retourne le stratageme avec une elegance parfaite : c'est un chef gaulois qui se retrouve porte sur ce bouclier, sous les yeux de l'empereur reduit au silence. L'album parle alors de memoire, de dignite des vaincus et de mystification du pouvoir, sans jamais peser sur le divertissement.
Notre verdictLe Bouclier arverne n'est pas l'album le plus flamboyant de la serie, mais c'est l'un des mieux ecrits. Goscinny y demontre sa maitrise de l'intrigue en chaine, transforme un simple objet en moteur narratif et couronne le tout d'une chute memorable, ou la dignite des vaincus prend sa revanche sur la propagande des vainqueurs. Le prix a payer tient en deux points : un leger effacement d'Asterix et d'Obelix, et une satire regionale qui a par endroits vieilli. Reste un divertissement intelligent, drole et parfaitement rythme, porte par le trait toujours vif d'Uderzo et par un propos qui, sous le rire, ne cesse de viser juste. Une valeur sure de la periode doree, a (re)decouvrir sans hesiter.
Points forts
- Une mecanique narrative d'horlogerL'itineraire du bouclier, qui passe de main en main, sert de moteur d'une clarte exemplaire: chaque etape justifie une scene neuve et l'enquete avance sans jamais patiner. La symetrie entre le prologue et la chute referme l'album comme une boite bien ajustee.
- Une satire regionale incarneeL'Auvergne, ses marchands de vin et de charbon, son accent malicieusement retranscrit et son rituel de la cure thermale offrent un terrain comique concret. Goscinny croque ce microcosme bien francais avec une tendresse moqueuse qui ne verse jamais dans la caricature mechante.
- Une chute d'une ironie politiqueLe renversement final, ou le bouclier convoite par Cesar finit sous un chef gaulois, referme le recit sur un pied de nez aussi drole que signifiant. Rarement la serie aura si etroitement lie le gag et le propos.
- Un fond qui affleure sans peserDerriere la farce, la satire de la propagande imperiale et de la reecriture de l'Histoire donne a l'album une profondeur qui le distingue d'une simple guirlande de gags, sans jamais alourdir la lecture.
Réserves
- Un duo vedette en retraitAsterix et Obelix sont ici davantage enqueteurs qu'acteurs: c'est Abraracourcix, cloue a son regime, qui occupe le devant de la scene. Le tandem perd un peu de son mordant, reduit par moments a recouper des indices.
- Un sel tres franco-francaisLa figure du marchand auvergnat, les allusions a la ville d'eaux et a l'Auvergne des annees 1960 supposent un bagage culturel que le lecteur etranger, ou simplement plus jeune, ne partage plus toujours. Une part du comique s'est emoussee.
- Un gag de regime qui s'etireLa crise de foie et les privations d'Abraracourcix, droles au depart, se repetent sur la longueur, au point de sembler par instants un remplissage entre deux etapes de l'enquete.
À qui s’adresse ce livre ?
Le Bouclier arverne s'adresse d'abord aux amateurs d'Asterix qui veulent depasser les albums les plus celebres et gouter un opus de la grande periode, celle de la fin des annees 1960. Les lecteurs sensibles a la satire historique y trouveront un plaisir particulier, tant l'album joue avec la memoire d'Alesia et de Gergovie. Comme toute la serie, il se lit a deux niveaux : les enfants suivront l'enquete et les bagarres, les adultes gouteront les clins d'oeil regionaux et politiques. Une reserve toutefois : qui ignore la France de province y perdra quelques allusions. C'est un bon album de milieu de serie, ni introductif ni indispensable, a reserver a qui a deja savoure deux ou trois aventures.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Le Bouclier Arverne | Hachette | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210143-2 | Non renseigné |
| Le bouclier arverne | Hachette | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210011-4 | Non renseigné |
| Asterix and the Chieftain's Shield | Dargaud,Paris | Relié · 48 p. · Français | 978-2-205-00268-3 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.