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MangaLangue d’origine : Japonais

Le Colisée de tous les dangers

Première publication
2014
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Soixante et onzième tome de One Piece, paru chez Glénat le 2 juillet 2014, ce volume réunit les chapitres 701 à 711 et engage pour de bon l'arc Dressrosa amorcé à la fin du tome précédent. L'équipage du Chapeau de paille accoste sur la côte ouest de l'île et se répartit en trois groupes. Dans un restaurant, Luffy, Zoro, Sanji, Franky et Kinémon croisent un aveugle d'une puissance déconcertante, dont on apprend peu après qu'il s'agit de l'amiral Fujitora. Le Shusui de Zoro est volé, et Luffy, averti que Doflamingo met le pyro-fruit en jeu, s'inscrit sous le nom de Lucy au tournoi du Corrida Colosseum. Il y croise Cavendish, Rebecca, la Chinjao Family, Bartolomeo et Bellamy, et découvre la statue du gladiateur Kyros. Les batailles de blocs s'enchaînent pendant que Sanji, retenu en ville par une rencontre, finit par transmettre à Law une information capitale au sujet de Doflamingo. En parallèle, Robin et Usopp gagnent l'îlot de Green Bit et découvrent que les fées de Dressrosa sont en réalité des nains. Tome d'installation et de montée en pression, il plante le décor, distribue les rôles et ouvre l'arc sur plusieurs fronts à la fois.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Un tome qui enferme l'aventure dans une arène

Après un tome 70 occupé à faire basculer l'intrigue de Punk Hazard vers Dressrosa, Eiichirō Oda s'attaque ici à une opération délicate : installer un arc de très grande ampleur sans laisser retomber la tension accumulée. Les chapitres 701 à 711, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump puis réunis en tankobon, sont ceux d'une mise en place, avec ce qu'elle suppose de présentations, de fils lancés et de promesses différées. Le pari est simple et payant : plutôt que d'exposer son île, Oda y enferme son héros dans un tournoi et laisse le décor se raconter par ses figurants.

Le volume se disperse volontairement. À peine débarqué, le groupe de tête éclate : Luffy s'enfonce dans le Corrida Colosseum, Zoro court après un sabre volé, Sanji se laisse détourner par une rencontre en ville, pendant que Robin et Usopp gagnent Green Bit. Oda alterne ces fronts en resserrant peu à peu sur le Colisée, ce qui produit une lecture très rapide mais délibérément retardatrice : l'essentiel ne se noue que dans les tout derniers chapitres, et le reste du tome consiste à charger le fusil.

La trouvaille de découpage tient au tournoi lui-même. En annonçant quatre batailles de blocs pour la seule première manche, Oda se dote d'une horloge : le lecteur sait à chaque instant où l'on en est, ce qui autorise des échappées vers Green Bit sans que la tension retombe. Le bloc A est expédié en quelques planches, coup de force de rythme qui installe d'emblée Jesus Burgess comme une menace sérieuse, et le bloc B occupe le cœur du volume en fonctionnant comme une présentation collective déguisée en combat. Une dizaine de combattants y sont introduits en pleine action plutôt que par des fiches, la déroute du vice-amiral Maynard, infiltré sous un déguisement, suffit à établir le niveau de l'arène sans une ligne d'explication, et le King Punch d'Elizabello II offre un morceau de bravoure aussitôt retourné en révélation.

Le dessin suit cette logique de saturation. Les planches en noir et blanc du Colisée comptent parmi les plus chargées de la série à cette période : gradins fourmillants, silhouettes de gladiateurs occupant chacune sa case, trames sombres pour l'arène contre des blancs plus francs pour les extérieurs de Dressrosa. Oda joue de l'hétérogénéité de sa galerie, chaque combattant reposant sur une seule idée de forme, pour que l'œil s'y retrouve dans la mêlée. La lecture de droite à gauche reste fluide malgré la densité, grâce à des cases de respiration régulières et à un usage franc de la grande verticale pour les entrées en scène.

La dramaturgie repose sur deux effets à retardement. Le premier est l'aveugle du restaurant, posé comme une anomalie inquiétante dès le premier chapitre et identifié seulement quatre chapitres plus loin : la révélation par palier fonctionne d'autant mieux qu'Oda ne s'y appesantit pas. Le second est la réapparition de Bellamy, qui rouvre un dossier vieux de près de cinquante tomes et donne au volume sa scène la plus juste, sans un mot de trop. À côté, la statue de Kyros et les nains de Green Bit relèvent de l'amorce pure : ils ne signifient rien ici, ils signifieront plus tard. C'est la limite structurelle de l'exercice, et Oda l'assume au point d'en faire un principe de composition.

Reste que le tome ne raconte presque rien en propre. Il distribue, il place, il annonce. Sa réussite tient moins à ce qu'il accomplit qu'à l'appétit qu'il installe, et de ce côté la mécanique est imparable.

Notre verdictVolume charnière plus que volume marquant, ce tome 71 fait exactement ce qu'on attend d'une ouverture d'arc au long cours : il enferme Luffy dans une arène, y déverse une galerie de figures mémorables et laisse filer en parallèle deux ou trois fils qui n'auront de sens que bien plus tard. Le découpage en blocs lui donne une colonne vertébrale solide, le dessin tient la charge des scènes de foule, et la séquence Bellamy rappelle qu'Oda sait encore, en quelques planches, faire vaciller son lecteur. On lui reprochera de ne presque rien conclure et d'entasser les promesses, ce qui est le prix ordinaire de ce type de tome. Comme fragment, il est très bien construit ; comme lecture autonome, il reste suspendu. À prendre pour ce qu'il est : la mise en place de l'un des arcs les plus ambitieux de la série.

Points forts

  • Une machine à présenter les personnagesEn logeant une dizaine de nouveaux venus dans un tournoi plutôt que dans des scènes d'exposition, Oda fait tenir Cavendish, Rebecca, Bartolomeo, la Chinjao Family et Bellamy dans un même volume sans que la lecture s'alourdisse. Chacun arrive avec une silhouette, une manie et une raison d'être là, ce qui suffit amplement à ce stade.
  • Un rythme tenu par une horloge visibleLe découpage de la première manche en quatre blocs donne au lecteur un compteur clair et permet à Oda de couper vers Green Bit ou vers la traque du Shusui sans casser l'élan. Le tome se lit d'une traite alors même qu'il ne résout à peu près rien.
  • Le retour de Bellamy, en quelques planchesRamener un personnage humilié près de cinquante tomes plus tôt et lui faire dire l'essentiel sans discours est le genre de geste que seule une série au long cours peut s'offrir. C'est la respiration émotionnelle du volume, et elle tombe au bon endroit.
  • Des planches de foule très maîtriséesL'arène bondée, les gradins et les entrées en scène en pleine page montrent un dessinateur à l'aise dans la saturation, avec un noir et blanc contrasté qui garde la mêlée lisible malgré le nombre de corps par case.

Réserves

  • Un tome qui n'existe pas seulLu isolément, le volume donne l'impression d'un immense préambule: presque tout est amorcé, presque rien n'aboutit. C'est la règle du tome de manga au long cours, mais elle pèse ici plus lourd que d'habitude.
  • Une accumulation qui frôle l'encombrementEntre les gladiateurs, les nains de Green Bit, la présence de la Marine et l'ombre de Doflamingo, le nombre de fils ouverts en onze chapitres est considérable. Le lecteur occasionnel risque d'en perdre le compte, et plusieurs nouveaux venus restent à l'état d'esquisse.
  • Le tournoi comme dispositif déjà vuLe tournoi de combattants est un ressort classique du shonen, et Oda ne cherche pas à le renouveler: il le remplit. Ceux que le procédé lasse trouveront le volume plus mécanique que les meilleurs moments de la série.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans la série, qui viennent de refermer le tome 70 et attendent que Dressrosa se déploie : c'est pour eux que sont écrites l'identification de l'aveugle du restaurant et la réapparition de Bellamy, deux effets qui supposent une mémoire longue. Les amateurs de tournois de shonen y trouveront un dispositif classique mené avec une vraie science du rythme, et les lecteurs sensibles au dessin de foule s'attarderont sur les planches d'arène. En revanche, il ne constitue en aucun cas un point d'entrée : sans les tomes précédents, l'alliance nouée avec Law, la course au pyro-fruit et le poids du nom de Doflamingo restent des abstractions. Ceux qui préfèrent les tomes de dénouement aux tomes d'installation gagneront à le lire à la suite du suivant.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.