
De quoi parle ce livre ?
Le Devin est le dix-neuvième album de la série Astérix, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, paru en 1972. L'action se déroule dans le village gaulois irréductible. Un soir d'orage, un inconnu se réfugie dans la hutte du chef Abraracourcix : il se présente comme Prolix, un devin prétendant lire l'avenir dans les entrailles des animaux et le vol des oiseaux. Le druide Panoramix étant parti à une réunion de druides, aucune autorité savante ne peut trancher. Plusieurs villageois, en particulier des femmes dont Bonemine, l'épouse du chef, ajoutent foi à ses prédictions, tandis qu'Astérix et Obélix flairent l'imposture. Les Romains du camp voisin, eux-mêmes superstitieux, s'emparent de Prolix et mesurent le profit qu'ils peuvent tirer de sa réputation : ils le contraignent à annoncer que le village est maudit, afin d'en chasser les habitants. Effrayés, les Gaulois s'exilent un temps et les légionnaires occupent les lieux, avant qu'Astérix ne démasque la supercherie. L'album met en jeu la crédulité, la superstition et la manipulation.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le Devin : Astérix face à la tentation de croire
Dix-neuvième album des aventures d'Astérix, Le Devin (1972) occupe une place à part dans l'œuvre de René Goscinny et de son dessinateur Albert Uderzo. Ici, pas d'expédition lointaine ni de course-poursuite à travers l'Empire : presque tout se joue dans le village gaulois et sa forêt, autour d'une figure d'imposteur, le devin Prolix. L'album mérite qu'on s'y arrête parce qu'il déplace la satire habituelle. Ce ne sont plus seulement les Romains que l'on moque, mais un travers profondément humain : le besoin de croire, la peur du lendemain et la facilité avec laquelle une communauté d'ordinaire batailleuse et sûre d'elle se laisse mener par un beau parleur. Sous l'humour, Goscinny signe une petite fable sur la crédulité et sur les usages politiques de la superstition.
La construction repose sur une mécanique d'escalade. Tout commence par un orage : Prolix, chassé par la pluie, se réfugie sous un toit gaulois et improvise des prédictions faciles, à commencer par un temps qui s'améliorera une fois la tempête passée. Le hasard lui donne raison, et la graine du doute est semée. Goscinny exploite alors une belle trouvaille de scénario : l'absence du druide Panoramix, garant de la raison et du savoir, laisse un vide que la superstition s'empresse de combler. Astérix reste le seul sceptique lucide, ce qui installe un ressort dramatique inhabituel dans la série : le héros a raison contre presque tous, et doit démontrer une imposture plutôt que cogner des légionnaires. Le récit bascule quand les Romains s'emparent du charlatan et flairent l'intérêt militaire de sa parole : un faux présage, espèrent-ils, suffira à vider le village sans livrer bataille. Prolix annonce donc aux Gaulois une malédiction qui les pousse à fuir, si bien que la prophétie se réalise par le seul effet de la peur qu'elle inspire. La satire se dédouble, car le pouvoir romain, censé incarner l'ordre et le calcul, se révèle aussi crédule que les villageois et tout prêt à exploiter la crainte à son profit.
Sur le plan du style, on retrouve le meilleur de Goscinny. Le nom parlant d'abord (Prolix, celui qui parle beaucoup pour ne rien dire de vérifiable), puis les dialogues au rythme presque théâtral et les running gags domestiques où chacun interprète les signes à sa convenance et n'entend que ce qu'il souhaite entendre. Le comique naît moins de l'action que de la logique tordue des personnages. L'auteur s'amuse aussi des rites divinatoires antiques : Prolix scrute des entrailles et débite un jargon oraculaire aussi vague qu'un horoscope, ce qui vise juste, car la Rome historique consultait bel et bien haruspices et augures. Uderzo, de son côté, met son trait au service de l'atmosphère : l'orage inaugural, les jeux d'ombres, les mines tour à tour inquiètes ou extatiques des villageois, la gestuelle du devin drapé dans son mystère. Le dessin fait beaucoup pour rendre crédible l'emprise du faux prophète.
Le thème central, la crédulité, est traité avec une acuité qui n'a guère vieilli. L'album montre comment la peur fabrique du consentement, comment un discours flatteur et invérifiable s'impose parce qu'il répond à un désir plus qu'à une preuve, et comment l'autorité récupère la superstition à des fins de contrôle. Plus subtil encore, il oppose deux hommes que l'on écoute parce qu'ils prétendent savoir : Panoramix, dont l'autorité repose sur un vrai savoir, et Prolix, qui n'offre que du vent ; le charlatan ne prospère que dans le vide laissé par l'expert. C'est une lecture étonnamment politique glissée sous l'apparente légèreté.
Notre verdictLe Devin est un Astérix de la maturité, moins tapageur que certains classiques mais plus mordant dans son propos. En choisissant pour adversaire non une légion mais une idée fausse, Goscinny signe une fable intelligente sur la crédulité et sur la manière dont la peur se laisse exploiter, par les charlatans comme par le pouvoir. L'humour porte, le dessin d'Uderzo soutient parfaitement l'atmosphère, et l'ironie finale rappelle que la tentation de croire ne se laisse jamais tout à fait vaincre. Quelques ressorts datés et une intrigue romaine un peu courte l'empêchent d'égaler les tout grands albums, mais il demeure une belle réussite, l'une des satires les plus fines dissimulées dans la série.
Points forts
- Une satire toujours actuelleEn prenant pour cible non une armée mais une idée fausse, l'album vise juste: le besoin de croire, la peur du lendemain et la manipulation par un discours flatteur restent des ressorts parfaitement contemporains.
- Un mécanisme comique bien huiléL'escalade de la crédulité, nourrie par des prédictions volontairement vagues et par le hasard qui les confirme, donne aux gags un rythme et une logique implacables, jusqu'à la prophétie qui finit par se réaliser d'elle-même parce que chacun y croit.
- Le dessin au service de l'ambianceUderzo réussit l'orage d'ouverture, les clairs-obscurs et la palette d'expressions des villageois envoûtés, ce qui ancre visuellement le pouvoir de suggestion du faux devin.
- Astérix en héros de la raisonLe petit Gaulois ne triomphe pas d'abord par la force mais par le doute et l'esprit critique, ce qui renouvelle agréablement sa fonction au sein de la série.
Réserves
- Des ressorts d'époqueLe comique conjugal et le partage très traditionnel des rôles au village, scènes de ménage à répétition en tête, trahissent nettement les habitudes de leur temps et alourdissent quelques passages.
- Moins de souffle épiqueAlbum de quasi huis clos centré sur le village et sa forêt, Le Devin offre moins de dépaysement et de grandes chevauchées que les opus de voyage, ce qui peut décevoir l'amateur de spectacle.
- Une intrigue romaine un peu courteLe versant militaire, l'idée d'utiliser le devin pour évacuer le village, se met en place et se dénoue assez conventionnellement, en retrait par rapport à la finesse de la satire principale.
À qui s’adresse ce livre ?
Le Devin conviendra d'abord aux lecteurs qui préfèrent l'Astérix satirique à l'Astérix d'aventure. Les amateurs de la grande période Goscinny y trouveront un texte dense, riche en dialogues et en second degré, qui récompense la relecture adulte autant qu'il amuse l'enfant. C'est aussi un excellent support pour aborder, avec de jeunes lecteurs, la différence entre croire et savoir, l'esprit critique et la manipulation par la peur, le tout sans lourdeur pédagogique. En revanche, qui découvre la série et cherche avant tout le grand spectacle (voyages, batailles, gags visuels) gagnerait à commencer ailleurs, par un album de voyage par exemple. Les collectionneurs et les nostalgiques, eux, le rangeront sans hésiter parmi les réussites de la maturité du tandem.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Le devin | Hachette | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210019-0 | Non renseigné |
| Le Devin | French & European Pubns | Relié · Français | 978-0-8288-5122-0 | Non renseigné | |
| Le Devin | Dargaud | Relié · 48 p. · Français | 978-2-205-00650-6 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.