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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Le Feu écarlate

Première publication
2016
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Trente-cinquième volume de la saga née en 1977 sous les plumes de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski, Le Feu écarlate prend en charge le dénouement du long arc oriental ouvert par Yves Sente. Tout se joue à Bag Dadh, assiégée par l'armée de Magnus, où les combats font rage. Cette guerre n'est pourtant pas celle de Thorgal : au cœur de la ville en flammes, le Viking n'a qu'un but, arracher son fils Aniel à l'emprise des Magiciens Rouges, qui ont fait de l'enfant la réincarnation de leur Grand Maître Kahaniel. Vénéré comme un dieu vivant, le garçon est devenu un chef religieux cruel et fanatique, et c'est à lui, bien plus qu'aux armées, que le père devra se mesurer. Xavier Dorison, qui signe ici son unique scénario pour la série, place Thorgal devant le prix de ses absences ; Rosinski, lui, embrase la cité de rouges, de fumées et de cendres. Récit de guerre, de foi dévoyée et de filiation empoisonnée, où la question n'est plus de vaincre mais de savoir si l'on peut encore se faire entendre.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le père contre le prophète : Thorgal au bout de son Orient

Il y a des albums que l'on ouvre en se demandant d'abord qui les a écrits. Après cinq tomes menés par Yves Sente, la saga du Viking aux cheveux noirs avait besoin d'un dénouement, et c'est Xavier Dorison qui s'y colle, le temps d'un seul volume, avant de passer la main. Paru en novembre 2016 chez Le Lombard, Le Feu écarlate porte donc une double étiquette : conclusion d'un cycle oriental que son auteur n'a pas engagé, et parenthèse dans une série où les scénaristes se succèdent désormais plus vite que les générations de la famille Thorgal.

Reprendre Thorgal au trente-cinquième tome n'est pas écrire une aventure : c'est hériter d'une situation. Yves Sente avait dispersé la famille sur cinq albums et conduit le Viking jusqu'en Orient ; Dorison arrive avec la charge de refermer ce qu'un autre a ouvert, sans disposer d'autre chose qu'une cité en guerre et d'un enfant devenu idole. Son parti pris est net, et c'est ce qui sauve l'album : il refuse de faire du siège de Bag Dadh le sujet. L'armée de Magnus fournit le fracas, les incendies et l'urgence, mais elle reste un décor sonore. La vraie ligne du récit tient dans un face-à-face : un père qui veut récupérer son fils, un fils qui n'a plus besoin de père parce qu'on lui a donné mieux, une foi, un titre et des fidèles.

C'est là que Dorison retrouve son terrain, celui du Troisième Testament et d'Undertaker : la croyance comme machine, la ferveur comme appareil de pouvoir. Le Feu écarlate montre moins des sorciers que des clercs, moins un enfant possédé qu'un enfant fabriqué, entouré d'adultes qui ont besoin qu'il soit ce qu'ils ont annoncé. Thorgal, réduit à l'impuissance, n'a plus que la parole, et l'album a l'honnêteté de montrer qu'elle ne suffit pas toujours. Le héros qui se tirait de tout par le courage et par l'épée découvre qu'un argument ne se gagne pas comme un duel.

Graphiquement, Rosinski est ailleurs depuis longtemps. La couleur directe qu'il pratique sur la série depuis Le Sacrifice a mangé le trait : les contours se dissolvent, les visages se creusent, les foules deviennent des masses de matière. Le titre lui offre exactement ce qu'il aime, une gamme de rouges, d'ocres et de cendres, des ciels chargés, des architectures écrasées de chaleur. Ceux qui aiment le dessinateur nerveux et précis des premiers albums y verront une perte de lisibilité ; ceux qui suivent le peintre y trouveront quelques pleines pages parmi les plus fortes de la période récente. Le désaccord est ancien, et cet album ne le tranche pas : il l'assume.

Reste la contrainte arithmétique. Cinquante-six pages pour solder un cycle qui en a mobilisé plus de deux cents, cela oblige à couper. Dorison resserre, va au but, laisse de côté des fils que le lecteur avait pris l'habitude de suivre, et atteint son terme avec une vitesse qui ressemble par moments à de la précipitation. On sent l'auteur pressé de nettoyer la table pour la suite, sans savoir encore qu'il ne la dressera pas lui-même.

Notre verdictLe Feu écarlate n'est pas l'album d'un auteur qui installe sa vision : c'est celui d'un artisan appelé pour éteindre l'incendie d'un autre, et qui s'en acquitte avec métier. Dorison a compris que le sujet n'était ni la guerre ni la magie, mais un homme qui découvre que son fils ne lui appartient pas, et il tient cette ligne jusqu'au bout. Rosinski, lui, brûle la page avec l'autorité de qui n'a plus rien à prouver, quitte à perdre en route les lecteurs restés fidèles à son trait des années 1980. Reste l'impression d'un rendez-vous à moitié tenu : trop de fils à nouer en trop peu de planches, et un scénariste dont on aurait voulu voir ce qu'il aurait fait avec plusieurs albums devant lui plutôt qu'un seul. Un volume honorable, souvent beau, mineur dans l'histoire de la série, et pourtant nécessaire à qui a suivi Aniel jusque-là.

Points forts

  • Un antagoniste que l'on ne peut pas frapperFaire du fils l'adversaire prive Thorgal de tout ce qui fait sa force. Contre une armée, il sait quoi faire; contre un enfant qui le regarde comme un incroyant, il n'a ni arme ni ruse. Dorison tient ce renversement sans le commenter, et il donne au tome sa meilleure tension.
  • Rosinski coloriste de l'incendieLa ville en flammes est un cadeau pour un peintre: Rosinski y déploie une gamme de rouges, de bruns et de gris cendreux qui donne au titre son sens littéral. Les scènes de foule, traitées par masses plutôt que par contours, ont une chaleur et une menace que peu de séries d'aventure atteignent.
  • Une ligne thématique tenue de bout en boutLe fanatisme n'est pas ici un décor exotique mais le vrai moteur du récit: comment on fabrique un prophète, ce que la ferveur autorise, ce qu'elle coûte à ceux qui aiment le prophète avant de le craindre. Dorison, qui a déjà travaillé ce terrain ailleurs, ne le traite jamais avec paresse.

Réserves

  • Cinquante-six pages pour solder cinq albumsL'album hérite d'un cycle qu'il n'a pas construit et doit le conclure dans un format standard. La résolution arrive vite, certains enjeux patiemment installés par Yves Sente sont évacués en quelques cases, et le lecteur fidèle peut légitimement trouver la note un peu rude.
  • Une série très loin de ses fjordsEntre cité orientale, ordre religieux et magie savante, l'imaginaire nordique qui faisait la couleur des premiers Thorgal ne subsiste plus qu'à l'état de souvenir. Le dépaysement est réel, mais les lecteurs attachés aux drakkars, aux dieux d'Asgard et aux villages du Nord y trouveront une série devenue étrangère à elle-même.
  • Un album impraticable pour qui arrive maintenantImpossible d'entrer dans Le Feu écarlate sans avoir lu les tomes précédents: les personnages, les allégeances et l'enjeu même du récit supposent acquis cinq albums de mise en place. Isolé, le volume ressemble à un dernier acte dont on aurait perdu le programme.
  • Une signature sans lendemainDorison quitte la série après ce seul volume. On lui doit une conclusion propre, mais pas une vision: difficile de ne pas rêver à ce qu'il aurait fait de Thorgal avec trois ou quatre albums devant lui, et de ne pas lire celui-ci comme un travail de commande exécuté avec conscience.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série depuis Moi, Jolan : sans les cinq albums d'Yves Sente, Bag Dadh, les Magiciens Rouges et le statut d'Aniel restent des noms sans épaisseur. Les amateurs de Dorison, ceux qui l'ont lu sur Undertaker, Long John Silver ou Le Troisième Testament, y reconnaîtront son goût pour les croyances devenues machines de pouvoir, appliqué cette fois à une saga qui n'est pas la sienne. Le public familial habituel de Thorgal, disons à partir de douze ans, y trouvera son compte, à condition d'accepter un récit sombre, guerrier et sans consolation facile, où l'ennemi est un enfant. En revanche, qui cherche le Thorgal des origines, les fjords, les dieux du Nord et les récits complets en un volume, fera mieux de commencer ailleurs.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.