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Couverture de Spirou et Fantasio, tome 11

Bande dessinée

Le Gorille a bonne mine

Première publication
1959
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Onzième album des aventures de Spirou et Fantasio, Le Gorille a bonne mine paraît chez Dupuis en 1959 et réunit deux récits signés André Franquin, alors au sommet de son art. Dans l'histoire-titre, la plus longue, les deux compères, accompagnés de l'écureuil Spip et du Marsupilami, gagnent une version fictionnalisée du Congo belge, en Afrique centrale, aux toponymes inventés, pour y consacrer un reportage aux gorilles, devenus rares. Ce qui s'annonçait comme une simple mission d'observation prend bientôt un tour mouvementé, et le titre lui-même joue sur un savoureux double sens autour du mot mine. Le second récit, Vacances sans histoires, plus bref et franchement burlesque, laisse l'auteur donner libre cours à sa passion de l'automobile, de la plus rutilante à la plus poussive. On y croise même, le temps d'une apparition, un certain Gaston Lagaffe, dont c'est ici l'une des toutes premières apparitions en album. Entre dépaysement, gags et sens du mouvement, le recueil illustre l'énergie comique et graphique de l'école de Marcinelle dans ses plus belles années.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Franquin au zénith : l'aventure a bonne mine

À la fin des années 1950, André Franquin tient la série Spirou et Fantasio à bout de crayon et lui offre quelques-uns de ses sommets. Paru en 1959, Le Gorille a bonne mine en est le onzième album et rassemble deux histoires prépubliées dans le journal Spirou. Ni tout à fait recueil de gags, ni longue aventure unique, il occupe une place singulière dans la production de l'auteur, celle d'un album mixte où le grand récit exotique voisine avec la fantaisie légère. C'est aussi une excellente porte d'entrée pour qui veut mesurer l'allant du trait de Marcinelle et le charme intact du quatuor que forment Spirou, Fantasio, Spip et le Marsupilami.

Construit comme un diptyque, l'album fait cohabiter deux registres que Franquin maîtrise avec une égale aisance. L'histoire-titre déploie une aventure exotique dans les règles, avec départ vers l'Afrique, reportage animalier et péripéties en cascade, tandis que Vacances sans histoires bascule dans le pur burlesque mécanique. Ce montage donne à l'ensemble un rythme contrasté : à la respiration d'un long récit d'aventure succède la fantaisie d'un gag prolongé.

Graphiquement, on est au cœur de l'école de Marcinelle. Le trait est rond, souple, sans cesse en mouvement : les personnages gesticulent, les décors fourmillent de détails et chaque case respire une énergie communicative. Franquin excelle à mettre en scène la course, la chute et la surprise, avec un sens du tempo hérité du dessin animé. Le Marsupilami, créature bondissante à la queue interminable, demeure l'un des grands ressorts comiques de la série : sa seule présence suffit à faire dérailler joyeusement les situations les plus tendues.

Sur le fond, l'histoire-titre mêle le goût du reportage et une sensibilité naissante à la préservation de la nature, à travers le sort des gorilles, sans jamais peser sur le récit : l'aventure et le rire gardent la main. Le second segment, lui, laisse éclater la passion de l'auteur pour l'automobile, prétexte à une débauche d'inventions visuelles. On y croise Gaston Lagaffe, personnage encore tout neuf, dont c'est l'une des premières apparitions en album, de quoi réjouir les amateurs d'histoire de la bande dessinée.

L'écriture demeure alerte et limpide, portée par des dialogues vifs et un comique qui joue autant du texte que du dessin. Si la trame de l'aventure principale reste relativement simple dans son déroulé, elle vaut surtout par son abattage graphique et par la vitalité de ses personnages, marque de fabrique d'un Franquin au faîte de ses moyens.

Notre verdictLe Gorille a bonne mine n'est peut-être pas l'album le plus ambitieux de la période Franquin, mais il en concentre les plaisirs essentiels : un dessin d'une vitalité éblouissante, un Marsupilami au meilleur de sa forme, un humour qui fait toujours mouche et cette générosité graphique propre à l'école de Marcinelle. Le diptyque, entre grande aventure exotique et fantaisie automobile, se lit d'une traite et confirme le talent d'un auteur alors à son faîte. Un classique attachant, indispensable aux amateurs de la série et parfaitement recommandable à qui découvre l'univers de Spirou et Fantasio.

Points forts

  • Un dessin plein de vieLe trait rond et dynamique de l'école de Marcinelle atteint ici une belle maturité: mise en scène du mouvement, décors foisonnants, sens du comique hérité du cinéma d'animation. Chaque planche déborde d'énergie et se lit avec un plaisir immédiat.
  • Le Marsupilami, ressort comique inépuisableBondissant, imprévisible, doté d'une queue démesurée, l'animal-vedette de Franquin fait dérailler les situations et insuffle à l'aventure une fantaisie irrésistible qui séduit autant les enfants que les adultes.
  • Un diptyque qui varie les plaisirsLa longue aventure africaine et le court récit automobile offrent deux tonalités complémentaires: le souffle du reportage exotique d'un côté, le pur burlesque mécanique de l'autre. La lecture ne s'installe jamais dans la routine.
  • Une pépite pour l'histoire de la BDL'album accueille l'une des premières apparitions en album de Gaston Lagaffe, personnage encore tout neuf, et laisse éclater la passion de Franquin pour l'automobile. Autant de clins d'œil qui raviront amateurs et collectionneurs de la série.

Réserves

  • Un ensemble compositeRéunir une longue aventure et un récit bien plus court crée un léger déséquilibre: le second segment, plus mince, tient davantage du complément agréable que de l'histoire à part entière.
  • Une intrigue principale sans grande surpriseLa trame du reportage africain reste assez classique dans son déroulé. On la suit surtout pour l'abattage graphique et le rythme comique, plus que pour l'audace de ses rebondissements.
  • Un exotisme à replacer dans son époqueComme nombre de récits d'aventure des années 1950, la vision de l'Afrique repose sur des conventions et un imaginaire datés, que le lecteur d'aujourd'hui gagnera à considérer avec un peu de recul historique.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord à un large public familial : les jeunes lecteurs y trouveront une aventure animée et drôle, facile à suivre, tandis que les adultes savoureront la virtuosité du dessin et la nostalgie d'un âge d'or de la bande dessinée franco-belge. Les amateurs de Franquin, les fans du Marsupilami et les collectionneurs de la série y verront une étape notable, ne serait-ce que pour l'une des premières apparitions en album de Gaston Lagaffe. C'est enfin une porte d'entrée idéale pour faire découvrir Spirou et Fantasio à de nouveaux lecteurs, sans prérequis particulier.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Spirou et Fantasio, tome 11Le Gorille a bonne mineDupuisAutre · 61 p.978-2-8001-0013-5Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.