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Couverture de Le livre de la jungle

Bande dessinée

Le livre de la jungle

Première publication
1967
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Le livre de la jungle est un recueil de nouvelles de l'ecrivain britannique Rudyard Kipling, paru en 1894 (les metadonnees type=comic et annee=1967 sont erronees : elles renvoient au film d'animation de Walt Disney, non au texte original). Le recueil rassemble plusieurs recits, dont les plus celebres suivent Mowgli, un enfant recueilli et eleve par une meute de loups dans la jungle indienne. Autour de lui gravitent des figures animales : Baloo l'ours, qui enseigne la Loi de la Jungle, Bagheera la panthere noire, Kaa le python et le tigre Shere Khan, son ennemi. Les nouvelles explorent les rapports entre l'homme et l'animal, l'apprentissage des regles et l'appartenance a une communaute. D'autres histoires ne concernent pas Mowgli, comme Rikki-Tikki-Tavi (une mangouste luttant contre des cobras) ou Toomai des elephants. Chaque recit est suivi d'un poeme. Ecrit durant la periode coloniale britannique, le livre puise dans le cadre de l'Inde. Un second recueil, Le second livre de la jungle, parait en 1895.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Livre de la jungle : la loi, l'enfant et la bete

Les metadonnees annoncent une bande dessinee de 1967 : elles designent en realite le celebre dessin anime de Walt Disney, non l'oeuvre litteraire. Le veritable Livre de la jungle est un recueil de nouvelles publie par Rudyard Kipling en 1894, tres eloigne de l'ours debonnaire chantant l'insouciance. On y trouve une matiere plus dure, plus rituelle, ou la question centrale n'est pas le divertissement mais l'appartenance : a quelle loi obeit-on, et de quel monde releve-t-on quand on est un petit d'homme eleve par les loups ? C'est ce texte fondateur, souvent recouvert par ses adaptations, qu'il vaut la peine de relire pour lui-meme.

Le premier Livre de la jungle (1894), qu'il faut distinguer du Second Livre de la jungle paru l'annee suivante, rassemble sept nouvelles, chacune close par un poeme ou un chant qui en prolonge l'echo. Les trois premieres forment le cycle de Mowgli (Les Freres de Mowgli, La Chasse de Kaa, Au tigre ! au tigre !) : elles racontent l'adoption d'un petit d'homme par une meute de loups des collines de Seeonee, son education par l'ours Baloo et la panthere Bagheera, sa rivalite mortelle avec le tigre Shere Khan, enfin son expulsion du monde animal puis son rejet par le village des hommes. Les quatre autres nouvelles sont autonomes : Rikki-Tikki-Tavi suit une mangouste qui defend une famille anglaise contre le couple de cobras Nag et Nagaina ; Le Phoque blanc met en scene Kotick, en quete d'une plage a l'abri des chasseurs, dans les mers du Nord ; Toomai des elephants et Serviteurs de Sa Majeste explorent le rapport entre les hommes et les betes de l'Inde coloniale, du jeune cornac qui surprend la danse nocturne des elephants aux animaux de l'armee qui devisent, la veille d'une parade, sur les raisons de leur obeissance.

La construction en mosaique, qui entrelace le cycle indien de Mowgli, une fable animale des mers du Nord et un episode militaire, pourrait sembler disparate. Elle trouve pourtant son unite dans un motif recurrent : la Loi de la Jungle, code enonce avec une solennite presque biblique et transmis de generation en generation. L'alternance de la prose et du vers n'est pas ornementale : chaque chant final (chanson de chasse de la meute, complainte du phoque, chant de parade des betes de camp) rejoue en musique ce que la nouvelle vient de dire, et donne au recueil sa respiration. Kipling refuse par ailleurs la ligne droite : il coupe le cycle de Mowgli une fois acheve pour glisser vers d'autres mondes, comme si la jungle indienne n'etait qu'un chapitre d'un livre plus vaste sur les ordres qui gouvernent le vivant.

Le style fait beaucoup du livre. Kipling ecrit une prose incantatoire, rythmee de refrains, de formules repetees et d'archaismes (le tutoiement solennel, les tournures empruntees a la Bible et au conte) qui installe une oralite envoutante. La nomination y joue un role central : Akela, Bagheera, Baloo, Kaa, Bandar-log, Shere Khan, ces noms sonores, souvent tires de langues de l'Inde, dressent un monde a la fois etranger et immediatement lisible. Le romancier invente une langue des betes, avec ses Maitres Mots (Nous sommes du meme sang, toi et moi), ses rangs et ses interdits, et adopte le point de vue animal pour depayser le regard. Loin de l'anthropomorphisme mievre, ses fauves gardent leur poids d'instinct et de danger : Bagheera reste une panthere, Kaa un python patient et mortel, et la menace n'est jamais decorative.

Les themes se repondent d'une nouvelle a l'autre. L'appartenance domine : Mowgli n'est ni tout a fait bete ni tout a fait homme, il vit sur un seuil, adopte puis chasse par la meute, reconnu puis rejete par les hommes qui le prennent pour un sorcier. Autour de lui s'organisent la transmission (Baloo pedagogue de la Loi), la peur et le respect (la Fleur Rouge, ce feu que toutes les betes redoutent et dont Mowgli se fait l'arme), l'opposition de l'ordre et du chaos (les singes Bandar-log, peuple sans loi, sans chef ni memoire, figure inquietante de la foule). La frontiere entre nature sauvage et civilisation, le prix de la discipline, la loyaute et la trahison : autant de questions que le recueil pose sans les resoudre. Sous le conte animalier affleure une reflexion insistante sur ce qui fonde une communaute et sur ce qu'il en coute d'y entrer, d'y rester ou d'en sortir.

Notre verdictLe Livre de la jungle gagne a etre arrache a ses images d'Epinal. Sous l'insouciance que lui a pretee Disney se cache une oeuvre grave, rituelle, traversee par la question de l'appartenance et par une meditation exigeante sur la Loi. Sa langue incantatoire, ses betes magnifiques et la figure de Mowgli, eternel enfant du seuil, en font un texte fondateur qui a nourri tout un imaginaire, de la litterature d'aventures au cinema. Il faut seulement le lire en adulte lucide, attentif au sous-texte imperial et a un moralisme parfois appuye. A ces conditions, sa relecture reste un plaisir rare et une experience litteraire pleine : un jalon qui parle autant aux enfants qu'a ceux qui ne le sont plus.

Points forts

  • Une architecture mythiqueLa Loi de la Jungle donne au recueil une colonne vertebrale morale rare dans la litterature pour la jeunesse: un code interiorise, transmis et discute, qui transforme des aventures animalieres en veritable reflexion sur l'ordre et l'appartenance.
  • L'art du recit animalierKipling evite l'anthropomorphisme mievre. Bagheera, Kaa ou Shere Khan gardent leur nature de predateurs, leur dignite et leur menace; les animaux pensent et parlent sans cesser d'etre des betes, ce qui donne au monde de la jungle toute sa densite et sa part d'effroi.
  • Une prose musicaleLe style incantatoire, les refrains, les poemes qui referment chaque nouvelle creent une oralite envoutante, faite pour etre lue a voix haute: la langue elle-meme porte le caractere sacre du recit, et l'invention des noms suffit a batir un univers.
  • Un recueil plus riche que sa legendeReduit a Mowgli par ses adaptations, le livre revele des joyaux autonomes comme Rikki-Tikki-Tavi ou Le Phoque blanc, ce dernier portant, a travers le massacre des betes par les chasseurs, une conscience presque ecologique tres en avance sur son temps.

Réserves

  • Un sous-texte colonialEcrit par le barde de l'Empire britannique, le recueil sacralise l'ordre, la hierarchie et l'obeissance a la Loi d'une maniere qui prolonge, en filigrane, l'ideologie imperiale; Serviteurs de Sa Majeste va jusqu'a celebrer la chaine d'obeissance qui remonte a la Reine, et l'Inde y reste souvent un decor domine. Cette dimension merite une lecture avec recul.
  • Un recueil inegalLa force du cycle de Mowgli ecrase parfois les nouvelles plus didactiques, notamment Serviteurs de Sa Majeste, dont le propos sur les betes de l'armee a nettement vieilli et rompt l'unite du volume.
  • Un moralisme insistantL'omnipresence de la Loi et la posture pedagogique de Baloo peuvent donner au texte un tour sentencieux; la lecon y est parfois trop explicite pour le lecteur adulte, comme si le conte doublait toujours son recit d'une morale.

À qui s’adresse ce livre ?

Le Livre de la jungle s'adresse d'abord aux lecteurs qui veulent retrouver l'oeuvre sous ses adaptations : ni le dessin anime de 1967 ni aucune bande dessinee ne rendent la durete et la profondeur du texte de 1894. Les enfants a partir de dix ans y trouveront des aventures fortes, a condition d'une edition integrale bien traduite, car la langue et certaines nouvelles exigent une lecture deja assuree. Il comblera les amateurs de contes, de fables et de recits d'apprentissage, les curieux de la litterature de l'Inde coloniale, et les lecteurs adultes desireux de relire un classique avec un regard critique. C'est aussi un livre a partager a voix haute, en famille, tant sa prose appelle l'oralite.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Le livre de la junglePhidaln.c.Autre · 94 p. · Français978-2-89393-518-8Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.