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Couverture de Le lourd passe de lagaffe

Bande dessinée

Le Lourd passé de Lagaffe

Première publication
1986
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Gaston Lagaffe naît sous le crayon d'André Franquin en 1957, dans les pages du Journal de Spirou. Garçon de bureau censé trier un courrier en éternel retard, il préfère bricoler des inventions saugrenues, dormir sur son classeur, mitonner des mixtures immangeables ou choyer ses animaux. Autour de lui s'agite une galerie de comparses : ses supérieurs successifs, de Fantasio à Prunelle, Mademoiselle Jeanne qui l'aime en secret, l'agent Longtarin, tatillon du stationnement, et l'infortuné De Mesmaeker, dont les contrats ne sont jamais signés. Tout repose sur la planche autonome : chaque page installe une situation de bureau qui dérape doucement jusqu'à la chute. Cinquième des recueils de la série (R5), Le Lourd passé de Lagaffe paraît en 1986 et rassemble les gags et les illustrations restés jusque-là à l'écart des albums, pour une bonne part des planches plus anciennes. On y retrouve, sans intrigue continue, l'esprit à la fois frondeur et tendre qui a fait de Gaston une figure majeure de la bande dessinée franco-belge, joyeusement rétive à l'héroïsme comme au travail.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Lourd passé de Lagaffe : les gaffes oubliées des albums

Paru en 1986, Le Lourd passé de Lagaffe appartient à ces recueils qui, plutôt que de prolonger la série vers l'avant, reviennent sur leurs pas pour rassembler ce que les albums précédents avaient laissé de côté : des gags et des illustrations, souvent plus anciens, jamais réunis jusque-là. Le titre joue de cette idée d'un passé qui refait surface. Pour le lecteur, c'est l'occasion de retrouver Gaston dans une veine parfois moins familière et de mesurer le chemin parcouru par Franquin depuis la naissance du personnage, en 1957.

La force de Gaston tient d'abord à un format : la planche autonome, close sur elle-même. Chaque page pose un décor familier, le bureau et ses piles de courrier, puis enclenche un mécanisme qui s'emballe jusqu'à la case finale. Franquin y déploie une horlogerie comique où la catastrophe naît d'un enchaînement très logique de petites causes. En réunissant des planches restées hors des albums, souvent parmi les plus anciennes, ce recueil laisse observer la mise en place de cet art de la chute et l'invention progressive de l'univers. Sur le plan graphique, Franquin appartient pleinement à l'école de Marcinelle : le trait rond et souple, les silhouettes dites « gros nez », une gestuelle d'une vivacité peu commune, servie aux décors par la main de Jidéhem, fidèle collaborateur sur la série. Le corps de Gaston, avachi puis soudain projeté à travers la case, devient à lui seul le moteur du rire. Dans les planches les plus anciennes, le dessin se fait un peu plus sobre et les décors moins foisonnants que dans les grandes années, mais l'expressivité est déjà pleinement là. L'humour, lui, mêle le burlesque, le gag d'objet et une tendresse désarmante pour ce cancre pacifique, allergique au travail comme à l'autorité. On tient une comédie du quotidien, sans intrigue, portée par la seule mécanique du gag et par un personnage devenu, au fil des planches, une manière de philosophie de la paresse heureuse.

Notre verdictLe Lourd passé de Lagaffe n'est pas la porte d'entrée idéale de la série, et il ne prétend pas l'être : c'est un retour affectueux sur des gaffes restées de côté, un album de fond plus que de découverte. La mécanique du gag y fonctionne toujours, le dessin garde cette vivacité qui a fait la réputation de Franquin, et les planches les plus anciennes possèdent un charme documentaire indéniable. On regrettera l'hétérogénéité propre à tout recueil et une efficacité parfois moindre que dans les albums de la maturité. Pour l'amateur de Gaston, le plaisir reste néanmoins entier : on y retrouve, intacts, l'esprit frondeur et la tendresse qui font de cette série un jalon majeur de l'humour dessiné. Un rendez-vous à conseiller aux initiés, à réserver en second choix aux néophytes.

Points forts

  • Une mécanique du gag imparableLe format d'une planche par gag impose une économie de moyens que Franquin maîtrise à la perfection. Il pose une situation, l'enraye, puis fait dérailler l'ensemble jusqu'à une chute nette. Rien ne dépasse, tout concourt au rire, et l'efficacité demeure intacte jusque sur les planches les plus anciennes.
  • Un dessin d'une expressivité rareHéritier de l'école de Marcinelle, le trait de Franquin donne aux corps une souplesse extraordinaire. Les postures avachies de Gaston, ses bonds, ses catastrophes saisies en plein mouvement en disent souvent plus que les dialogues et restent un sommet de la bande dessinée d'humour franco-belge.
  • Un anti-héros durablement attachantGaston n'est ni malin ni ambitieux: il oppose à l'ordre du bureau une paresse inventive et un refus tout doux de la contrainte. Ce pacifisme rêveur, jamais méchant, explique l'affection tenace que les lecteurs vouent au personnage.
  • Un véritable intérêt patrimonialEn réunissant des gags et des illustrations laissés hors des albums, le recueil donne à voir un Gaston moins rebattu, dans une forme graphique et comique encore en cours d'affinage. Pour qui aime la série, c'est un plaisir d'archéologie amusée et un utile point de comparaison avec les classiques.

Réserves

  • Un recueil par nature hétérogèneRéunir des pièces d'époques et de statuts différents produit un ensemble inégal, où la qualité du dessin et le tranchant des chutes varient d'une page à l'autre. L'album n'a pas tout à fait l'homogénéité des grands recueils de la maturité.
  • La répétition en lecture continueConçus pour être lus un à un dans le journal, ces gags d'une planche peuvent lasser dès qu'on enchaîne l'album d'une traite. Le principe, toujours le même, se savoure par petites doses plutôt qu'il ne se dévore.
  • Quelques ressorts datésCertaines planches anciennes portent la marque de leur temps, dans les objets, les références ou le tempo. Rien de rédhibitoire, mais le rire y est parfois moins franc que dans les gags les plus célèbres de la série.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce recueil s'adresse d'abord aux amateurs déjà conquis par Gaston et aux collectionneurs soucieux de posséder la série au complet, curieux de confronter ces planches restées de côté aux classiques. Les nostalgiques du Journal de Spirou et les amoureux de la bande dessinée franco-belge y trouveront un plaisir immédiat. L'humour, visuel et bon enfant, demeure accessible à tous les âges, des jeunes lecteurs aux adultes. En revanche, qui découvre le personnage aurait sans doute intérêt à commencer par un recueil de la grande période, plus homogène, avant de remonter vers ces gags plus anciens, dont on goûte mieux la saveur une fois l'univers déjà familier.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Le lourd passe de lagaffeDupuisAutre · 48 p.978-2-8001-1473-6Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.