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Couverture de Lanfeust de Troy, Tome 4

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Le Paladin d'Eckmül

Première publication
1996
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Quatrième volume de Lanfeust de Troy, Le Paladin d'Eckmül prolonge la quête ouverte par L'Ivoire du Magohamoth. Sur Troy, presque tous les humains ont un pouvoir unique, le plus souvent minuscule et cocasse: faire mûrir les fruits, ôter les taches, aiguiser les lames. Encore faut-il ne pas trop s'éloigner d'un sage d'Eckmül, mage ayant renoncé à son propre pouvoir pour relayer celui des autres. Lanfeust, apprenti forgeron sans ambition particulière, a découvert qu'il échappait à la règle et pouvait, lui, réunir tous les pouvoirs. L'anomalie l'a jeté sur les routes en compagnie du sage Nicolède, de ses deux filles, la posée C'ian et l'incendiaire Cixi, et du troll Hébus, brute au verbe fleuri. Ce quatrième tome conduit la petite troupe au cœur des baronnies, sur la piste du chevalier Or-Azur et de son épée. Le chevalier est engagé dans un grand tournoi, et joutes, protocole seigneurial et hospitalité armée valent à la compagnie son lot de rencontres discourtoises. Surtout, l'adversaire installé par les albums précédents, Thanos, se révèle plus terrible et plus puissant qu'on ne l'imaginait. Pour lui tenir tête, l'apprenti forgeron devra endosser l'armure et se faire paladin.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

L'apprenti forgeron endosse l'armure

Publié chez Soleil en novembre 1996, deux ans après le lancement de la série, ce quatrième tome arrive au moment où Lanfeust de Troy n'a plus rien à prouver: la mécanique tourne, le public suit, et le duo Arleston-Tarquin peut se permettre de prendre son temps. Le Paladin d'Eckmül occupe une position charnière dans le premier cycle: il achève de conduire ses héros là où le récit les attendait et leur fait affronter de face l'adversaire que les albums précédents avaient patiemment installé. Le titre annonce le programme, moins une étape de plus qu'un adoubement.

La construction obéit au principe qui a fait le succès du premier cycle: un récit au long cours débité en tranches d'un album, chacune refermée sur une avancée nette et aussitôt relancée. Arleston écrit en feuilletoniste assumé. Le volume est d'abord une étape de voyage: on traverse les baronnies, on arrive au tournoi, et chaque décor nouveau fournit sa péripétie et son gag. Le motif chevaleresque donne toutefois à ce tome une colonne vertébrale plus ferme que le simple itinéraire des précédents: il vient avec ses champions, son décorum et ses rivalités, autant d'occasions de mettre les héros en difficulté sans recourir à la magie. Revers de la formule, la quête proprement dite avance peu, et l'on sent l'album disposer ses pièces en vue du morceau de bravoure.

Le style tient d'abord au dialogue. Arleston pratique une fantasy bavarde qui se moque du genre à l'instant même où elle l'exploite: calembours, anachronismes, noms propres à double fond, apartés d'Hébus dont la brutalité candide dégonfle toute solennité. L'humour n'est pas un ornement, c'est le régime normal du récit, et il préserve la série de la grandiloquence qui guette l'heroic fantasy des années 1990. Il en plafonne aussi l'émotion: rien n'a le droit de peser bien longtemps, et la menace, si spectaculaire soit-elle, se dissipe volontiers dans la réplique suivante.

Sur le fond, la série continue d'exploiter une idée simple et féconde: un pouvoir par personne, domestique et dérisoire, qui ne fonctionne qu'à portée d'un sage ayant renoncé au sien pour relayer celui des autres. On y lit sans forcer une satire de la spécialisation sociale et des petites féodalités, que ce tome pousse du côté de la noblesse et de ses jeux guerriers, où la vaillance affichée masque mal l'appétit. L'album prolonge par ailleurs l'apprentissage du héros, tiraillé entre le devoir qu'incarne C'ian et le goût de vivre que représente Cixi; son titre dit assez la trajectoire visée, passer du garçon doué au chevalier, c'est-à-dire assumer une responsabilité au lieu de subir un don.

Le dessin de Tarquin ne relève ni de la ligne claire d'Hergé ni de la rondeur bondissante de l'école de Marcinelle: il vient de l'illustration de fantasy et du comic book américain, trait nerveux, encrage appuyé, anatomies athlétiques, goût constant du cadrage spectaculaire. Les décors font une bonne part du plaisir, cités, châteaux, lices et bestiaire compris, et les scènes de foule sont semées de gags visuels que l'on ne repère qu'à la relecture. Les joutes lui offrent en outre ce qu'il réussit le mieux, des corps en mouvement dans des planches très découpées. La couleur, saturée et chaude, a moins bien vieilli que le trait, mais elle donne à Troy une identité immédiatement reconnaissable.

Notre verdictLe Paladin d'Eckmül n'est pas le tome le plus surprenant de Lanfeust de Troy et il paie sa position charnière: une bonne part de sa pagination sert à conduire les personnages au bon endroit, au bon moment, dans le bon costume. Il donne en échange ce que les trois premiers albums promettaient sans le tenir, un affrontement en règle, un héros qui cesse d'être le passager de son propre pouvoir, un décor chevaleresque que le duo exploite avec un plaisir de conteur manifeste. L'humour reste inégal, le regard porté sur les personnages féminins a mal vieilli, mais l'énergie du dessin et la générosité de l'univers emportent l'adhésion. Bon album de série, indispensable à qui a commencé le cycle, dispensable à qui n'a jamais mis les pieds sur Troy.

Points forts

  • Un cadre chevaleresque qui structure enfin le voyageLe tournoi donne à l'album une unité de lieu et d'enjeu que le simple itinéraire des tomes précédents n'offrait pas. Des adversaires à affronter, un décorum à respecter, une violence réglée: la série tient là un cadre dramatique simple et efficace, qui produit du suspense sans multiplier les artifices magiques et qui oblige Lanfeust à se battre autrement qu'en accumulant les pouvoirs.
  • Hébus, contrepoint comique et vraie création de personnageLe troll reste la trouvaille la plus solide du duo. Sa brutalité candide, son appétit et son parler fleuri cassent la solennité des scènes de chevalerie au moment précis où elles risqueraient de se prendre au sérieux. Il est aussi, discrètement, celui dont le rapport aux autres évolue le plus au fil du cycle.
  • La générosité graphique de TarquinRien n'est bâclé dans le décor: architectures, foules, montures, armures, chaque case donne quelque chose à regarder. Le découpage privilégie l'ampleur, les grandes cases et les perspectives plongeantes, et les scènes d'action gardent une lisibilité que beaucoup de fantasy dessinée de l'époque n'atteint pas.

Réserves

  • Un album charnière, difficile à lire isolémentLe volume suppose les trois précédents connus: qui sont ces personnages, pourquoi cette épée, quel lien avec l'ivoire du Magohamoth. L'aborder d'emblée revient à entrer au milieu d'une conversation. C'est le prix d'un feuilleton assumé, mais il est réel.
  • Un humour qui désamorce ses propres enjeuxLa blague arrive presque toujours à temps pour empêcher l'inquiétude de s'installer. Le procédé fait le charme de la série, mais il limite la portée des scènes graves et donne parfois l'impression que les auteurs se méfient de leur propre récit dès qu'il menace d'émouvoir.
  • Des personnages féminins largement réduits à leur silhouetteC'ian et Cixi ont chacune un caractère, mais le dessin les cadre inlassablement par le décolleté et la chute de reins, et le récit les installe volontiers en objets de convoitise. Ce parti pris, banal dans la bande dessinée de fantasy des années 1990, se remarque nettement aujourd'hui.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord à ceux qui suivent la série depuis L'Ivoire du Magohamoth: c'est pour eux que se joue une confrontation préparée de longue date, et eux seuls mesurent ce que vaut l'épée convoitée. Aux autres, mieux vaut conseiller le premier tome, faute de quoi les enjeux resteront des noms propres. Au-delà, le titre convient aux amateurs de fantasy comique, aux lecteurs que la solennité du genre rebute, et aux rôlistes, dont la série partage l'esprit de bande, le goût du bestiaire et une bonne part du vocabulaire. Dès onze ou douze ans la lecture ne pose aucune difficulté de compréhension, mais les parents noteront un érotisme léger et permanent dans le dessin ainsi qu'un humour volontiers grivois: c'est un titre de rayon adolescent plutôt que jeunesse.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Lanfeust de Troy, Tome 4Le paladin d'EckmülHACHETTE JEUNESSE ROMANAutre978-2-01-200944-8Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.