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Couverture de Le papyrus de César

Bande dessinée

Le Papyrus de César

Première publication
2015
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

En 50 avant Jésus-Christ, Jules César met la dernière main à La Guerre des Gaules, le récit de ses campagnes destiné à asseoir sa gloire dans toute la République. Son éditeur, l'ambitieux Bonus Promoplus, lui conseille toutefois de retrancher un chapitre embarrassant, celui qui relate ses revers face à un petit village gaulois toujours invaincu. Mieux vaut, plaide-t-il, effacer cette page peu flatteuse avant que l'ouvrage ne circule. Mais Bigdatha, le scribe numide chargé de la transcription, subtilise la copie du passage écarté et la confie au colporteur Doublepolémix, militant de la libre diffusion des idées, qui la porte à ceux que l'affaire concerne au premier chef, les irréductibles Gaulois. Astérix, Obélix et les druides deviennent alors les dépositaires d'un secret que Rome voudrait voir disparaître, et que Promoplus charge ses agents de récupérer. Comment préserver une vérité que le pouvoir cherche à étouffer, à une époque où les nouvelles voyagent de bouche à oreille et par pigeon voyageur? Autour de cette question, l'album déploie une réflexion malicieuse sur la fabrique de l'information, le poids de la rumeur et la transmission de la mémoire.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Papyrus de César, ou l'art de faire circuler la vérité

Deuxième album signé par Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin, après Astérix chez les Pictes, Le Papyrus de César paraît en 2015 et confirme l'installation du nouveau tandem à la tête de la série. Le duo y délaisse le grand voyage exotique au profit d'une intrigue plus resserrée, presque domestique, bâtie autour d'une idée maligne: et si un chapitre des célèbres mémoires de César avait été discrètement supprimé parce qu'il écornait sa légende? De ce point de départ, les auteurs tirent une comédie sur la communication et le contrôle de l'information, transposant dans l'Antiquité des préoccupations très contemporaines.

La force de l'album tient à son sujet, qui joue habilement avec l'Histoire. La Guerre des Gaules a bel et bien existé, et Ferri s'amuse à y combler un blanc imaginaire pour interroger la manière dont un récit officiel se construit, s'expurge et se diffuse. Bonus Promoplus, éditeur retors et communicant avant l'heure, incarne l'art de maquiller les faits gênants en éléments de langage. Face à lui, la transmission orale des druides, chargés de mémoriser le chapitre interdit pour le sauver de l'oubli, offre un contrepoint savoureux: la mémoire vivante contre l'effacement, la parole contre la censure. L'allusion au monde numérique est assumée, du réseau de pigeons voyageurs qui colportent les rumeurs jusqu'aux patronymes espiègles, tel le légionnaire Antivirus. Sur le plan de la construction, l'intrigue avance surtout par le dialogue et les manoeuvres de coulisses plutôt que par l'action, ce qui donne un album bavard mais rythmé, ponctué des courses-poursuites et des banquets attendus. Au dessin, Didier Conrad poursuit avec une belle fidélité l'héritage d'Albert Uderzo: trait dynamique et caricatural, personnages expressifs, décors fouillés de la forêt des Carnutes et galerie de trognes romaines. Il s'autorise quelques cadrages énergiques sans jamais trahir l'identité visuelle de la série. Ferri, de son côté, retrouve le goût des jeux de mots onomastiques et des dialogues à double détente qui firent la réputation de Goscinny, même si la mécanique comique paraît par endroits plus appliquée qu'inspirée.

Notre verdictLe Papyrus de César est un album solide et intelligent, qui confirme que la série est entre de bonnes mains. Sans égaler les sommets de l'ère Goscinny, Ferri et Conrad livrent une comédie maligne sur la manipulation de l'information, servie par un dessin d'une remarquable fidélité et par une belle galerie de personnages. On peut regretter une intrigue un peu casanière et des références très ancrées dans leur époque, mais l'ensemble se lit avec plaisir et fait mouche dans sa satire. Un bon cru du nouvel équipage, à recommander autant aux nostalgiques qu'aux lecteurs sensibles à sa lecture des dérives médiatiques contemporaines.

Points forts

  • Une satire de l'information très actuelleLe vrai coup de maître de l'album est d'avoir bâti son intrigue sur la manipulation d'un récit officiel. La fabrique de l'information, la rumeur, le contrôle de l'image et la mémoire deviennent le moteur de la comédie, avec une résonance qui dépasse largement le cadre gaulois.
  • La continuité graphique assurée par ConradDidier Conrad prolonge le trait d'Uderzo avec un naturel confondant: dynamisme des scènes, expressivité des visages, richesse des décors. Le lecteur retrouve l'univers visuel de la série sans rupture, tout en profitant d'une énergie de mise en scène bien à lui.
  • Personnages secondaires et jeux de motsBonus Promoplus, Doublepolémix, Antivirus: la galerie de nouveaux venus est réussie, portée par l'art de l'onomastique cher à la série. Les clins d'oeil au monde des médias et des réseaux nourrissent un second degré qui amusera les grands lecteurs.
  • Un ton fidèle à l'esprit de la sérieMalgré le changement de génération, l'album conserve la recette: irréductibilité gauloise, banquets, potion magique et satire du pouvoir. Ferri respecte l'esprit de Goscinny tout en glissant sa propre lecture des travers contemporains.

Réserves

  • Une intrigue avare en aventureEn renonçant au grand voyage, l'album se prive d'un ressort classique de la série. L'action reste cantonnée autour du village et de la forêt, et la trame, portée par les dialogues, manque parfois du souffle épique des meilleurs opus.
  • Des références qui pourraient daterL'appui marqué sur la satire des médias et de la circulation de l'information, très inscrite dans son époque, risque de vieillir moins bien que les gags intemporels de la série. Certains clins d'oeil paraissent un peu appuyés.
  • Une mécanique comique parfois appliquéeFerri maîtrise les codes, mais l'humour semble par moments plus reconstitué qu'inspiré. On sent l'hommage respectueux là où Goscinny surprenait, ce qui laisse quelques passages un peu sages.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux fidèles d'Astérix, curieux de voir comment le tandem Ferri et Conrad fait vivre l'héritage après Uderzo. Les jeunes lecteurs y trouveront les ingrédients habituels, bagarres, potion magique et personnages hauts en couleur, tandis que les adultes savoureront surtout le second degré et la satire des médias, qui fonctionne comme une lecture à double niveau. C'est aussi un bon titre pour qui s'intéresse à la manière dont la série se renouvelle, et pour les amateurs de bande dessinée franco-belge attentifs à la question de la transmission d'un patrimoine populaire. Les puristes du grand voyage exotique, en revanche, pourront le trouver un brin sédentaire.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Le papyrus de CésarLes Éditions Albert Renén.c.Autre · 48 p.978-2-86497-271-6Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.