
De quoi parle ce livre ?
Neuvième album des aventures de Spirou et Fantasio, Le Repaire de la murène entraîne le duo et le Marsupilami vers les profondeurs de la Méditerranée. Tout commence par un défi lancé dans la presse : un armateur fortuné promet une belle récompense à qui saura concevoir un engin capable de descendre à très grande profondeur, jusqu'à une épave hors de portée des plongeurs ordinaires. Le comte de Champignac, qui vient de mettre au point le X4, un extrait de champignon censé stimuler les facultés de l'esprit, relève le pari et imagine un scaphandre perfectionné doublé d'un petit véhicule sous-marin individuel, sorte de scooter des abysses. Mais la compétition attire des rivaux peu scrupuleux, prompts au sabotage, et réveille surtout une menace tapie dans les eaux sombres : un redoutable bandit des mers que l'on surnomme la Murène. Entre course à l'invention, plongées périlleuses et danger dissimulé dans la pénombre des fonds, le trio se retrouve embarqué dans une aventure où la curiosité scientifique côtoie sans cesse le péril. Franquin y marie le sens du gag et un vrai souffle romanesque, sans jamais relâcher son rythme.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le grand souffle sous-marin de Franquin
Publié en album en 1957 chez Dupuis, après une prépublication dans les pages du journal Spirou, Le Repaire de la murène occupe une place de choix dans la longue carrière de Franquin à la tête de la série. L'auteur est alors en pleine possession de son art : il a déjà donné vie au Marsupilami, installé le comte de Champignac et son château, et affiné une formule qui marie l'aventure au long cours, la fantaisie scientifique et le comique de situation. Ce neuvième opus délaisse les décors exotiques ou champenois des volumes précédents pour un théâtre plus rare dans la série, les grands fonds marins, et confronte ses héros à un adversaire à la mesure de ce décor inquiétant.
La construction repose sur un ressort simple et redoutablement efficace : un concours qui donne un but concret aux personnages et enclenche naturellement la mécanique de l'aventure. De ce point de départ presque documentaire, la mise au point d'un scaphandre et d'un véhicule de plongée, Franquin fait glisser le récit vers la tension à mesure que la rivalité tourne au sabotage, puis à la confrontation avec un criminel installé dans les abysses. Le dosage est typique de sa manière : les gags ponctuent l'action sans jamais dissiper l'inquiétude, et le Marsupilami, révélant d'inattendues aptitudes aquatiques, apporte sa fantaisie sans voler la vedette à l'intrigue.
Graphiquement, on se trouve au coeur de l'école de Marcinelle : trait rond et souple, personnages en perpétuel mouvement, sens du timing hérité du dessin animé, décors soignés qui rendent crédibles aussi bien les machines que les fonds sous-marins. Franquin excelle à donner du poids et de la vitesse à ses engins, et le milieu aquatique lui offre un terrain idéal pour les jeux d'échelle et les silhouettes menaçantes surgies de la pénombre. La fantaisie scientifique, incarnée par le X4 du comte de Champignac, reste au service de l'aventure plutôt que d'une démonstration : elle fournit un prétexte élégant à l'invention et au merveilleux. L'ensemble avance d'un pas alerte, porté par une mise en page limpide et une couleur franche, caractéristiques des albums Dupuis de cette période.
Notre verdictLe Repaire de la murène n'est peut-être pas le titre le plus audacieux de la série, mais il en offre un excellent représentant : une aventure sous-marine menée tambour battant, portée par un dessin d'une vitalité constante et par cet art très franquinien de faire cohabiter le rire et le frisson. Le décor des profondeurs lui insuffle une atmosphère à part, l'invention scientifique y garde un parfum de merveilleux, et le trio Spirou, Fantasio et Marsupilami fonctionne à plein régime. Un classique de l'école de Marcinelle qui n'a rien perdu de son plaisir de lecture, et que l'on recommande sans réserve, aussi bien pour une première découverte que pour une relecture nostalgique.
Points forts
- Un ressort narratif limpideLe concours de plongée offre un moteur d'intrigue immédiatement lisible: il fixe un but concret, justifie l'irruption des inventions et enclenche sans lourdeur la mécanique de l'aventure. L'enchaînement paraît si naturel qu'il donne au récit une belle fluidité et une progression sans à-coups vers le danger.
- Le dessin de l'école de Marcinelle à son sommetTrait rond et souple, personnages en mouvement permanent, engins rendus avec un vrai sens du poids et de la vitesse: Franquin y déploie toute la virtuosité graphique de l'école de Marcinelle. Les décors sous-marins, minutieux, donnent corps à un univers pourtant fantaisiste.
- Un décor sous-marin qui renouvelle la sérieEn quittant la terre ferme pour les fonds méditerranéens, Franquin s'offre un terrain de jeu inédit: jeux d'échelle, silhouettes menaçantes dans la pénombre, machines élégantes. Ce cadre aquatique installe une atmosphère singulière, à mi-chemin de l'aventure et du merveilleux scientifique.
- L'équilibre entre humour et tensionLes gags ponctuent l'action sans jamais désamorcer l'inquiétude, et le Marsupilami apporte sa fantaisie sans éclipser l'intrigue. Ce dosage, très caractéristique de Franquin, tient le lecteur entre sourire et suspense d'un bout à l'autre.
Réserves
- Une intrigue fidèle aux codes de son époqueLe schéma du concours, la figure du bandit et la mécanique de la résolution s'inscrivent dans les conventions de la bande dessinée d'aventure des années 1950. Le lecteur en quête de véritables surprises narratives pourra trouver l'ensemble un peu balisé, en dépit de son efficacité.
- Un charme parfois datéCertains ressorts et un rythme moins dense que dans les chefs-d'oeuvre à venir de l'auteur trahissent l'année de parution. C'est le revers assumé d'un classique du patrimoine, à aborder pour ce qu'il est.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album s'adresse d'abord aux familles et aux jeunes lecteurs, dès neuf ou dix ans, qui y trouveront une aventure claire, rythmée et sans violence gratuite. Il comblera aussi les amateurs de bande dessinée classique, les fidèles de Spirou et les curieux désireux de découvrir Franquin à une période où il installe durablement l'univers de la série. Les collectionneurs et les nostalgiques de l'âge d'or du journal Spirou y verront une pièce importante, tandis que les lecteurs adultes l'apprécieront pour la maestria du dessin et le plaisir d'un récit d'aventure à l'ancienne. Nul besoin de connaître les volumes précédents : l'intrigue se suffit à elle-même.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Spirou et Fantasio, tome 9Le Repaire de la murène | Dupuis | Autre · 61 p. | 978-2-8001-0011-1 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.