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MangaLangue d’origine : Japonais

Le rêve d'un génie

Première publication
2023
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Cent sixième tome de la série, paru chez Glénat en décembre 2023, ce volume relie les chapitres 1066 à 1076 et se déroule presque entièrement sur Egg Head, l'île futuriste où l'équipage de Chapeau de paille a abordé au tome précédent. Il s'ouvre sur un bloc d'exposition : le docteur Végapunk et ses satellites reviennent devant Nico Robin sur la volonté d'Ohara et sur ce que représente la survivante de l'île savante, puis dévoilent Punk Records, la mémoire où le savant entrepose son savoir, avant que Végapunk n'expose enfin le rêve de scientifique qui l'anime. L'arrivée du CP0 fait basculer le tome dans l'action : Rob Lucci et Kaku passent à l'attaque dans le laboratoire, appuyés par les Séraphins, ces armes construites à l'image d'anciens Grands Corsaires, dont le contrôle devient vite l'enjeu réel de la bataille. Le passé de l'agent Stussy et son lien avec Miss Buckingham Stussy remontent alors à la surface, tandis que l'étage du laboratoire se referme sur ses occupants et se change en piège. Un volume de siège, qui installe l'arc Egg Head bien plus qu'il ne le dénoue.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Végapunk s'explique, le laboratoire se referme

Après un tome 105 partagé entre l'épilogue du pays des Wa et l'accostage sur Egg Head, ce volume est le premier entièrement consacré au nouvel arc. Il emprunte son titre à l'un de ses chapitres, et la promesse est tenue au sens le plus littéral : pendant trois chapitres, Eiichirō Oda suspend l'aventure pour laisser un savant parler. Puis il ouvre les hostilités, ferme les portes et change le décor d'émerveillement en piège. Juger ce tome, c'est d'abord juger cette couture.

Le découpage du volume est net, et c'est sa qualité première. Les trois premiers chapitres forment un bloc d'exposition presque continu, les huit suivants un mouvement d'action tendu, et la charnière tombe tôt, dès l'accostage du navire du Gouvernement mondial. Cette proportion n'existait pas à la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump, où chaque chapitre devait tenir seul ; elle n'apparaît qu'à la lecture du tankobon, et elle donne à ce volume une forme que beaucoup de tomes de la série n'ont pas.

L'exposition était le vrai risque. Il fallait faire tenir la volonté d'Ohara, ce que Nico Robin représente pour ceux qui la lui ont transmise, la nature de Punk Records et le rêve de Végapunk, rendre l'énergie disponible pour tous, sans réduire les planches à des têtes qui parlent. Oda s'en tire par la mise en scène plus que par le dialogue : il éclate le savant en satellites qui se coupent la parole, laisse les écrans et les gadgets occuper l'image pendant que le texte avance, loge les révélations les plus graves dans des décors encombrés où le comique désamorce le poids théorique. Le résultat reste dense, mais la séquence adressée à Robin vaut surtout par ce qu'elle solde : une dette narrative très ancienne, réglée sans emphase.

La suite tient sur un principe simple, le retournement d'un décor. Egg Head avait été présentée comme un terrain de jeu ; l'étage du laboratoire devient un espace clos où plus personne ne sait qui commande quoi. Les Séraphins sont la trouvaille dramatique du tome : construits à l'image d'anciens Grands Corsaires, ils basculent d'un camp à l'autre selon qui détient l'ordre, si bien que la tension ne vient pas de leur puissance mais de leur obéissance. Oda pousse le contraste graphique au maximum, silhouettes enfantines et visages familiers, encrage lisse et poses raides, ce qui rend ces créatures plus dérangeantes qu'un adversaire ordinaire. Le tome va au bout de la logique en refermant le piège sur les assaillants eux-mêmes, son meilleur moment.

Le dessin, en noir et blanc et en sens de lecture japonais, adopte ici un registre plus rond et plus propre qu'au pays des Wa : dômes, surfaces lisses, trames claires, peu de hachures. Cette clarté sert les explications et dessert un peu les affrontements, souvent traités en plans larges et coupés par le montage, car le tome tresse plusieurs fils à la fois, sur l'île comme au dehors.

Reste la place du volume dans l'arc, et elle est claire : c'est le tome qui installe le siège. Il ne résout presque rien, il verrouille. Il pose ce que la suite exploitera, la transmission du savoir, ce que vaut une vérité face à un État qui l'efface, et il le pose au moment où les personnages perdent la maîtrise du lieu. Comme fraction de récit, c'est de la charpente réussie.

Notre verdictUn tome de charpente, plus que de spectacle, et parfaitement conscient de l'être. Son ouverture solde une dette narrative ancienne en donnant enfin un contenu au savoir que le Gouvernement mondial pourchasse depuis le début de la série ; tout le reste ferme les issues et fait du laboratoire un espace où l'obéissance des armes compte plus que leur puissance. Entre les deux, la couture tient, ce qui n'allait pas de soi. On lui reprochera une exposition dense qui déborde sur l'action, un montage alterné qui hache les affrontements et une absence presque totale de résolution, défauts assumés d'un volume qui installe un siège au lieu de le mener. Comme fraction de récit, c'est solide et lisible : l'arc Egg Head y trouve sa vraie forme, et la suite devient nécessaire. Un bon tome de milieu d'arc, à lire dans la foulée du précédent.

Points forts

  • Une exposition mise en scène plutôt que récitéeLe bloc d'ouverture avait tout pour être indigeste: la volonté d'Ohara, ce que Nico Robin en porte, Punk Records, le rêve de Végapunk. Oda le rend tenable en fragmentant la parole entre les satellites, en installant les révélations dans des décors encombrés et comiques, en laissant les machines occuper l'image pendant que le texte avance. Ce qui est enfin dit à Robin sur le sort de son île est joué sans grands effets, et gagne à cette sobriété.
  • Un décor qui se retourne contre ses occupantsToute la seconde partie repose sur une seule idée de mise en scène: l'île d'émerveillement devient un espace clos dont les issues se ferment. Le passage du terrain de jeu au piège est amené par étapes lisibles, sans coup de théâtre gratuit, et il redonne du danger à un équipage que la série a rendu très puissant.
  • Les Séraphins, une menace dont l'enjeu est le contrôleConstruits à l'image d'anciens Grands Corsaires, ils ne valent pas par leur force brute mais par la question de savoir qui leur donne des ordres. Le tome fait de cette chaîne de commandement le vrai champ de bataille, jusqu'à retourner ces armes contre le camp qui croyait les tenir. Il en tire des scènes de tension plutôt que de simples empoignades, et leur allure à la fois enfantine et figée installe un malaise durable.
  • Le double jeu de Stussy, une révélation qui déplace les lignesEn pleine offensive, le tome rouvre un dossier ancien: le passé de l'agent Stussy, son lien avec le nom de Miss Buckingham Stussy et sa véritable allégeance. La révélation ne tombe pas comme un effet isolé, elle rejoint la question que pose tout le volume, celle de ce que la science du Gouvernement mondial fabrique et de ce qu'elle efface, et elle donne au camp adverse une épaisseur que les affrontements seuls ne lui auraient pas offerte.

Réserves

  • Une exposition dense, qui déborde sur l'actionLes trois premiers chapitres sont une longue suite d'explications, et les suivants continuent de s'interrompre pour en fournir d'autres, sur les Séraphins ou sur les fruits du démon artificiels. Le lecteur qui ouvre ce tome sans avoir relu le précédent devra encaisser une quantité considérable de noms propres, de concepts et de rappels historiques.
  • Un montage alterné qui disperse les affrontementsLe volume entretient de nombreuses lignes parallèles en onze chapitres, sur Egg Head comme très loin de là. Chacune est claire prise isolément, mais leur alternance découpe les scènes de combat en tranches courtes et affaiblit leur montée en intensité, défaut plus sensible en lecture reliée qu'en prépublication.
  • Un tome qui referme peu de portesC'est la loi du genre, mais elle se paie ici plus cher qu'ailleurs: hormis un affrontement mené à son terme, le volume se ferme sur une alliance de circonstance et sur un piège en train de se refermer, sans palier de repos. Lu seul, il ressemble davantage à un long premier acte qu'à un ensemble autonome.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série volume après volume et qui attendaient des réponses sur Ohara, sur le savoir que le Gouvernement mondial efface et sur la place de Nico Robin dans cette histoire : ils tiennent là le tome le plus explicatif de l'arc. Les amateurs de huis clos et de mécaniques de siège seront servis par tout ce qui suit l'entrée du CP0 dans le laboratoire. En revanche, ce n'est en aucun cas un point d'entrée : rien n'y est repris depuis le début, et le volume suppose acquis le pays des Wa, le statut actuel de l'équipage et le contexte politique de la Saga Finale. Ceux qui viennent chercher avant tout de longs affrontements en pleine page devront composer avec un tome qui privilégie la parole et la tension sur la démonstration de force.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.