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MangaLangue d’origine : Japonais

Le rêve de Luffy

Première publication
2023
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Cent cinquième tome de la série d'Eiichirō Oda, Le rêve de Luffy réunit les chapitres 1056 à 1065 et occupe une position de charnière. Les deux premiers referment l'arc du pays des Wa : Baggy se retrouve porté à la tête du Cross Guild aux côtés de Mihawk et de Crocodile, et l'équipage au chapeau de paille reprend enfin la mer. Les huit suivants ouvrent l'arc Egg Head, mais trois d'entre eux se passent encore au large : l'annonce d'un nouvel Empereur, le récit de l'incident dont le colonel Kobby est victime, puis le chapitre qui donne son titre au volume, où Luffy confie enfin son rêve à ses compagnons. Vient ensuite l'accostage sur l'île futuriste du docteur Végapunk, ce pays de la science dont la technologie a des siècles d'avance sur le reste du monde, et l'équipage s'aventure dans les étages de son laboratoire. La visite tourne vite à l'exploration, et ce que l'on croyait savoir de l'identité du plus grand savant du monde vacille avant la dernière page. Un tome de seuil, donc, qui solde une saga en deux chapitres et en installe une autre dans les huit qui restent.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le tome charnière qui referme le pays des Wa et ouvre l'ère Végapunk

Certains tomes de One Piece concluent, d'autres lancent ; le cent cinquième fait les deux, en dix chapitres, et c'est ce qui le rend singulier. Deux suffisent à Eiichirō Oda pour ranger le pays des Wa, cette saga fleuve qui aura occupé la série pendant une quinzaine de volumes, et le second d'entre eux s'intitule sobrement Rideau. Le récit change ensuite de mer, de palette et de régime. Paru chez Glénat le 30 septembre 2023, Le rêve de Luffy est un volume de seuil, avec tout ce que cela suppose de plaisirs et d'inconforts.

Le découpage est la première chose qui frappe. Un éditeur soucieux de symétrie aurait fait coïncider la fin de l'arc avec la fin du volume ; Oda place la charnière au deuxième chapitre et laisse les huit suivants ouvrir autre chose. Le tankobon reproduit ici, sans le corriger, le rythme de la prépublication hebdomadaire : le Weekly Shonen Jump ignore les frontières de volumes. Le résultat est un objet asymétrique, où l'on tourne une page en croyant achever une saga de quinze tomes et où l'on se retrouve, quelques planches plus loin, sur une île dont on n'avait jamais entendu parler.

Entre les deux, Oda ménage un sas dont il a le secret : trois chapitres de mer, de journaux et de nouvelles du monde. C'est là que le volume est le plus dense en informations et le plus avare en action. Le Cross Guild s'installe, Baggy récolte une gloire qu'il n'a jamais cherchée, un nouvel Empereur est proclamé, la Marine encaisse un incident, et l'auteur redistribue ses pions sur l'échiquier mondial. Ce type de séquence est à la fois la faiblesse et la force d'Oda : exigeante pour la mémoire du lecteur, elle donne à la série cette impression rare d'un monde qui continue de tourner hors du champ des héros.

Le sommet dramatique du volume tient en une scène, et cette scène est une soustraction. Luffy dit enfin son rêve, et Oda fait porter la confidence par le hors-champ : ce sont les réactions de l'équipage et la composition de la planche qui disent l'événement, non l'énoncé lui-même. Après plus de mille chapitres de promesse différée, le geste a l'audace tranquille de ceux qui savent exactement ce qu'ils font : il transforme une information en événement et laisse intacte l'énergie qui fait avancer le récit.

La seconde moitié change tout, y compris le trait. Le pays des Wa, c'étaient les trames, le bois, les étoffes, la foule en kimono et les nuits d'encre. Egg Head, ce sont les perspectives de laboratoire, les aplats métalliques et les machines qui débordent des cases. Oda y retrouve son plaisir de dessinateur d'architectures et d'engins improbables, celui de Water Seven ou de l'île des Hommes-Poissons. Le noir et blanc y gagne en contraste : de larges blancs pour les volumes de l'architecture, des noirs francs pour les écrans et les câbles, et une lisibilité qui reste impeccable dans le sens de lecture japonais, où le regard glisse d'une case à l'autre sans jamais buter.

Dramaturgiquement, ce premier segment d'Egg Head fait ce que fait toute exposition : il pose un lieu, un savant, une promesse d'énigme. Rien ne s'y résout, et c'est dans l'ordre des choses. La réussite tient à ce que le volume se referme sur une révélation qui rend soudain l'île plus vaste et plus opaque qu'annoncé, à l'instant exact où la visite guidée menaçait de tourner à la carte postale.

Notre verdictLe rêve de Luffy est un tome de passage, et c'est ainsi qu'il faut le juger : non sur son autonomie, qu'il n'a pas, mais sur la qualité de la manœuvre qu'il exécute. De ce point de vue, la réussite est nette. Oda solde en deux chapitres une saga de quinze volumes sans donner l'impression de bâcler, offre au passage la scène de confidence la mieux mise en scène de la série récente, puis relance la machine sur un décor entièrement neuf dont il tire aussitôt des planches somptueuses. Le prix à payer tient en deux lignes : un long sas informatif au milieu du volume, et une seconde moitié qui installe bien plus qu'elle ne résout. Pour qui accepte qu'un tome de manga au long cours soit une fraction de récit et non une œuvre close, la charnière est remarquablement huilée, et l'invitation à suivre l'équipage sur l'île de la science difficile à décliner.

Points forts

  • Une confidence portée par le hors-champLe chapitre qui donne son titre au volume règle une attente vieille de plus de mille chapitres en refusant de la mettre à plat. Oda confie la scène aux visages, aux postures et au silence de l'équipage plutôt qu'aux mots eux-mêmes, et la promesse reste plus vaste que sa formulation. C'est une décision de conteur qu'on n'attend plus d'un shonen hebdomadaire arrivé à ce stade, et elle donne au tome son moment de grâce.
  • Une rupture graphique franche entre le pays des Wa et Egg HeadPasser des trames, du bois et des kimonos aux perspectives de laboratoire et aux aplats métalliques à l'intérieur d'un même volume aurait pu produire un choc désagréable. Oda en fait au contraire l'argument visuel du tome: la bascule se voit, s'assume et signale au lecteur qu'une ère s'achève. Les planches d'exploration du laboratoire comptent parmi les plus généreuses en décors que la série ait offertes depuis longtemps.
  • Une respiration après le raid d'OnigashimaAprès des tomes de combat en apnée, le retour de la comédie, des chamailleries d'équipage et du simple plaisir d'accoster quelque part fait un bien réel. Oda ne s'excuse pas de ralentir: il remet la série sur ses rails d'origine, ceux de l'aventure et de la découverte, et rappelle au passage que One Piece n'a jamais été seulement un récit de combats.

Réserves

  • Un volume qui ne tient pas debout tout seulRelu isolément, ce tome n'a ni ouverture ni clôture propres: il termine ce qu'un autre a commencé et commence ce qu'un autre terminera. La frustration est structurelle plus que fautive, mais elle est réelle, surtout après un arc qui offrait, lui, des volumes entiers de montée en puissance.
  • Un sas central très chargé en informationsLa séquence de transition empile factions, primes, titres et visages à un rythme qui suppose une mémoire encyclopédique de la série. Le lecteur occasionnel, ou celui qui a laissé passer un an entre deux volumes, y perdra le fil plus d'une fois, sans que la narration lui tende beaucoup de perches.
  • Un rêve que le lecteur n'entend pasLe parti pris qui fait la beauté du chapitre-titre est aussi ce qui exaspérera une partie du lectorat: le volume s'appelle Le rêve de Luffy et se garde bien de le formuler. Ceux qui attendaient depuis mille chapitres une réponse nette repartiront avec une réaction d'équipage en guise de révélation, et l'impression légitime qu'Oda a une fois de plus repoussé l'échéance.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série et attendaient de voir comment Oda allait tourner la page du pays des Wa. Il comblera surtout ceux que la construction du monde passionne autant que les combats : amateurs de cartographie politique, de factions qui se recomposent, d'îles bâties autour d'un concept. Ceux qui viennent chercher les grands affrontements trouveront ici un tome de transition plutôt qu'un tome de bataille. Quant à ceux qui n'ont jamais ouvert One Piece, il n'y a rien à négocier : c'est le cent cinquième volume d'un récit continu, sans la moindre porte d'entrée. Reste un public plus discret, celui qui préfère les chapitres de respiration aux batailles et les chamailleries de pont aux duels de titans : celui-là tient ici l'un des meilleurs volumes récents de la série.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.