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MangaLangue d’origine : Japonais

Le rêve des guerriers

Première publication
2020
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-quatorzième tome de la série d'Eiichirō Oda, publié chez Glénat en mai 2020, ce volume relié réunit les chapitres 943 à 953 et poursuit l'arc du Pays des Wa, au lendemain de l'exécution de Yasuie. Il s'ouvre sur une révélation glaçante : si les habitants du village d'Ebisu rient de la mort du vieux seigneur, c'est qu'Orochi leur a distribué des SMILE défectueux qui les condamnent à rire quoi qu'ils éprouvent, et c'est Hiyori qui l'explique à Zoro tandis que l'équipage se bat pour protéger Toko. Le récit bascule ensuite vers la carrière aux prisonniers d'Udon, où Big Mom fait irruption pour réclamer du shiruko, écrase Queen puis retrouve la mémoire ; dans la pagaille, Kawamatsu le kappa est libéré et Luffy soulève les détenus, qui prennent le contrôle de la région. Ailleurs, Ashura Doji se rallie enfin au clan Kozuki et l'assaut sur Onigashima est fixé à la nuit du festival du feu, pendant que Law tombe aux mains de Hawkins et Drake dans la capitale des fleurs et que Kawamatsu révèle les centaines de sabres qu'il a cachés à Ringo avec le renard Onimaru.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Rires forcés et sabres cachés : le tome où le Pays des Wa passe du deuil à la révolte

Cinq mois après le tome 93, Glénat livre le cinquième volume de l'arc du Pays des Wa, et c'est une charnière qui arrive : le tome où le deuil se convertit en insurrection. Onze chapitres, de 943 à 953, y font tenir ce qu'un arc de cette ampleur distribue d'ordinaire sur deux ou trois volumes, à savoir une révélation qui réécrit le sens de ce qu'on a déjà lu, un renversement du rapport de force et une date pour la bataille finale. On y rit beaucoup. C'est précisément ce qui rend le volume inquiétant.

Onze chapitres, quatre fronts, un seul mouvement. Le premier bloc, 943 et 944, solde le deuil de Yasuie et livre la clé qui éclaire tout le pays à rebours. Le rire des habitants d'Ebisu n'était pas de l'indifférence : c'est une infirmité fabriquée, Orochi leur ayant distribué des SMILE défectueux qui leur ont pris jusqu'à leurs larmes. L'idée vaut moins par sa cruauté que par sa nature, entièrement graphique. Dans un art muet, rien ne dit l'oppression plus directement qu'un visage verrouillé en sourire au-dessus d'une bulle qui affirme le contraire. La planche fait le travail seule, et l'on comprend d'un coup pourquoi ce village sonnait faux depuis plusieurs tomes. Oda y glisse au passage l'identité véritable de Killer, posée sans commentaire au milieu d'une bataille de rue.

Le deuxième bloc, de 945 à 949, vire à la farce sans transition. Big Mom, privée de mémoire et fixée sur un bol de shiruko, traverse la carrière aux prisonniers d'Udon comme un phénomène météorologique et pulvérise Queen en chemin. Le procédé est risqué : on rit d'un Empereur quelques pages après une exécution publique. Il tient, parce que le bloc précédent a établi le prix des choses, et parce qu'Oda se sert du chaos comme d'un levier plutôt que comme d'un gag prolongé. C'est la pagaille qui fait tomber les chaînes, qui sort Kawamatsu de sa cellule, qui rend la révolte des détenus possible. Le comique ne suspend pas le récit, il le fabrique.

Le troisième bloc, de 950 à 953, dispose les pièces. Ashura Doji rejoint enfin le clan Kozuki, la nuit du festival du feu devient la date de l'assaut, Udon bascule, et les sabres dissimulés à Ringo reviennent dans la conversation avec le renard Onimaru. Le chapitre qui donne son titre au volume est le plus beau du lot : « Le rêve des guerriers » emprunte au vers de Bashō sur les herbes d'été poussant là où des guerriers ont rêvé, et cette seule référence installe la mélancolie qui manquait à un arc jusque-là surtout furieux. Oda se garde bien du triomphalisme : dans le même mouvement, Law tombe aux mains de Hawkins et Drake dans la capitale des fleurs, et l'on rappelle qu'à Onigashima deux Empereurs se mesurent déjà.

Le dessin change de régime d'un bloc à l'autre. La carrière est traitée en cases saturées, corps entassés jusqu'au bord du cadre, tandis que le dernier tiers respire, silhouettes découpées sur le blanc. Le noir et blanc y remplit une fonction de lisibilité que l'on sous-estime : dans une mêlée de plusieurs dizaines de figurants, chaque personnage tient à une silhouette et à une trame, et l'œil ne perd jamais le fil dans le sens de lecture japonais que l'édition conserve. Big Mom, elle, est cadrée en élément de décor mobile : le rapport d'échelle qu'elle impose au découpage dit le danger sans une réplique.

Reste le rythme, vrai sujet d'un tome de manga au long cours. Le montage alterné est tenu, chaque front laissé en suspens au bon moment, et la coupe finale sur la révélation de Kawamatsu relance sans forcer. Mais l'ensemble suppose de garder en tête quatre géographies et une distribution pléthorique. Lu à la suite, c'est limpide. Lu tome à tome, à cinq mois d'écart, c'est un exercice de mémoire que le volume assume plutôt qu'il ne le corrige.

Notre verdictUn très bon tome, et sans doute le plus dense de cette portion de l'arc. Oda y réussit ce que la prépublication hebdomadaire rend difficile : donner à onze chapitres une forme d'ensemble, avec une révélation qui rétro-éclaire tout le pays, un renversement obtenu par le burlesque et une clôture mélancolique qui fixe l'horizon de la bataille. Le prix à payer est celui de tous les volumes de convergence, une dépendance entière au reste de la série et une distribution qui déborde. Mais la trouvaille des SMILE défectueux suffirait à distinguer ce tome, et le chapitre qui lui donne son titre compte parmi les plus beaux qu'Oda ait signés dans cet arc. Pour le lecteur qui attendait que le Pays des Wa cesse de tourner en rond, c'est ici que le compte à rebours commence.

Points forts

  • Une trouvaille macabre qui reconfigure l'arc entierL'explication du rire d'Ebisu est le sommet du volume: Orochi a distribué à ses sujets des SMILE défectueux qui leur ont ôté toute expression sauf l'hilarité. En quelques planches, un détail que l'on prenait pour une bizarrerie de décor devient la démonstration la plus concrète de sa tyrannie, et le pays entier change de couleur.
  • Un burlesque qui produit du récit au lieu de l'interrompreL'irruption de Big Mom à Udon aurait pu n'être qu'un gag à rallonge. Oda en fait le pivot du renversement: c'est parce qu'elle saccage la carrière pour un bol de shiruko que les chaînes tombent, que Kawamatsu sort de sa cellule et que la révolte devient possible. Le rire est ici un moteur, pas une récréation.
  • Un tome qui avance vraiment au lieu de préparerCelui-ci coche quatre cases lourdes: Udon change de camp, Ashura Doji rejoint le clan Kozuki, la date de l'attaque d'Onigashima est arrêtée, et la question de l'armement des alliés trouve sa réponse. Le tome se referme sur une situation stratégiquement différente de celle où il s'ouvrait.
  • Une mélancolie que l'arc n'avait pas encore trouvéeLe chapitre titre, emprunté au vers de Bashō sur les herbes d'été et le rêve des guerriers, apporte une gravité que les tomes précédents, très occupés par l'action et la colère, laissaient de côté. Le Pays des Wa cesse d'être un décor de fête pour devenir un lieu hanté par ses morts.

Réserves

  • Un volume de convergence, donc peu autonomePresque rien ici ne se comprend sans les tomes précédents: le poids de la mort de Yasuie, l'amnésie de Big Mom, le passé d'Ashura Doji avec Oden supposent une mémoire longue. C'est la loi du genre, mais ce tome-ci l'exige plus que d'autres, et une lecture espacée de plusieurs mois en émousse une bonne part de l'effet.
  • Une distribution qui frôle la saturationEntre les fourreaux rouges, les chefs yakuzas des différentes régions et l'équipage aux Cent Bêtes, le volume fait circuler des dizaines de noms sur onze chapitres. Oda tient la lisibilité graphique, mais la charge de mémoire est réelle, et certains fils, celui de Kidd et Killer notamment, ne reçoivent ici que quelques pages.
  • Le risque d'user une menace majeure par le comiqueRéduire l'un des quatre Empereurs à un gag de gourmandise sur plusieurs chapitres est drôle, mais cela désamorce une figure que la série a mis des dizaines de tomes à installer. Le volume referme la parenthèse à temps, sans dissiper entièrement la crainte que l'adversaire y perde un peu de sa hauteur.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse aux lecteurs qui suivent la série et abordent l'arc du Pays des Wa dans l'ordre : il ne constitue en aucun cas une porte d'entrée. Pour eux, c'est l'un des volumes les plus satisfaisants de la séquence, celui qui récompense la patience investie depuis le tome 90. Il parlera surtout à qui aime chez Oda la cohabitation du grotesque et du tragique sur la même planche, et à qui s'intéresse à l'économie d'un arc immense dans un shonen au long cours. Les amateurs de duels y trouveront moins leur compte : l'affrontement de Queen et de Big Mom relève du cataclysme comique plus que du combat construit. Enfin, les lecteurs sensibles à l'imaginaire japonais classique, samouraïs, kappa, renards métamorphes et haïku, tiennent ici le tome où cet arc assume le plus franchement ses références.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.