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Couverture de Le Schtroumpfissime, tome 2

Bande dessinée

Le Schtroumpfissime

Première publication
1965
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Deuxième album de la série imaginée par Peyo, Le Schtroumpfissime (1965) s'ouvre sur le départ du Grand Schtroumpf, éloigné du village pour rassembler les ingrédients d'une de ses formules. Privée de la figure dont l'autorité reposait sur le savoir et l'expérience, la petite communauté se découvre sans chef. Pour combler ce vide, les Schtroumpfs choisissent d'élire celui qui les gouvernera. Un Schtroumpf ambitieux fait campagne, prodigue les promesses et l'emporte. À peine investi, il se proclame Schtroumpfissime, se pare d'insignes et se fait bâtir un château qui surplombe les maisons champignons. Le pouvoir enfle avec lui: le nouveau chef impose ses volontés, s'entoure de gardes zélés et fracture une société jusqu'alors sans hiérarchie. Sous le couvert de la fantaisie, Peyo compose une fable sur l'ambition, la démagogie et la docilité des gouvernés, où le rire n'interdit jamais la lucidité.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Schtroumpfissime, la satire politique sous des dehors enfantins

Avec ce deuxième album, Peyo quitte le simple registre du gag pour construire un véritable apologue. Le prétexte est mince, l'absence du Grand Schtroumpf, mais il ouvre une brèche où s'engouffrent l'ambition et la soif de pouvoir. En transposant la mécanique d'une prise de pouvoir dans un village de lutins bleus, l'auteur signe l'une des premières fables politiques de la bande dessinée franco-belge destinée à la jeunesse, sans jamais renoncer au rire ni à la lisibilité.

Le récit obéit à une construction implacable, presque théâtrale. Le départ du Grand Schtroumpf crée un vide, l'élection le comble, et le pouvoir fraîchement acquis se met aussitôt à déborder son cadre. Peyo procède par paliers: la campagne et ses promesses, le sacre et ses insignes, puis l'édification d'un château qui domine littéralement les maisons champignons et matérialise la distance nouvelle entre le chef et les siens. Chaque étape aggrave la précédente, jusqu'à la fracture de la communauté et l'affrontement, avant que le retour du Grand Schtroumpf ne rétablisse l'ordre ancien. Le trait rond et souple, propre à l'école de Marcinelle, sert cette progression avec une efficacité remarquable: visages expressifs, silhouettes lisibles, découpage limpide qui laisse le comique respirer. La langue schtroumpf, où un même mot tient lieu de presque tout le vocabulaire, devient un outil satirique, brouillant les discours officiels et soulignant le vide de la rhétorique du pouvoir. Sous l'apparente naïveté, Peyo observe finement les ressorts de la démagogie, la vanité des puissants et la docilité des foules, thèmes que la relecture adulte redécouvre avec un plaisir intact.

Notre verdictLe Schtroumpfissime dépasse de loin le simple divertissement pour la jeunesse auquel on pourrait le réduire. Sous le costume bleu et la fantaisie du village champignon, Peyo signe une fable politique limpide et mordante sur la conquête du pouvoir et la fragilité des libertés collectives. Le trait est sûr, le rythme comique impeccable, et la charge satirique porte encore, des décennies plus tard. Malgré un dénouement un peu commode et des personnages qui restent des archétypes, l'album demeure l'un des sommets de la série, un classique que l'on relit à tout âge avec le même plaisir.

Points forts

  • Une allégorie politique d'une clarté exemplaireLa montée d'un pouvoir autoritaire, de la promesse électorale au château fortifié, est exposée avec la netteté d'une fable classique, accessible aux enfants comme aux adultes.
  • L'art du récit et du dessinLe découpage limpide, les visages expressifs et le sens du rythme comique de Peyo portent la charge satirique sans jamais alourdir la lecture ni sacrifier le plaisir de l'aventure.
  • Une résonance intacteEn quelques pages, l'album dit l'essentiel sur l'ambition et la manipulation des foules, ce qui lui vaut d'être régulièrement mobilisé pour parler de démocratie et de pouvoir.

Réserves

  • Un dénouement commodeLe retour providentiel du Grand Schtroumpf résout la crise par le haut plutôt que par les gouvernés eux-mêmes, ce qui atténue un peu la portée de la leçon politique.
  • Des personnages fonctionnelsLes Schtroumpfs valent surtout comme types plus que comme individus, si bien que la satire prime sur l'incarnation et que l'émotion reste au second plan.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux jeunes lecteurs, dès sept ou huit ans, qui y trouveront une aventure enlevée et drôle. Mais sa lecture déborde largement ce public: adolescents et adultes y goûteront la satire politique, et l'ouvrage se prête remarquablement à un usage pédagogique, en classe, pour aborder l'élection, le pouvoir et la démagogie. Les amateurs de bande dessinée franco-belge classique et les fidèles des Schtroumpfs y reconnaîtront un jalon de la série, à ranger parmi les titres où Peyo est au sommet de son art.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Le Schtroumpfissime, tome 2DupuisAutre · 62 p.978-2-8001-0109-5Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.