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Couverture de Le secret de La Licorne

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Le Secret de La Licorne

Première publication
1943
Éditions référencées
2

De quoi parle ce livre ?

« Le Secret de La Licorne » est le onzième album des « Aventures de Tintin », écrit et dessiné par Hergé. Prépublié en noir et blanc dans le quotidien belge « Le Soir » à partir de juin 1942, il paraît en album couleurs en 1943. Il forme la première partie d'un diptyque que complète « Le Trésor de Rackham le Rouge ». Au Vieux Marché, Tintin achète la maquette d'un ancien vaisseau, La Licorne, destinée au capitaine Haddock. Aussitôt, deux inconnus (dont le collectionneur Ivan Ivanovitch Sakharine) tentent de la lui racheter. Un parchemin dissimulé dans le mât révèle que le navire appartenait à un ancêtre du capitaine, le chevalier François de Hadoque, officier sous Louis XIV. Haddock relate alors l'affrontement de son aïeul avec le pirate Rackham le Rouge et la destruction du bâtiment. L'intrigue repose sur trois parchemins qui, réunis, indiquent l'emplacement d'un trésor. Tintin affronte les frères Loiseau, antiquaires installés à Moulinsart, et se retrouve séquestré. En parallèle, les Dupondt traquent un pickpocket, Aristide Filoselle. L'album mêle enquête, récit historique enchâssé et aventure.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Secret de La Licorne : la chasse au trésor comme art du récit

Onzième album des Aventures de Tintin, Le Secret de La Licorne (prépublié en noir et blanc dans Le Soir en 1942 et 1943, puis édité en couleurs par Casterman) occupe une place charnière dans l'œuvre d'Hergé. Première moitié d'un diptyque que vient clore Le Trésor de Rackham le Rouge, il tourne le dos au reportage géopolitique des années trente pour embrasser une pure chasse au trésor, genre moins exposé sous l'Occupation. C'est aussi l'épisode qui dote le capitaine Haddock d'une généalogie et qui fait entrer le château de Moulinsart dans la série. L'angle qui mérite l'analyse tient dans une question : comment Hergé transforme-t-il une banale histoire de parchemins cachés en une leçon de construction, où le passé maritime d'un aïeul vient éclairer, page après page, le mystère du présent ?

Le récit s'organise autour d'un objet, une maquette de trois-mâts achetée par Tintin sur un marché aux puces et aussitôt convoitée par deux inconnus. De cette convoitise naît une mécanique d'intrigue à tiroirs : chacun des trois exemplaires de La Licorne dissimule un parchemin, et seule la réunion des trois documents révèle la cachette du trésor de Rackham le Rouge. Hergé tient là un ressort presque mathématique, qu'il distille avec une patience remarquable, en alternant fausses pistes (le pickpocket qui collectionne les portefeuilles, l'enlèvement de Tintin) et avancées décisives.

Le sommet du livre reste la longue séquence enchâssée où Haddock, les mémoires de son aïeul à la main et un verre jamais loin, revit le combat du chevalier François de Hadoque contre les pirates. Hergé y réalise une véritable mise en abyme : le présent s'efface, la case se remplit de galions, de bordées et d'abordages, et le capitaine emporté par son récit devient le héros de sa propre légende familiale. Cette bascule du récit dans le récit, portée par de larges compositions maritimes, montre un auteur au faîte de son art du découpage, capable de passer de la comédie d'appartement à l'épopée sans rupture de ton.

Le style confirme la maturité de la ligne claire : trait net, aplats francs, décors documentés (le marché, la cale du navire, les intérieurs bourgeois, les souterrains de Moulinsart). L'album appartient à la période où Tintin adopte le format de soixante-deux planches en couleurs, et cette mise en couleurs, ajoutée pour l'édition Casterman, structure les ambiances, des tons chauds du récit de pirates aux bleus nocturnes du château.

Sur le plan thématique, l'album travaille l'hérédité et la résurgence du passé : Haddock hérite d'une histoire autant que d'un secret, et la chasse au trésor se double d'une quête d'identité. Le jeu de miroirs entre l'ancêtre et son descendant, entre le Rackham d'hier et les rapaces d'aujourd'hui, donne à l'ensemble une profondeur inattendue pour un simple récit d'aventures. La construction en diptyque, enfin, impose un art du cliffhanger : le livre se referme sur une énigme non résolue, pari narratif assez audacieux pour l'époque.

Notre verdictLe Secret de La Licorne n'est pas seulement une excellente chasse au trésor : c'est une démonstration de métier. Hergé y noue une intrigue à tiroirs d'une précision remarquable, offre avec le combat du chevalier de Hadoque l'une des plus belles séquences de la série, et fait franchir à son univers un cap durable en dotant Haddock d'un passé et en installant Moulinsart. Le prix à payer tient à sa nature même de première moitié : l'album se referme sur une énigme suspendue et gagne beaucoup à être lu avec sa suite. Cette réserve admise, on tient là un classique du neuvième art, pierre angulaire du cycle Tintin. Un album à lire, à relire et à transmettre.

Points forts

  • La séquence du chevalier de HadoqueLe récit enchâssé où Haddock revit le combat de son aïeul contre Rackham le Rouge est un morceau de bravoure: mise en abyme parfaite, ivresse qui se mue en épopée, planches maritimes d'une ampleur inhabituelle dans la série. C'est l'un de ses sommets graphiques et narratifs.
  • L'art de l'intrigue à tiroirsHergé orchestre la mécanique des trois parchemins et des trois maquettes avec une rigueur d'horloger. Chaque indice appelle le suivant, les fausses pistes relancent la tension, et le lecteur avance sans jamais se perdre, tenu par une progression parfaitement dosée.
  • Un dessin arrivé à maturitéLa ligne claire y atteint son équilibre: trait net, décors documentés, mise en couleurs au service des ambiances. Du marché à la cale du navire, des salons bourgeois aux souterrains de Moulinsart, chaque décor sert le climat sans jamais alourdir la lecture.
  • Haddock enrichi, Moulinsart en scèneL'album donne au capitaine une profondeur inédite en l'inscrivant dans une lignée, et fait entrer le château de Moulinsart (ainsi que le majordome Nestor) dans la série, avant qu'il n'en devienne le port d'attache au volume suivant. Deux apports qui pèsent lourd dans la mythologie tintinophile.

Réserves

  • Un album qui ne se suffit pasPremière partie d'un diptyque, Le Secret de La Licorne se referme sur une énigme à peine dénouée: les coordonnées du trésor tout juste établies, mais l'expédition renvoyée au volume suivant. Lu seul, il laisse une impression d'inachevé, le trésor promis n'arrivant qu'ensuite, ce qui peut frustrer.
  • Des antagonistes en demi-teinteFace à l'épaisseur du flashback, les frères Loiseau, antiquaires retors installés à Moulinsart, restent des méchants assez fonctionnels, sans le relief des grandes figures adverses de la série comme Rastapopoulos ou le docteur Müller.
  • Un comique qui s'étireBien qu'elle se rattache à l'intrigue (le parchemin voyage dans un portefeuille volé), la sous-intrigue du pickpocket collectionneur, confiée aux Dupondt, multiplie les gags au point d'étirer par moments la trame principale, tenant alors plus du numéro comique que du ressort dramatique.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album convient d'abord aux lecteurs à partir de neuf ou dix ans, comme à tous les amateurs de bande dessinée d'aventure et de chasse au trésor. Les tintinophiles y trouveront un épisode pivot, riche en révélations sur Haddock et en promesses pour la suite. Les curieux de l'histoire de la BD apprécieront d'y observer la ligne claire et le format en couleurs à pleine maturité. Une réserve pratique : mieux vaut le lire en tandem avec Le Trésor de Rackham le Rouge, qui en délivre la résolution. Ceux qui cherchent la satire géopolitique des premiers Tintin (Le Lotus bleu, Le Sceptre d'Ottokar) ou le grand souffle exotique des albums de voyage seront ici en terrain plus feutré, plus policier que reporter.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Le secret de La LicorneLes aventures de TintinCASTERMANn.c.Autre · 62 p. · Français978-2-203-00110-7Non renseigné
Les Aventures de TintinLe Secret de la licorne (fac similé)CASTERMANAutre · 62 p. · Français978-2-203-01144-1Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.