
Le Tour de Gaule d’Astérix
- AuteurRené Goscinny
- AuteurAlbert Uderzo
- Première publication
- 1965
- Éditions référencées
- 3
De quoi parle ce livre ?
Le Tour de Gaule d'Astérix est le cinquième album de la série de bande dessinée Astérix, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo. Prépublié dans le journal Pilote en 1963, il paraît en album en 1965. L'action se déroule en Gaule sous occupation romaine, autour du village armoricain qui résiste à César grâce à la potion magique. L'inspecteur romain Lucius Fleurdelotus décide d'isoler le village en l'entourant d'une palissade. Pour prouver que les Gaulois continuent de circuler librement, Astérix parie qu'avec Obélix il fera le tour de la Gaule et rapportera des spécialités culinaires de plusieurs villes, avant de convier les Romains à un banquet. Les deux compagnons traversent notamment Rotomagus, Lutèce, Camaracum, Durocortorum, Lugdunum, Nicae, Massilia, Tolosa, Aginum et Burdigala, réunissant des mets régionaux tout en échappant aux légionnaires lancés à leurs trousses. C'est dans cet album qu'apparaît pour la première fois le chien Idéfix, qui suit discrètement les héros depuis une charcuterie de Lutèce.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le Tour de Gaule d'Astérix : un tour de France gourmand en BD
Cinquième album de la série, Le Tour de Gaule d'Astérix (publié en album en 1965 après sa prépublication dans Pilote en 1963) marque un tournant discret mais décisif. Goscinny y délaisse le huis clos du village assiégé pour lancer ses deux Gaulois sur les routes, dans une traversée du pays rythmée par les spécialités régionales. Sous le prétexte d'un pari lancé à l'occupant romain, l'album se lit comme une relecture malicieuse du Tour de la France par deux enfants, ce manuel scolaire qui enseignait jadis la géographie aux petits Français. Voilà ce qui mérite l'analyse : comment une simple aventure dessinée devient, l'air de rien, un portrait à la fois tendre et satirique de la France et de ses terroirs.
La construction repose tout entière sur un principe d'itinéraire. Pour humilier le village irréductible, un inspecteur venu de Rome fait dresser autour de lui une palissade destinée à le couper du reste du pays. Astérix relève le défi : lui et Obélix feront le tour de la Gaule et rapporteront de chaque grande ville une spécialité, avant d'offrir un banquet sous le nez de l'occupant. Chaque étape devient alors un sketch presque autonome : Rotomagus, Lutèce, Camaracum et ses bêtises, Durocortorum et son vin qui pétille, Lugdunum et son dédale de ruelles, Massilia et sa bouillabaisse, Tolosa, Aginum et ses pruneaux, Burdigala. Le sac de victuailles gonfle à vue d'œil, et cette accumulation gourmande sert de fil rouge à un récit qui, privé d'elle, ne serait qu'une succession de gags. Goscinny tient d'ailleurs sa ligne dramatique par un contre-motif efficace : la traque, puisque les Romains diffusent le signalement des deux fuyards et multiplient les contrôles, transformant chaque ville en piège potentiel.
Le style de Goscinny déploie ici tout son arsenal. Les noms latins des cités, aussitôt traduits en note, fonctionnent comme un clin d'œil complice au lecteur et posent le principe même de l'anachronisme : sous l'Antiquité de façade affleure sans cesse la France contemporaine, avec ses relais routiers, ses embouteillages et ses contrôles. Les stéréotypes régionaux sont maniés avec une affection non dénuée d'ironie : les Lyonnais et leur réseau de ruelles où l'on sème ses poursuivants, les Marseillais et leur partie de cartes tout droit sortie de Pagnol, la faconde méridionale, l'art normand de ne jamais répondre franchement par oui ou par non. Le comique naît autant du dessin que du texte, dans un jeu constant de renvois entre les deux.
Sur le plan thématique, l'album célèbre une certaine idée de la France : celle des terroirs, de la table et d'une solidarité populaire qui se joue de l'autorité. La gastronomie y devient un langage patriotique et une forme de résistance douce, chaque spécialité arrachée à l'occupant valant petite victoire. On peut y lire, en filigrane, l'écho d'une France encore proche de l'Occupation et de la Libération, notamment dans l'épisode lyonnais où le dédale des traboules sert à fausser compagnie aux patrouilles. C'est aussi dans ces pages que naît Idéfix : le petit chien apparaît d'abord à Lutèce et suit nos héros sans un mot pendant tout le voyage, avant de devenir, une fois baptisé par les lecteurs de Pilote, l'une des figures les plus aimées de la série. Le dessin d'Uderzo, vif et expressif, accompagne ce périple avec une science du mouvement et du gag visuel qui n'a rien à envier au texte.
Notre verdictLe Tour de Gaule d'Astérix n'est peut-être pas le sommet absolu de la série, mais c'est un jalon essentiel et l'un de ses albums les plus attachants. En transformant l'aventure en tour de France gourmand, Goscinny installe une formule durable, signe quelques-uns de ses gags les plus efficaces et offre à Idéfix son entrée en scène. La verve du scénario et la vivacité du dessin d'Uderzo emportent l'adhésion malgré une construction volontiers répétitive et un pari dont l'issue ne fait jamais vraiment de doute. Un classique populaire, chaleureux et savoureux, à conseiller sans hésiter à qui veut découvrir la série ou simplement retrouver le goût d'une France de papier.
Points forts
- Une structure d'itinéraire libératriceEn troquant le village assiégé contre la route, Goscinny s'offre une liberté nouvelle et installe un modèle narratif, le voyage à étapes, qu'il reprendra dans nombre d'albums ultérieurs. Le récit respire et se renouvelle à chaque changement de décor, sans jamais perdre son fil conducteur gourmand.
- Une satire gourmande et tendreLa carte de France dressée par l'album (bêtises de Cambrai, vin de Reims, pruneaux d'Agen, bouillabaisse de Massilia) tient autant de la déclaration d'amour que du pastiche. Les clichés régionaux sont croqués avec une tendresse qui désamorce toute méchanceté.
- La mécanique comique de GoscinnyJeux de mots, calembours latins et anachronismes assumés fonctionnent à plein régime: le comique joue sur deux niveaux, l'enfant riant des situations et des poursuites, l'adulte savourant les références et la satire des mœurs françaises.
- La naissance d'IdéfixL'album a valeur de moment fondateur: c'est ici qu'apparaît, muet et discret, le petit chien qui deviendra Idéfix, encore sans nom dans ces pages. Un détail pour l'époque, une naissance culte avec le recul.
Réserves
- Une formule à tiroirs répétitiveLe principe des étapes successives, s'il assure le rythme, verse parfois dans la liste à cocher: certaines villes se réduisent à un gag unique et sont expédiées en quelques cases, au risque d'une impression de catalogue plus que de véritable aventure.
- Un pari sans réel périlFace à des Romains toujours dépassés, les deux Gaulois ne sont jamais vraiment en danger: on sait d'avance qu'ils gagneront leur pari. Le plaisir tient au comment bien plus qu'au suspense, et la tension dramatique en pâtit.
- Des références très hexagonalesL'humour repose largement sur la connaissance de la géographie et des mœurs françaises. Le lecteur étranger, ou simplement peu familier de ces clichés régionaux, risque de rater une part du sel de l'album, dont certaines allusions ont par ailleurs vieilli.
À qui s’adresse ce livre ?
Le Tour de Gaule s'adresse d'abord aux familles : les enfants y suivent une aventure lisible et mouvementée, les adultes savourent la couche satirique et les jeux de mots. C'est une excellente porte d'entrée dans la série, sans continuité lourde à connaître au préalable. Les amateurs de patrimoine français, de gastronomie et de géographie y trouveront un plaisir supplémentaire, tant l'album flatte la carte des terroirs. Les lecteurs de bande dessinée classique et les nostalgiques de l'école d'antan (le fameux Tour de la France par deux enfants) apprécieront le jeu de références. En revanche, un lecteur totalement étranger à la culture française, ou en quête d'un scénario dense et à fort enjeu dramatique, pourra le trouver plus léger que d'autres titres de la série.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Le Tour de Gaule d'Astérix | Hachette | n.c. | Relié · 48 p. · Français | 978-2-01-210005-3 | Non renseigné |
| Le tour de Gaule d'Astérix | Hachette | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210137-1 | Non renseigné |
| Le tour de Gaule d'Astérix | Dargaudéditeurs | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-205-00146-4 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.