![Couverture de Le tresor[i.e. tresor] de Rackham le Rouge](https://covers.openlibrary.org/b/id/10780422-L.jpg)
De quoi parle ce livre ?
Douzieme album des Aventures de Tintin, cette bande dessinee fait directement suite au Secret de La Licorne. Prepubliee dans Le Soir en 1943, elle parait en album en 1944. A partir des trois parchemins reunis dans l'aventure precedente, Tintin et le capitaine Haddock reconstituent la position de l'epave de la Licorne, navire jadis commande par l'ancetre du capitaine, le chevalier Francois de Hadoque, vainqueur du pirate Rackham le Rouge. Ils affretent le chalutier Sirius pour retrouver le tresor suppose englouti. L'album marque la premiere apparition du professeur Tournesol, savant dur d'oreille qui met au point un sous-marin de poche en forme de requin, utilise pour explorer l'epave ; les Dupondt sont aussi du voyage. Les plongees ne ramenent que des reliques et des indices, mais pas l'or espere. De retour, les recherches menent au domaine de Moulinsart, ancienne propriete du chevalier. Grace a l'argent tire de son invention, Tournesol acquiert le chateau et l'offre a Haddock. C'est finalement dans les caves de Moulinsart, et non au fond de la mer, que le tresor est mis au jour.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le Trésor de Rackham le Rouge : la chasse au trésor qui offre un foyer à Tintin
Douzième aventure de Tintin, 'Le Trésor de Rackham le Rouge' (prépublié en 1943, album en couleurs en 1944) forme le second volet d'un diptyque ouvert par 'Le Secret de La Licorne'. On l'aborde souvent comme une simple chasse au trésor sous-marine, mais l'album vaut mieux que ce résumé : c'est ici que la série se dote de son foyer durable (le château de Moulinsart) et de l'un de ses personnages les plus féconds (le professeur Tournesol). L'angle le plus juste consiste à le lire non pour l'or qu'il promet, mais pour tout ce que la quête installe en chemin.
La construction prolonge et referme l'énigme du premier volet : les trois parchemins cachés dans les maquettes de La Licorne, une fois réunis, livrent les coordonnées de l'épave et de son or. Hergé organise le récit en trois mouvements nettement séparés. D'abord la préparation à terre, avec un ressort savoureux : l'article de presse qui annonce l'expédition attire une nuée de faux descendants de Rackham le Rouge venus réclamer leur part, tandis qu'un savant importun, le professeur Tournesol, s'invite avec son sous-marin de poche. Ensuite la traversée à bord du chalutier Sirius, l'arrivée sur l'île déserte et l'exploration de l'épave. Enfin le retour et la découverte du trésor, là où personne ne l'attendait. Ce découpage donne au livre un rythme plus ample, presque contemplatif : la mer, la plongée, l'attente remplacent la course-poursuite du premier tome. Cette respiration est d'autant plus frappante que l'album paraît en pleine guerre (prépublié dans Le Soir de Bruxelles, sous l'Occupation allemande de la Belgique), quand la bande dessinée d'évasion tenait lieu de refuge loin de l'actualité.
Le style graphique est la ligne claire à pleine maturité : trait net, lisibilité totale, souci documentaire constant. Le scaphandre, le sous-marin en forme de requin conçu par Tournesol, les fonds sous-marins témoignent du goût d'Hergé pour la précision technique mise au service de l'émerveillement. Les ressorts comiques sont admirablement réglés : la surdité de Tournesol et son cortège de quiproquos, les colères du capitaine Haddock, la mécanique bien huilée des Dupond et Dupont.
Sur le plan thématique, l'album est bien plus qu'une chasse au trésor : c'est un récit d'héritage. Toute l'expédition vise à retrouver le passé de Haddock, celui de son ancêtre le chevalier François de Hadoque, adversaire du pirate Rackham. L'île le rappelle avec malice : une idole à l'effigie du capitaine, et des perroquets qui répètent encore, de génération en génération, les jurons du chevalier, comme si Haddock avait hérité jusqu'à son vocabulaire. Le vrai motif du livre est là : non l'or, mais la filiation retrouvée et le foyer reconquis. Car le trésor, absent de l'île comme de l'épave, dort finalement dans les caves de Moulinsart, l'ancien domaine du chevalier, déniché grâce à un indice (l'aigle de saint Jean) que déchiffre Tintin. Détail savoureux : ce château était, dans le tome précédent, le repaire des frères Loiseau, les malfaiteurs, si bien que les héros récupèrent la demeure des méchants et le trésor que ceux-ci foulaient sans le savoir. Ce renversement (chercher au loin ce qui est déjà chez soi) fonde une morale douce et une mythologie familiale que la série exploitera longtemps.
Notre verdict'Le Trésor de Rackham le Rouge' n'est pas l'aventure la plus trépidante du canon, mais c'est l'une des plus décisives pour l'architecture de la série. Album charnière, il offre à Tintin et Haddock un compagnon durable (Tournesol) et un foyer (Moulinsart, que le professeur achète pour le capitaine), tout en réussissant un récit d'évasion élégant, drôle et graphiquement soigné. Sa fausse chasse au trésor, qui déçoit au loin pour mieux combler à la maison, vaut autant comme trouvaille de construction que comme discrète méditation sur l'héritage. On peut lui reprocher sa dépendance au premier volet et un deuxième acte un peu étale, mais l'ensemble reste un classique généreux et durable, à lire dans la foulée de 'Le Secret de La Licorne'.
Points forts
- L'entrée de TournesolL'arrivée du professeur, savant sourd, distrait et têtu, est un modèle de présentation de personnage: d'abord gêneur comique qui cherche le trésor au pendule et impose son sous-marin, il devient l'ingénieur de la plongée puis, à la fin, le bienfaiteur qui achète Moulinsart. Rarement une figure secondaire se sera rendue aussi vite indispensable.
- Le trésor comme héritageLe renversement final (l'or n'est ni sur l'île ni dans l'épave, mais dans les caves de Moulinsart) déplace le merveilleux du lointain vers l'intime. La quête débouche moins sur un butin que sur une filiation retrouvée et l'installation d'un chez-soi, ce qui donne au diptyque sa vraie profondeur.
- Des morceaux de bravoure graphiquesLe sous-marin requin et les séquences sous-marines comptent parmi les plus belles pages techniques d'Hergé: l'exactitude documentaire y nourrit l'émerveillement sans jamais alourdir la lecture.
- Un comique de précisionLe minutage des gags (quiproquos de Tournesol, colères de Haddock, mécanique des Dupondt) est réglé au millimètre et aère un récit qui, sans cet humour, pourrait sembler plus statique.
Réserves
- Un album dépendant de son premier voletL'intrigue résout une énigme entièrement posée dans 'Le Secret de La Licorne'. Lu seul, ce tome perd une part de ses enjeux et de sa charge émotionnelle: c'est une seconde moitié, non un récit pleinement autonome.
- Un deuxième acte un peu étaleLa recherche de l'épave, faite de plongées répétées et de fausses pistes, fait retomber la tension. Le milieu de l'album traîne au regard de la nervosité resserrée du premier volet.
- Une résolution bien commodeLa découverte du trésor à Moulinsart, thématiquement superbe, repose sur un arrangement très ajusté: le château de l'ancêtre, qui abritait justement le magot, tombe sur le marché et se laisse acheter au bon moment. La ficelle comble le sens mais reste, en pure logique narrative, une facilité.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album convient à un très large public. Les jeunes lecteurs (dès huit ou neuf ans) y trouveront une aventure limpide, drôle et rythmée, sans violence appuyée : l'île est déserte, et le récit évite toute caricature des populations (au contraire d'albums plus anciens de la série). Les adultes, tintinophiles ou simples nostalgiques, goûteront la mécanique narrative, la richesse des seconds rôles et la naissance d'une mythologie (Moulinsart, Tournesol) qui irrigue toute la suite. Les amateurs de ligne claire et de chasse au trésor à l'ancienne seront comblés. Un conseil au néophyte : commencer par 'Le Secret de La Licorne', dont ce volume est la conclusion directe, sous peine de manquer la moitié des enjeux.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Le tresor[i.e. tresor] de Rackham le RougeLes aventures de Tintin | CASTERMAN | n.c. | Autre · 62 p. · Français | 978-2-203-70068-0 | Non renseigné |
| Le trésor de Rackham le rouge.Les aventures de Tintin | CASTERMAN | n.c. | Autre · 62 p. · Français | 978-2-203-00111-4 | Non renseigné |
| Le Trésor de Rackmam Le Rouge (fac-similé de l'édition originale de 1944)Les aventures de Tintin | CASTERMAN | Autre · 62 p. · Français | 978-2-203-01145-8 | Non renseigné | |
| Il Tesoro di Rakam RossoLes aventures de Tintin | CASTERMAN | Relié · 62 p. · Français | 978-2-203-40911-8 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.