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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Les Bleus en cavale

Première publication
1998
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Guerre de Sécession, quelque part au sud du Rio Grande. Chesterfield et Blutch, piliers du 22e régiment de cavalerie nordiste, ne portent plus l'uniforme: déserteurs malgré eux, condamnés par les Nordistes comme par les Sudistes, ils se sont réfugiés au Mexique, le seul pays où leurs têtes ne soient pas mises à prix. Le sergent, qui n'a jamais douté ni de l'armée ni de son drapeau, ne s'en satisfait pas: il veut remonter jusqu'à Washington plaider sa cause et obtenir la grâce du président. Blutch, lui, ne voit là qu'une façon compliquée de se faire pendre, et le suit en traînant les pieds. Commence une longue remontée vers le nord, où deux hommes recherchés doivent traverser un pays en guerre sans se faire reconnaître. Voleurs de chevaux, chasseurs de primes alléchés par la récompense, soldats corrompus, gradés retors: chaque rencontre est un piège possible. Pour se rendre invisibles, les fuyards finiront par se glisser dans la troupe d'un petit cirque ambulant, sous une identité d'emprunt aussi improbable qu'encombrante. Suite directe des « Hommes de paille », un album de cavale et de faux-semblants, où la série quitte le champ de bataille pour la route.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Hors la loi malgré eux: les Tuniques Bleues prennent la route

Paru chez Dupuis en novembre 1998 après une prépublication dans Spirou, quarante et unième album d'une série née en 1968, « Les Bleus en cavale » saisit Chesterfield et Blutch dans la position la plus inconfortable qu'ils aient connue: sans uniforme, sans camp, condamnés des deux côtés de la ligne de front. Il reprend l'histoire là où « Les Hommes de paille », paru plus tôt la même année, l'avait laissée, sur une désertion forcée et une fuite au Mexique. En trente ans, la série a montré la guerre de Sécession vue de la boue, du bivouac, de l'infirmerie et du champ de bataille. Elle la regarde ici depuis la fuite, ce qui suffit à donner à l'épisode son allure de western de cavale plutôt que de chronique militaire.

La construction est celle d'un récit de route: une situation de départ déjà nouée, une destination lointaine, Washington, et entre les deux une succession de rencontres qui font autant d'épreuves. Cauvin déroule son itinéraire par séquences, chacune apportant sa menace propre: des voleurs de chevaux, des chasseurs de primes que la récompense intéresse davantage que la justice, des militaires dont l'honnêteté reste à démontrer. Le procédé a sa vertu, la relance permanente, et son revers, une progression un peu mécanique où l'on devine que la prochaine embuscade attend à la page suivante. Le scénariste s'appuie surtout sur le moteur qu'il connaît le mieux: le désaccord fondamental entre ses deux héros. Chesterfield veut se justifier devant l'autorité même qui l'a condamné, parce qu'il continue de croire à l'institution et à l'idée qu'un innocent finit toujours par être entendu. Blutch tient la démarche pour un suicide administratif et le lui dit sur tous les tons. Toute la série est dans cette tension, et l'album a l'intelligence de la placer au centre plutôt que de la réduire à un refrain.

Le sujet, dès lors, est moins la guerre que le statut de proscrit. Deux soldats devenus gibier, traqués par les deux camps à la fois, découvrent que l'uniforme les protégeait autant qu'il les obligeait. Cauvin ne théorise rien, ce n'est pas sa manière, mais l'ironie est nette: dans un pays qui s'entretue, être recherché par le Nord et par le Sud revient presque à n'appartenir à aucun, et le Mexique offre plus de sûreté que la patrie. Restait à trouver comment disparaître sans quitter la route; la réponse, empruntée à un cirque ambulant, fait basculer le récit dans un burlesque de situation entièrement assumé, où le déguisement se substitue à la stratégie. L'humour demeure celui de la série, fondé sur le caractère bien plus que sur le mot d'auteur.

Au dessin, Willy Lambil déploie un savoir-faire d'une constance remarquable, celui de l'école de Marcinelle infléchie vers le semi-réalisme. Le trait reste rond, mobile, très expressif dans les visages, mais il s'adosse à une documentation sérieuse: uniformes, harnachements, chariots, architectures de bourgades. Lambil est de ces rares dessinateurs d'humour capables de rendre un cheval en mouvement, et la cavale lui offre l'occasion d'en remplir des cases. Les paysages traversés, pistes du Sud, plaines, étendues arides, sont traités avec un sens réel de l'espace, et le découpage, ordonné en bandes régulières, privilégie la lisibilité sur l'effet. Les couleurs de Vittorio Leonardo, franches et un peu appuyées comme dans toute la production Dupuis de ces années, accompagnent sans jamais surprendre. On est devant un métier parfaitement tenu, plus que devant une recherche formelle.

Notre verdict« Les Bleus en cavale » est un bon album de milieu de catalogue: solide, mené tambour battant, porté par un dessin qui n'a rien perdu de sa précision et par un duo dont la mésentente reste le plus sûr des ressorts comiques. En privant Chesterfield et Blutch de leur uniforme, Cauvin retrouve la liberté du récit d'aventure et signe un western de fuite plaisant, où le déguisement finit par l'emporter sur la stratégie. On n'y trouvera ni l'ampleur historique ni la noirceur des sommets de la série, et la mécanique du voyage laisse par endroits deviner ses articulations. Reste un divertissement franc, généreux en péripéties, qui rappelle pourquoi cette collaboration a tenu si longtemps sans se déliter: deux auteurs qui connaissent leurs personnages mieux que personne et savent encore les mettre en danger.

Points forts

  • Une situation qui remet la série en mouvementRetirer l'uniforme aux deux héros et les lancer sur les routes suffit à renouveler un dispositif vieux de trente ans. Privé du régiment, du capitaine Stark et de ses charges suicidaires, le duo ne peut plus compter que sur lui-même, ce qui donne à l'album une tension d'aventure que les épisodes de caserne n'atteignent pas toujours.
  • Le duo Chesterfield-Blutch au centre du récitLe désaccord entre le sergent qui veut se justifier devant l'autorité et le caporal qui ne croit qu'à la fuite nourrit un dialogue permanent, drôle et jamais gratuit. Cauvin fait passer par la dispute ce qu'un autre aurait exposé en discours: deux rapports incompatibles à l'obéissance, à la loyauté et au courage.
  • Le métier graphique de LambilChevaux au galop, uniformes documentés, décors de l'Ouest, découpage d'une lisibilité exemplaire: le dessin porte l'album de bout en bout. Le trait rond et dynamique hérité de l'école de Marcinelle sert aussi bien le gag que la scène d'action, sans jamais sacrifier la crédibilité du cadre historique.

Réserves

  • Un album qui suppose le précédentLe récit s'ouvre sur une situation déjà installée, la condamnation et l'exil au Mexique, dont l'origine se trouve dans « Les Hommes de paille », paru quelques mois plus tôt. Les deux titres forment un diptyque, là où la série procède d'ordinaire par récits complets. Qui la découvre par ce volume comprendra l'essentiel, mais entrera dans l'histoire en marche.
  • Une progression en chapelet d'épisodesLa formule du voyage impose un rythme de péripéties successives, dont plusieurs relèvent du passage obligé du western. L'ensemble avance sans temps mort, mais la variété des obstacles pèse davantage que leur nécessité, et l'architecture du parcours se laisse deviner assez tôt.
  • L'Histoire reste en arrière-planLes albums où Cauvin regarde la guerre en face, de « Bull Run » aux récits les plus sombres de la série, ont une gravité que celui-ci ne cherche pas. Le conflit y sert surtout de décor et de pourvoyeur de dangers; qui attend de la série sa veine documentaire et sa charge antimilitariste la trouvera diluée dans la comédie de cavale.

À qui s’adresse ce livre ?

Album de série avant tout, il s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent les Tuniques Bleues et connaissent le tempérament de chacun des deux héros. Les amateurs de western humoristique y trouveront leur compte, comme les lecteurs de neuf ou dix ans, à qui la cavale, les chevaux et le cirque parleront immédiatement: la violence y demeure désamorcée par le comique, et rien n'exige de connaissances historiques préalables. Les adultes nostalgiques du journal Spirou apprécieront la continuité d'un savoir-faire, sans y chercher la surprise. En revanche, le lecteur curieux de découvrir la série gagnera à commencer ailleurs, par l'un des grands albums de bataille ou, à défaut, par le diptyque complet dont celui-ci forme le second volet.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.