De quoi parle ce livre ?
Dix-septième tome de One Piece, il réunit les chapitres 146 à 155, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump. Il achève l'arc de l'île de Drum et amorce celui d'Alabasta. Sur cette île hivernale où l'équipage au chapeau de paille a accosté en quête d'un médecin, le récit quitte le long retour en arrière du tome précédent pour revenir à la bataille en cours. Le tyran Wapol, venu reprendre son château, affronte la doctoresse Kureha et Tony Tony Chopper, renne doué de parole, épaulés par Luffy et Sanji, pendant que Dolton se décide à monter au château à son tour. Wapol s'en prend au drapeau pirate d'Hiluluk, le médecin fantasque qui avait recueilli Chopper, et Luffy s'obstine à le tenir debout tandis que le jeune renne vient à bout des deux gardes fusionnés en Chessmarimo. Le souverain finit expédié hors de l'île. Dolton remercie l'équipage, Chopper embarque comme médecin de bord, et le départ du Vogue Merry délivre l'image qui donne son titre au volume. Cap sur Alabasta : Vivi expose ce qui attend la troupe, Crocodile, le patron de Baroque Works, y règne avec le rang de Grand Corsaire et l'aura d'un héros.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le drapeau, le renne et la fin de l'hiver
Un tome de shonen au long cours vaut d'abord par la fonction qu'il occupe dans l'ensemble. Celui-ci en assume trois d'un coup : liquider un affrontement entamé au volume précédent, solder une histoire de deuil, ouvrir un arc dont on ne verra ici que le seuil. Dix chapitres pour trois tâches, et un titre qui prévient d'emblée que l'essentiel ne se jouera pas à coups de poing.
Le premier geste du volume est un raccord : Oda referme le long retour en arrière qui occupait le tome précédent et rend le lecteur à une bataille déjà engagée, sans sas ni rappel des faits. Le reste se répartit selon une courbe descendante, peu commune dans le genre : six chapitres pour l'affrontement, quatre pour le dénouement, l'adieu et l'ouverture de l'arc suivant. La mécanique guerrière occupe donc l'essentiel de la pagination alors qu'elle n'est pas ce que le tome a de plus précieux, et cette disproportion assumée dit assez ce qu'Oda attend de ses combats : un temps de passage, pas une destination. Le duel de Chopper contre les deux gardes de Wapol, soudés en une seule créature, tient moins du morceau de bravoure que de l'épreuve de légitimité : le renne y règle un compte avec sa propre monstruosité autant qu'avec ses adversaires.
La vraie trouvaille dramaturgique tient au drapeau. Oda confie à Luffy une tâche défensive et absurde, tenir debout un morceau de tissu, pendant que les autres se battent pour des enjeux tangibles. C'est un renversement du schéma habituel, où le héros aimante l'action : le voilà gardien d'un signe, et son entêtement vaut argumentation. Le chapitre s'intitule « Jamais ne ploie », ce qui vaut pour le mât comme pour l'homme. Wapol, lui, ne cesse d'engloutir la matière pour s'en faire une arme, jusqu'à dévorer l'arsenal du château : un adversaire qui se remplit, face à un héros qui ne protège rien d'autre qu'un emblème sans usage. L'opposition est un peu appuyée, elle n'en est pas moins tenue de bout en bout.
Graphiquement, le tome tire du noir et blanc tout ce qu'il peut. Neige, ciel vide, silhouettes découpées : Oda joue des réserves de blanc pour rendre l'île immédiatement lisible et garde les trames pour les basculements. Les corps déformables, celui de Luffy comme celui de Wapol, autorisent des gags visuels qui désamorcent la tension à intervalles réguliers. Cette alternance du grotesque et de la gravité, marque de fabrique de la série, est ici particulièrement resserrée : une case de bouffonnerie précède souvent de peu une case de larmes. Certains y verront un défaut de tenue, d'autres la signature même d'Oda, capable de faire tenir ensemble le burlesque et l'élégie sans que l'un annule l'autre.
La dernière partie assume son rôle de charnière. Chopper embarqué, un chapitre revient sur ceux qui restent et sur l'apprentissage du nouveau venu, puis un autre confie à Vivi le soin d'exposer la situation d'Alabasta. C'est de l'information pure, un peu sèche, mais elle installe en quelques pages un antagoniste d'un tout autre calibre : un homme qui n'a pas besoin de frapper pour être dangereux, puisqu'il est aimé. Le contraste avec Wapol, tyran unanimement haï, est évidemment calculé. Le volume se referme en indiquant que la bataille suivante sera d'abord une bataille de réputation.
Notre verdictTome de conclusion et de transition, ce dix-septième volume remplit les deux offices avec une inégalité assumée : la bataille contre Wapol est un passage obligé, étiré sur six chapitres sans jamais inquiéter, tandis que la séquence qui donne son titre au livre compte parmi les plus belles réussites d'Oda à ce stade de la série. Le raccord d'ouverture est net, la mise en page reste lisible dans la neige, et le motif du drapeau défendu contre toute logique offre au héros un rôle inhabituel qui éclaire rétrospectivement l'arc entier. On regrettera un chapitre final d'exposition un peu raide et des antagonistes que le burlesque prive de tout danger. Reste un volume qui fait son office : il solde une dette narrative, intègre un compagnon durable et laisse le lecteur devant une menace d'un genre neuf : un ennemi que tout un pays prend pour un bienfaiteur.
Points forts
- Un sommet qui ne doit rien au combatLe point culminant du tome n'est pas une victoire mais une vision, préparée depuis le volume précédent et délivrée au moment où le navire s'éloigne. Oda y démontre qu'un shonen d'action peut faire reposer sa plus belle séquence sur un geste sans adversaire, et que la promesse tenue porte plus loin que le coup porté.
- Le motif du drapeau, trouvaille de mise en scèneConfier au héros la défense passive d'un emblème plutôt qu'un duel frontal déplace l'enjeu du corps vers le symbole. La séquence justifie à elle seule la place de ce tome dans l'arc et donne à Luffy un de ses moments les plus têtus, donc les plus justes.
- Une intégration réussie du nouveau venuLe tome résout un problème délicat: faire entrer un personnage dans un équipage déjà fourni sans en casser l'équilibre. Le passage du statut de sujet du drame à celui de membre de la troupe se fait en deux chapitres, avec un dosage de comique et de pudeur qui évite l'effet de recrutement mécanique.
- Le noir et blanc mis au service du décorL'île enneigée offre à Oda un terrain de contrastes qu'il exploite pleinement: réserves de blanc, silhouettes découpées, verticalité du château et de la falaise. La lisibilité des planches d'action y dépasse celle de bien des tomes plus chargés de la même période.
Réserves
- Un antagoniste qui ne menace jamaisWapol et ses deux gardes occupent six chapitres sans jamais dépasser le statut de nuisance grotesque. Leurs pouvoirs servent le gag plus que le péril, et le sort final du tyran, expédié hors de l'île comme un projectile, relève de la chute comique: la tension que le premier mouvement prétend installer ne prend jamais.
- Un dernier chapitre purement fonctionnelL'ouverture sur Alabasta est un bloc d'exposition dialoguée, nécessaire mais aride, où Vivi résume une situation politique complexe devant un équipage qui lui sert d'auditoire. La rupture de ton avec les pages précédentes est brutale, et le tome se termine sur une note d'attente plutôt que sur un élan.
- Un tome tributaire du précédentToute la charge émotionnelle du volume repose sur un passé raconté ailleurs. Lu isolément, il offre une bataille sans enjeu et une conclusion dont on perçoit la portée sans la ressentir: c'est un tome de paiement, pas un tome d'installation.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans la série, et particulièrement à ceux qui viennent d'achever le précédent : il en forme la seconde moitié et n'a guère de sens sans lui. Les amateurs de shonen d'action pure le trouveront avare en affrontements mémorables, tandis que les lecteurs sensibles à la veine mélodramatique de One Piece y rencontreront l'une des séquences les plus citées de la première partie de la série. C'est aussi un bon volume à mettre entre les mains d'un adolescent que le format manga rebute encore : la lecture de droite à gauche s'y oublie vite tant les planches d'action sont claires, et la charge émotionnelle finale convainc mieux qu'un long plaidoyer pour le genre.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.