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Couverture de Lucky Luke, tome 22

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Les Dalton dans le blizzard

Première publication
1963
Éditions référencées
1

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Les Dalton dans le blizzard : Goscinny et Morris transplantent leur western au Canada

Prepublie dans Spirou en 1962 puis edite en album en 1963, ce vingt-deuxieme Lucky Luke est signe Rene Goscinny au scenario et Morris au dessin. Il appartient au cycle des Dalton, ces quatre freres bandits (Joe, William, Jack et Averell), cousins des Dalton historiques, que le cow-boy solitaire renvoie inlassablement en cellule. L'album affiche un parti pris net : au lieu de rejouer la traque dans la poussiere de l'Ouest, il expedie ses malfaiteurs de l'autre cote de la frontiere, dans le Grand Nord canadien enneige. Le deplacement n'est pas qu'un pretexte a decor exotique, c'est un banc d'essai qui verifie si la mecanique comique de la serie tient hors de son terrain d'origine.

La construction reprend le schema du cycle Dalton : une evasion, un plan (ici l'idee de Joe de filer au Canada pour echapper a Lucky Luke), une cavale, une traque, un retour en cellule. Goscinny ne mise pas sur le suspense mais sur l'enchainement des gags, et il structure la fuite en une suite de saynetes : les quatre freres se rebaptisent les freres Jones (Averell devenant l'inoubliable Imbecile Jones), devalisent des banques, se font engager comme cuisiniers dans un camp de bucherons, echappent de justesse a une meute de loups, puis rachetent le saloon d'une ville de chercheurs d'or, Golden Glow, ou ils montent un match de boxe truque. Chaque episode vaut d'abord comme numero comique, plus que comme maillon d'une intrigue tendue.

Le quatuor fonctionne comme un orchestre de caracteres : Joe, le plus petit, concentre la hargne et l'autorite du chef ; Averell, le plus grand, la naivete et la faim perpetuelle ; William et Jack occupent l'entre-deux. Leur alignement par tailles decroissantes est en soi un gag visuel permanent, et Morris en tire un parti constant. Surtout, Goscinny ne laisse pas ses cliches nordiques a l'etat de simple arriere-plan : il leur donne chair a travers un vrai personnage secondaire, le caporal Winston Pendergast, gendarme de la police montee, zele et procedurier, qui accompagne Luke et lui sert de faire-valoir. Rantanplan, le chien le plus bete de l'Ouest, complete la galerie et fournit son lot de gags paralleles.

Le deplacement vers le Grand Nord reste la vraie trouvaille. Goscinny y transpose son art de la caricature : le trappeur, le chercheur d'or, le bucheron, la police montee a l'anglaise, jusqu'a la soupe aux pois et au sirop d'erable, tout passe au meme tamis ironique que d'ordinaire l'imagerie de l'Ouest. La neige renouvelle aussi la palette de Morris, dont le trait net se detache avec lisibilite sur les etendues blanches et les scenes de tempete. Le style demeure celui de la grande periode : dialogues nerveux, narration econome, ironie discrete du recitatif, et cette impassibilite de Lucky Luke qui sert de contrepoint au desordre des Dalton. L'ensemble tient d'abord par le tempo, cette science du timing comique que Goscinny maitrise alors mieux que quiconque.

Notre verdictLes Dalton dans le blizzard n'est pas l'album le plus ambitieux de Lucky Luke, mais c'est un exercice de style reussi qui prouve la solidite du tandem Goscinny-Morris : on prend une mecanique eprouvee, on change de decor, et le rire repart. Le pari du Grand Nord fonctionne parce qu'il renouvelle le cadre (et lui adjoint un faire-valoir savoureux, le caporal Pendergast) sans trahir l'esprit de la serie. On tient la un divertissement efficace, drole et magnifiquement dessine, a defaut d'etre surprenant. Un bon cru de la periode classique, a recommander a qui aime le genre.

Points forts

  • Un quatuor comique parfaitement regleLes quatre Dalton forment un orchestre de caracteres: Joe concentre la hargne du petit chef, Averell la naivete et la faim du grand escogriffe, William et Jack occupent l'entre-deux. Leur alignement par tailles decroissantes est un gag visuel permanent dont Morris tire un parti constant, et Goscinny fait jouer ces temperaments les uns contre les autres, au point que le deguisement en freres Jones ne trompe evidemment personne.
  • Le Grand Nord, nouveau terrain de parodieGoscinny transpose son art de la caricature de l'Ouest vers l'imagerie canadienne: le trappeur, le chercheur d'or, le bucheron, la police montee, jusqu'a la soupe aux pois et au sirop d'erable, tout passe au meme tamis ironique. Le procede prolonge la veine parodique de la serie tout en lui offrant un decor neuf, ce qui evite l'impression de recette rejouee a l'identique.
  • Le caporal Pendergast, un vrai faire-valoirPlutot que de laisser la police montee a l'etat de vignette, Goscinny en tire un personnage a part entiere: le caporal Winston Pendergast, gendarme zele et procedurier qui escorte Lucky Luke. Ce compagnon de route, double du fidele et stupide Rantanplan, offre au heros un contrepoint comique et evite au recit de reposer sur les seuls Dalton.
  • Le tempo GoscinnyDialogues nerveux, narration econome, ironie discrete du recitatif et gags cales au cordeau: la science du timing comique, que Goscinny maitrise alors mieux que quiconque, tient l'album de bout en bout et compense largement la simplicite de la trame.

Réserves

  • Une intrigue en saynetesLe recit obeit au schema immuable du cycle (evasion, cavale, traque, retour en cellule) et se deroule surtout comme une suite de numeros comiques (la banque, le camp de bucherons, le saloon) relies par la seule poursuite. L'efficacite est reelle, mais qui espere une veritable tension narrative ou un denouement inattendu restera sur sa faim.
  • Un comique de repetitionLes gags recurrents, ressort essentiel de la serie, frolent parfois le systematique. Sur la longueur, l'appetit d'Averell ou les coleres de Joe fonctionnent au reflexe plus qu'a la surprise, et l'on sent par moments la mecanique tourner a vide.
  • Des cliches d'epoqueLa parodie du Canada s'appuie sur une imagerie tres datee (trappeurs, chercheurs d'or, police montee, et une representation des Indiens typique de l'epoque) qui parlera moins au lecteur d'aujourd'hui qu'au public de 1963. Le second degre desamorce l'essentiel, mais certaines vignettes ont vieilli.

À qui s’adresse ce livre ?

Cet album s'adresse d'abord aux amateurs de bande dessinee franco-belge classique et de l'humour de Goscinny : lecteurs de Lucky Luke, bien sur, mais aussi ceux venus d'Asterix, qui y retrouveront la meme horlogerie comique. Il convient a une lecture familiale et a un jeune public (des sept ou huit ans), grace a une violence purement cartoonesque et a des gags immediatement lisibles. Les adultes nostalgiques y goutent le plaisir de la relecture et le sel de la parodie. En revanche, qui cherche une intrigue dense, un western adulte ou un recit realiste passera son chemin : ici, tout est au service du rire et du rythme.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Lucky Luke, tome 22Les Dalton dans le blizzardDupuisAutre · 46 p. · Français978-2-8001-1462-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.