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Couverture de Les Lauriers de César

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Les Lauriers de César

Première publication
1972
Éditions référencées
4

De quoi parle ce livre ?

Dix-huitième aventure de la série, Les Lauriers de César déplace le petit village gaulois vers le cœur du monde romain. Tout commence par un dîner à Lutèce, où le chef Abraracourcix, piqué par la fortune tapageuse de son beau-frère, se laisse emporter par l'orgueil et promet un plat d'exception : un ragoût relevé des lauriers mêmes qui ceignent le front de Jules César. La vantardise engage l'honneur du village, et il revient à Astérix et Obélix de transformer la bravade en exploit. Les voici partis pour Rome, capitale d'un empire qu'ils connaissent surtout pour l'avoir contrarié. Afin d'approcher le palais de César et sa précieuse couronne, les deux compères imaginent de se faire vendre comme esclaves, quitte à s'aventurer dans les rouages d'une société urbaine, oisive et cynique. L'album suit leurs tentatives répétées pour se glisser là où se joue le pouvoir, entre marchands retors et patriciens désœuvrés. Sous le prétexte du pari, Goscinny orchestre une satire mordante de Rome et, en creux, de nos propres travers. Le lecteur en découvre le sujet, le décor et l'enjeu, sans rien apprendre de l'issue du défi.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Les Lauriers de César, la satire romaine de Goscinny et Uderzo

Publié en 1972, Les Lauriers de César occupe une place à part dans la série. C'est l'un des albums où Goscinny et Uderzo abandonnent durablement le décor familier du village pour installer leurs héros au cœur même de la puissance qu'ils narguent d'ordinaire, Rome. Loin des camps retranchés et des légionnaires transis, l'aventure se déroule cette fois dans la capitale, ses rues, ses demeures patriciennes et ses institutions. Ce déplacement géographique s'accompagne d'un glissement de registre : la satire, toujours présente chez Astérix, devient ici le moteur du récit, au point d'en constituer le véritable sujet.

Sur le plan de la construction, l'album repose sur un ressort classique de la comédie : une vantardise lancée au cours d'un dîner engage l'honneur et déclenche une quête a priori absurde. Ce pari, prétexte pleinement assumé, affranchit les auteurs de la mécanique habituelle de la résistance villageoise pour les lancer dans un récit d'infiltration. Astérix et Obélix ne combattent plus des légions : ils doivent ruser, se fondre dans le décor et déchiffrer les codes d'une ville qu'ils découvrent de l'intérieur. Le stratagème consistant à se faire vendre comme esclaves ouvre une succession de situations où l'échec relance sans cesse l'action, selon un rythme de saynètes qui porte la marque du scénario goscinnien.

Le style de Goscinny y déploie l'une de ses veines les plus satiriques. Rome n'est pas seulement l'adversaire militaire des Gaulois : elle devient le miroir grossissant d'une société urbaine, marchande et blasée. Le beau-frère fortuné de Lutèce, avec son culte de la réussite matérielle et sa suffisance, ouvre le bal d'une galerie de personnages où se reconnaissent sans peine des travers intemporels. Le marché aux esclaves, les patriciens désœuvrés, la justice expéditive, la débauche des festins : chaque étape offre à Goscinny l'occasion d'un trait d'esprit, d'un anachronisme savoureux ou d'un clin d'œil au lecteur du vingtième siècle. Le comique verbal, riche en jeux de mots et en latinismes détournés, y fait constamment mouche.

Le dessin d'Uderzo accompagne cette ambition avec une aisance remarquable. Son trait, expressif et dynamique, étranger à la sobriété de la ligne claire, excelle à camper la foule romaine, l'architecture monumentale et les physionomies caricaturales. Les décors urbains, plus fournis que les paysages armoricains habituels, donnent de l'ampleur au récit sans jamais l'alourdir. Le sens du mouvement, la vivacité des expressions et le soin apporté aux seconds rôles confirment la maîtrise du dessinateur, capable d'animer une scène de banquet ou une bousculade de rue avec la même énergie.

Thématiquement, l'album prolonge une réflexion douce-amère sur l'orgueil, la vanité sociale et le rapport à l'argent. Derrière la farce affleure une critique de la course au prestige et des faux-semblants de la réussite. La satire romaine, transparente allégorie de nos propres sociétés, confère à l'ensemble une portée qui dépasse le simple divertissement, sans jamais renoncer à la légèreté qui fait la signature de la série.

Notre verdictLes Lauriers de César compte parmi les albums les plus aboutis de la période dorée du tandem Goscinny-Uderzo. En troquant la bataille rangée contre une infiltration au cœur de Rome, les auteurs offrent une variation savoureuse sur les codes de la série et donnent libre cours à leur veine satirique. Le scénario, malgré un prétexte assumé et une structure par saynètes, ne faiblit guère, porté par un comique de situation et de langage d'une belle constance. Le dessin d'Uderzo, foisonnant et vivant, épouse parfaitement cette ambition. Album de la maturité plus que de l'action pure, il ravira les fidèles et séduira les curieux, à condition d'accepter que l'aventure y compte moins que le regard, malicieux et toujours actuel, porté sur la vanité des puissants. Un classique que le temps n'a pas émoussé.

Points forts

  • Une satire romaine au sommetLe prétexte du pari sert surtout à transporter les héros au centre de Rome, que Goscinny transforme en miroir grossissant de nos sociétés. Marché aux esclaves, patriciens oisifs, justice expéditive et banquets décadents: chaque étape nourrit une critique féroce et drôle de la vanité et de la course au prestige, dont la résonance demeure étonnamment actuelle.
  • Un duo en terrain d'infiltrationEn renonçant à la confrontation frontale, l'album place Astérix et Obélix dans un registre inhabituel, celui de la ruse et du déguisement. Ce changement de posture renouvelle leur dynamique et multiplie les quiproquos, tout en préservant la complicité et les caractères qui font le sel du couple.
  • Le dessin foisonnant d'UderzoUderzo déploie un trait expressif et énergique, aussi à l'aise dans les foules grouillantes que dans l'architecture monumentale ou la caricature des physionomies. Les décors urbains, plus denses que les paysages armoricains, donnent de l'ampleur au récit sans l'alourdir, et les scènes de banquet ou de rue fourmillent de détails.
  • Un comique de langage jubilatoireCalembours, latinismes détournés et anachronismes complices se succèdent à un rythme soutenu. Cette gymnastique verbale, marque de fabrique de Goscinny, ménage plusieurs niveaux de lecture et récompense autant le jeune lecteur que l'adulte cultivé.

Réserves

  • Un ressort narratif volontairement minceLe pari initial n'est qu'un prétexte, et l'intrigue progresse par accumulation de saynètes plus que par une véritable montée en tension. Les lecteurs attachés à une aventure fortement charpentée pourront trouver l'ensemble un peu décousu.
  • Une Rome plus décor que menaceEn délaissant le registre guerrier, l'album perd une part de l'enjeu dramatique des tomes où le village est directement menacé. La satire prime sur le péril, ce qui adoucit la tension au profit de l'observation sociale.

À qui s’adresse ce livre ?

Les Lauriers de César s'adresse d'abord aux amateurs de la série, qui y retrouveront le duo dans une aventure atypique, largement tournée vers la satire sociale plutôt que vers l'affrontement guerrier. Les lecteurs adultes savoureront particulièrement la charge contre Rome et ses résonances contemporaines, les jeux de mots et les allusions culturelles, dont une partie leur est spécialement destinée. Les plus jeunes suivront sans mal les péripéties et les gags visuels, même si certaines subtilités satiriques leur échapperont. C'est aussi une bonne porte d'entrée pour qui découvre Astérix par un album au décor changeant, riche et coloré. Amateurs de bande dessinée classique, enseignants en quête d'un support ludique sur l'Antiquité romaine revisitée et nostalgiques de l'âge d'or franco-belge y puiseront un plaisir renouvelé.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Les Lauriers de CésarHachetten.c.Autre · 48 p. · Français978-2-01-210150-0Non renseigné
Les Lauriers de Césarune aventure d'AstérixDargaudn.c.Autre · 48 p. · Français978-0-340-16181-4Non renseigné
Les Lauriers de CésarFrench & European PubnsRelié · Français978-0-8288-4904-3Non renseigné
Asterix and the Laurel WreathDargaud,ParisRelié · 48 p. · Français978-2-205-00600-1Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.