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MangaLangue d’origine : Japonais

Les neuf rônins

Première publication
2021
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-dix-huitième tome de One Piece, paru chez Glénat en mai 2021, ce volume réunit les chapitres 985 à 994 et poursuit l'arc du pays des Wa, en plein raid sur Onigashima. Le rapport de force bascule dès les premières planches : Kaido, maître de l'équipage aux Cent Bêtes, dévoile son projet de « nouvelle Onigashima » et exécute Orochi, le shogun avec lequel il régnait sur le pays. Devant l'assemblée réunie dans l'espace de concert, Momonosuké trouve le courage de proclamer son nom, et les neuf fourreaux rouges, ces rônins restés fidèles à Oden Kozuki, montent enfin à l'assaut du maître des lieux. La bataille se disperse alors dans le château : l'équipage de Chapeau de paille et ses alliés samouraïs, ninjas et minks affrontent les hommes de Kaido dans l'espace de concert, dans les couloirs et sur le dôme, chacun s'employant à ouvrir un chemin vers le sommet. Entre deux échanges de coups, le rêve laissé par Oden pour le pays des Wa revient hanter les combattants et donne sa couleur au titre du volume. Le tome se referme sur Yamato, qui dit enfin son nom et l'ambition qui l'accompagne.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Neuf lames pour entamer un dragon

Depuis une dizaine de tomes, l'arc du pays des Wa accumulait les dettes narratives : un shogun usurpateur, un empereur pirate retranché sur son île, et neuf rônins dont la série prépare la vengeance depuis des dizaines de chapitres. Le tome 98 est celui où Eiichirō Oda commence à les payer. Prépublié dans le Weekly Shonen Jump puis relié chez Glénat en mai 2021, il couvre les chapitres 985 à 994 et tient presque entier dans une seule séquence de bataille, sans préambule ni palier de repos. La couverture annonce le programme en alignant les neuf fourreaux rouges autour de Luffy et d'une figure encore neuve, Yamato.

Le volume repose sur un contraste très net entre son ouverture et tout ce qui suit. Les premières planches liquident sans cérémonie l'intrigue politique nouée depuis le début de l'arc : Kaido dévoile son projet de « nouvelle Onigashima » et décapite Orochi, renversement expédié en quelques cases avec une brutalité qui vaut déclaration d'intention. Passé ce seuil, Oda bascule dans un régime d'action continue qu'il ne relâchera plus. La progression cesse d'être dramatique au sens classique pour devenir topographique : on monte. De l'espace de concert au dôme, chaque chapitre gagne quelques mètres, et l'objectif tient en une phrase, ouvrir un passage jusqu'au sommet où Kaido attend.

Ce parti pris impose un montage parallèle permanent, et c'est là que le tome joue sa lisibilité. Oda fait tourner un nombre considérable de fronts : les neuf fourreaux rouges contre Kaido sur le dôme, Caborage et Chavipère passés en forme Sulong contre Jack, Sanji arraché au sauvetage de Momonosuké pour affronter King, l'équipage au complet face à King, Queen et aux Numbers, un officier de Kaido démasqué comme espion infiltré et rejeté du côté de l'alliance. Le liant tient à un principe simple : chaque victoire locale se convertit aussitôt en mètres gagnés vers le haut. Les transitions passent par un cri, une onomatopée ou une silhouette en contre-plongée plutôt que par une case d'exposition : la lecture y gagne en vitesse ce qu'elle exige en mémoire.

Graphiquement, le volume travaille la masse et l'échelle. Kaido y est traité autant comme un décor que comme un adversaire : une surface noire, saturée de trames, que les lames doivent entamer, et le tome fait de cette entaille son enjeu le plus concret, puisqu'il faut retrouver le « courant » d'Oden pour seulement percer la peau. En face, Oda joue le blanc, celui des fourrures Sulong et des éclats qui courent le long des sabres, et multiplie les grandes cases horizontales où les corps traversent la planche en diagonale. La composition épouse le sens de lecture japonais : le mouvement pousse le plus souvent l'œil de droite à gauche, vers la case suivante. Les pleines pages sont gardées pour les frappes collectives et y gagnent une force que la dispersion du reste ne dilue pas.

Dramaturgiquement, le tome vaut par ce qu'il réactive. Momonosuké proclamant son nom devant l'espace de concert, puis le rêve d'Oden qui remonte au milieu de la bataille : ni l'un ni l'autre ne révèle quoi que ce soit, mais tous deux rechargent le sens du combat pour des personnages au bord de la rupture. Ce sont les deux seules respirations émotionnelles du volume. Le titre, emprunté au chapitre 987, place explicitement l'épisode sous le signe du récit de vengeance de samouraïs, avec ce que cela suppose de fidélité, de retard accumulé et de sacrifice consenti. La place du tome dans l'arc est donc claire : ni début ni aboutissement, c'est le moment où une promesse ancienne se convertit en action, et où une figure tenue jusque-là en réserve élargit le jeu à l'instant précis où l'on croyait toutes les cartes distribuées.

Notre verdictVolume de bataille pure, le tome 98 doit être jugé comme tel : ce qu'il perd en variété de ton, il le gagne en intensité et en clarté d'objectif. Oda y solde une attente construite sur des dizaines de chapitres, offre aux neuf fourreaux rouges la séquence qu'ils méritaient depuis leur réapparition, et maintient une progression lisible là où le nombre de fronts pouvait tourner au chaos. Le prix à payer est celui de tous les tomes centraux d'un arc au long cours : rien ne se conclut, la montée reste inachevée, et l'ensemble se lit mieux enchaîné avec ses voisins qu'isolé. Mais la dernière planche, en laissant Yamato dire son nom et son ambition, referme le volume sur une promesse assez forte pour tenir jusqu'au suivant. C'est le tome où l'arc cesse de préparer et commence à frapper.

Points forts

  • Une ouverture qui solde en quelques cases l'intrigue politique de l'arcL'exécution d'Orochi et la proclamation de la « nouvelle Onigashima » sont expédiées sans le moindre morceau de bravoure, là précisément où on l'attendait. Ce refus donne le ton du volume et recentre d'un coup le conflit sur le seul Kaido.
  • Un montage parallèle tenu par un objectif uniqueLes fronts se multiplient, mais chaque victoire locale sert le même but, ouvrir un chemin jusqu'au sommet du dôme. Cette règle de progression verticale évite l'éparpillement et donne au tome une cohésion rare dans les batailles chorales de cette ampleur.
  • Kaido dessiné comme une paroi à entamer plutôt que comme un adversaireMasse noire saturée de trames, cadrée en contre-plongée et débordant souvent du cadre, il est traité comme un obstacle physique. L'enjeu du volume se réduit alors à une question de matière: peut-on seulement lui ouvrir la peau, et à quel prix.
  • Deux respirations bien placées dans un volume sans reposLe nom que Momonosuké revendique face à son exécution, puis le rêve d'Oden rappelé entre deux affrontements, ne révèlent rien mais rechargent le sens du combat. Ils justifient le registre de fidélité et de dette annoncé par le titre du tome.

Réserves

  • Aucune concession au lecteur qui n'aurait pas les tomes précédents en têteLe volume s'ouvre en pleine bataille et n'accorde ni récapitulatif ni présentation. Le nombre de camps, de noms et de pouvoirs mobilisés rend la lecture ardue dès que la mémoire des volumes précédents flanche.
  • Le sommet du tome tombe dans son premier tiersLa frappe commune des neuf fourreaux rouges est le point culminant du volume, et elle survient très tôt. Tout ce qui suit, aussi bien mené soit-il, se lit en léger retrait, et le tome ne retrouve pareille intensité qu'à sa dernière planche.
  • Des seconds couteaux réduits à du volume à traverserLes Numbers et la piétaille de l'équipage aux Cent Bêtes servent surtout de matière à écarter. Face aux officiers, individualisés et soignés, cette masse interchangeable affadit plusieurs pages d'action.
  • Une relance d'enjeu un peu mécaniqueLe virus lâché par Queen sur la mêlée arrive exactement au moment où l'alliance prenait l'avantage et fonctionne d'abord comme un frein narratif. Le procédé se voit, et le tome aurait tenu sans lui.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse aux lecteurs qui suivent la série et gardent les volumes précédents en mémoire : il n'offre aucun rappel, aucune reprise de contexte, et jette d'emblée dans une bataille déjà engagée avec une longue liste de noms propres à tenir. Les amateurs de shonen de guerre chorale, ceux qui aiment les mêlées où les fronts s'entrecroisent sans que la carte se brouille, y trouveront un morceau de bravoure de haute tenue. Il parlera aussi à qui avait été séduit par le versant jidaigeki de l'arc du pays des Wa, puisque le volume assume jusque dans son titre le vocabulaire du récit de rônins fidèles. En revanche, ce n'est évidemment pas une porte d'entrée dans One Piece, ni un tome à conseiller à un lecteur que les longs préparatifs du raid avaient découragé.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.