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MangaLangue d’origine : Japonais

Les oubliés de Dressrosa

Première publication
2014
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Soixante-douzième tome de One Piece, paru chez Glénat en octobre 2014, ce volume relié rassemble les chapitres 712 à 721 et poursuit l'arc Dressrosa pendant le tournoi du Corrida Colosseum. Trois fils avancent de front. Sanji continue sa route en compagnie de Violette, loin de l'arène. Usopp, recueilli par les nains du royaume de Tontatta qui voient en lui un héros légendaire, se retrouve affublé du nom d'Usoland et sommé de tenir le rôle qu'on lui prête. Luffy, engagé sous le pseudonyme de Lucy, dispute la bataille du bloc C et se heurte à un adversaire d'une tout autre trempe, Don Chinjao. Entre deux échanges de coups, Oda entrouvre le passé du royaume : le roi Riku et son armée du champ de fleurs, la place de Rebecca dans l'arène, le soldat-jouet qui veille sur elle, et le sort des gladiateurs emprisonnés que l'île paraît avoir rayés de sa mémoire. Le titre du volume, « Les oubliés de Dressrosa », dit assez où va l'intérêt : sous le vacarme du tournoi affleure une histoire escamotée, dont ce tome ne livre encore que les premières pièces.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Sous le vacarme de l'arène, une mémoire confisquée

Il y a des tomes de shonen au long cours qui se contentent de faire avancer un tournoi, et d'autres qui se servent du tournoi pour installer autre chose. Le soixante-douzième volume de One Piece appartient à la seconde catégorie. Sur dix chapitres, Oda continue de faire cogner ses gladiateurs, mais il glisse entre deux rounds les premières pièces d'un récit politique : le roi Riku et son armée du champ de fleurs, surgis d'un passé que l'île paraît avoir escamoté, une gladiatrice au destin contrarié, un soldat-jouet qui veille sur elle sans rien dire de lui-même. Le résultat est un tome au rythme volontairement inégal, appliqué quand il faut expédier des combats de qualification, nettement plus captivant dès qu'il s'écarte du sable.

Le tome fonctionne comme un montage alterné, et c'est là que se jouent à la fois sa réussite et ses limites. Oda tient plusieurs foyers de front : l'arène, les hauteurs où Usopp joue malgré lui au sauveur, la route de Sanji, et les dessous du Corrida Colosseum où l'on découvre ce que l'île fait de ses combattants prisonniers. Le passage de l'un à l'autre est rapide, parfois abrupt, héritage direct de la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump : chaque chapitre doit se clore sur une relance, et le tankobon en garde la scansion, avec des séquences interrompues au moment précis où l'on voudrait rester.

Graphiquement, c'est un tome de foule. Les grandes compositions du colisée entassent des dizaines de silhouettes conçues chacune comme une trouvaille isolée, et le noir et blanc y gagne une densité presque étouffante, loin de la lisibilité aérée des affrontements en pleine mer. Oda compense par le cadrage des visages : le plan rapproché sert de respiration, et c'est souvent lui qui porte l'émotion, en particulier dans les pages accordées à Rebecca et au soldat-jouet. Le duel contre Don Chinjao, lui, doit moins à la tension qu'au comique de la démesure, ce qui le rend plaisant sans jamais le rendre inquiétant.

Dramatiquement, le volume opère un basculement discret. Sa première moitié appartient au tournoi, avec ses codes rassurants et son décompte d'adversaires. La seconde installe la matière tragique de l'arc : un royaume dont l'histoire officielle ne dit visiblement pas tout, des gladiateurs emprisonnés traités comme du matériel de spectacle, et le nom des Riku qui remonte à la surface. Rien de tout cela n'est conclu ici ; Oda pose les pièces et laisse à la suite le soin de retourner le décor. Jugé comme fraction d'un ensemble, c'est un tome de mise en place efficace, dont la valeur tient pour beaucoup à ce qu'il prépare.

Notre verdictUn tome de transition, mais de la meilleure espèce : celle qui profite du vacarme d'un tournoi pour glisser sous la table les pièces d'un récit autrement plus grave. Les chapitres d'arène font le travail sans éclat, la bataille du bloc C sent la formule, et le volume ne referme rien de ce qu'il ouvre. En regard, tout ce qui touche au passé escamoté du royaume, à Rebecca et au soldat-jouet, aux gladiateurs tenus à l'écart relève de ce qu'Oda réussit le mieux : planter un décor de conte pour y loger une histoire de dépossession. Fraction de récit assumée, à lire dans le mouvement de l'arc plutôt qu'isolément, ce soixante-douzième volume vaut moins par ce qu'il accomplit que par ce qu'il rend désormais possible.

Points forts

  • Un titre qui tient sa promesse thématique« Les oubliés de Dressrosa » n'est pas un simple habillage commercial: le volume organise réellement sa seconde moitié autour de ce que l'île a mis de côté, un roi et son armée renvoyés au rang de souvenir, des gladiateurs enfermés loin des gradins. Le glissement s'opère sans surlignage, par bribes et par répliques laissées en suspens, et il change rétroactivement la couleur des chapitres de tournoi qui le précèdent.
  • Rebecca et le soldat-jouet, le meilleur du volumeOda leur accorde peu de pages, mais il y loge l'essentiel de la charge émotionnelle: un lien de protection dont l'origine reste tue, une gladiatrice au destin singulier qui n'est encore qu'esquissé. Dans un tome saturé de cris et d'onomatopées, ces séquences plus resserrées créent un contraste que le noir et blanc rend d'autant plus net, et elles suffisent à donner un enjeu affectif à un arc qui, jusque-là, tenait surtout du tournoi.
  • Usoland, ou le mensonge pris au motLe passage d'Usopp chez les Tontatta relance le meilleur ressort comique du personnage, celui du vantard rattrapé par ses propres récits: promu héros légendaire sous le nom d'Usoland, il lui faut désormais tenir le rôle. Le gag fonctionne pour lui-même, mais il travaille aussi le thème du tome, puisque là encore c'est une histoire héritée qui fait la loi, et ce que l'on croit pèse plus lourd que ce qui s'est réellement passé.

Réserves

  • Un tournoi qui tourne au remplissageLa bataille du bloc C rejoue une mécanique déjà éprouvée dans les tomes précédents, avec un défilé de concurrents dont beaucoup n'existent que le temps d'une silhouette et d'une réplique. Ces chapitres occupent le terrain avec métier, mais on les sent conçus pour tenir la cadence hebdomadaire plutôt que pour faire avancer quoi que ce soit.
  • Un casting devenu difficile à tenirEntre les combattants de l'arène, les nains, les figures du passé du royaume et un équipage dispersé aux quatre coins de l'île, le volume manipule plus de noms qu'il ne peut en caractériser. Plusieurs n'apparaissent que pour être rappelés plus tard, et leur entrée en scène ressemble à une note de bas de page dessinée.
  • Un tome qui ne se suffit pas à lui-mêmeAucun des fils ouverts ne trouve ici son terme, et ce que le volume laisse entrevoir du passé de l'île fonctionne comme une amorce, non comme un point d'arrivée. Lu isolément, il laisse une impression de couloir: il faut disposer de la suite pour lui rendre justice, rançon assumée d'un feuilleton découpé en tranches de dix chapitres.

À qui s’adresse ce livre ?

Volume réservé aux lecteurs déjà installés dans la série : au soixante-douzième tome, One Piece n'est plus une œuvre où l'on entre, et celui-ci suppose acquis les enjeux de Dressrosa comme la dispersion de l'équipage depuis le début de l'arc. Les amateurs de tournois y trouveront leur compte à moitié seulement, l'autre moitié revenant à ceux qui suivent Oda pour ses royaumes truqués et ses histoires de pouvoir volé. Les lecteurs sensibles à la mécanique du feuilleton, aux révélations distillées et aux personnages secondaires promus au premier plan sont les mieux servis. Ceux qui préfèrent les tomes autonomes et les affrontements décisifs gagneront à attendre d'avoir les volumes suivants sous la main avant d'ouvrir celui-ci.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.