
Les Pétaures se cachent pour mourir
- AuteurChristophe Arleston
- AuteurDidier Tarquin
- Première publication
- 1999
- Éditions référencées
- 1
De quoi parle ce livre ?
Septième des huit volumes de Lanfeust de Troy, paru chez Soleil en 1999, cet album engage la série dans sa dernière ligne droite. Sur Troy, chaque habitant dispose d’un pouvoir magique unique et le plus souvent dérisoire; l’apprenti forgeron Lanfeust fait exception, puisqu’il peut les concentrer tous. Cette anomalie a lancé autour de lui une course au pouvoir absolu dont la clé tient au Magohamoth, la créature dont l’ivoire donnait déjà son titre au premier tome. La quête se poursuit ici bien au-delà des terres où elle a commencé, pendant que Thanos, l’ambitieux qui menace Troy depuis le début du cycle, continue de jouer sa partie. Arleston fait courir ses intrigues de front et Tarquin en profite pour agrandir la carte du monde, tandis que le troll Hébus, le sage Nicolède et ses filles C’ian et Cixi entretiennent le désordre. Le titre, qui détourne Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough, prévient d’emblée: on ne lira pas ici une fantasy solennelle. Distingué par un prix jeunesse au festival d’Angoulême, l’album met en place le dénouement sans le livrer.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Tome sept: l’étau se resserre sur Troy, l’humour tient bon
Paru chez Soleil en 1999, Les Pétaures se cachent pour mourir est le septième des huit albums qui composent Lanfeust de Troy, la série qui a fait de Christophe Arleston et Didier Tarquin les locomotives de la fantasy française des années 1990, et de leur éditeur une puissance du secteur. Le festival d’Angoulême lui a décerné un prix jeunesse, consécration institutionnelle d’un succès déjà massif en librairie. À ce stade du cycle, le duo n’a plus rien à installer: le monde est posé, les personnages rodés, les enjeux noués. Reste à conduire l’ensemble vers la sortie, et c’est exactement ce que fait cet avant-dernier tome, avec une efficacité de mécanicien et une gourmandise intacte.
Le cycle n’a plus à se présenter, et l’album en profite. Arleston peut faire ce qu’il réussit le mieux depuis le milieu de la série: conduire plusieurs fils de front et les rapprocher peu à peu. D’un côté la quête, ses détours et ses paysages neufs; de l’autre les ambitions de pouvoir qui travaillent Troy et ceux qui leur résistent. Le va-et-vient relance l’attention à chaque bascule et empêche le récit de quête de tourner en rond, travers classique du genre. Le prix à payer est celui de tous les avant-derniers actes. L’album dispose ses pièces bien plus qu’il ne les joue, il accumule des positions dont on comprend qu’elles ne serviront que plus tard, et sa vraie fonction est de rendre possible le tome suivant. On le lit vite, on le referme en cherchant la suite: c’est à la fois son efficacité et sa limite.
La signature d’Arleston tient d’abord à la langue. Dialogues rapides, registres mélangés, anachronismes assumés, personnages qui parlent comme des contemporains dans un décor de haute fantasy: la série pratique depuis le début une double énonciation qui lui permet d’aborder frontalement des motifs lourds, la convoitise du pouvoir absolu, la tyrannie, la trahison, le désir, sans jamais peser. Les titres à calembour, celui-ci compris, qui détourne le roman de Colleen McCullough Les oiseaux se cachent pour mourir en y glissant une créature du bestiaire local, annoncent la couleur avant la première case. Hébus, machine à gags et à coups de massue, cohabite ainsi avec des adversaires qui, eux, ne plaisantent pas, et c’est de cet écart que le récit tire son énergie plus que de ses rebondissements.
Didier Tarquin, lui, ne vient pas de la tradition humoristique du gag hebdomadaire. Son dessin doit à l’illustration de fantasy et au comic book américain: anatomies athlétiques, poses tenues, sens du volume et du mouvement, décors architecturés qui donnent à Troy la consistance d’un monde habité plutôt que d’une toile de fond. Le découpage reste d’une lisibilité exemplaire, cases larges pour laisser respirer les panoramas, rythme resserré dans l’action. La mise en couleurs fait beaucoup: elle sépare les ambiances, hiérarchise les plans et guide l’œil sans jamais alourdir la planche. On peut trouver le trait un peu lisse, et surtout constater que les personnages féminins, actifs et décisifs dans le scénario, sont dessinés selon des codes de séduction qui ne s’appliquent jamais aux masculins avec la même insistance. C’était l’usage de la fantasy illustrée des années 1990; cela se voit d’autant mieux aujourd’hui.
Notre verdictAvant-dernier acte parfaitement tenu d’un cycle qui a marqué la bande dessinée française des années 1990, cet album fait ce que l’on attend de lui: accélérer, resserrer, préparer la conclusion, sans jamais oublier de divertir. La conduite en parallèle des intrigues lui donne du souffle, le dessin de Tarquin et sa mise en couleurs lui donnent de l’ampleur, l’humour lui épargne le sérieux compassé qui guette souvent la fantasy. Il ne se lit pas seul, il porte les marques d’époque de son genre, et il ne cherche jamais à surprendre sur le terrain de la forme. Mais comme machine à raconter, il tourne rond, et il donne envie d’ouvrir le suivant dans la minute, ce qui reste le meilleur critère pour juger un tome sept.
Points forts
- Une mécanique de récit parfaitement huiléeFaire courir plusieurs fils en parallèle et les resserrer progressivement évite l’essoufflement propre au récit de quête. Chaque bascule relance l’intérêt au moment où la séquence précédente commençait à s’installer, et le lecteur avance sans jamais sentir le dispositif. À ce stade du cycle, c’est du travail d’horloger.
- Un dessin qui donne à Troy la densité d’un mondeTarquin ne se contente pas d’illustrer un scénario: ses architectures, ses créatures et ses panoramas imposent l’idée d’un univers cohérent, exploré plutôt que décrit. La mise en couleurs différencie les lieux d’un coup d’œil et guide la lecture sans jamais écraser le trait.
- Un humour intégré à la mécanique, pas plaqué dessusLe comique n’interrompt pas l’aventure, il en fait partie. Hébus, les répliques décalées, le titre à calembour installent une distance qui rend fréquentables des enjeux très sombres, tyrannie comprise. Cette tonalité double est la signature du cycle et sa meilleure trouvaille.
- Une porte d’entrée idéale vers la fantasyLe récit est clair, généreux, jamais gratuitement brutal, et il offre ce que la fantasy fait de mieux: un monde à explorer, des compagnons contrastés, une question morale simple à formuler et difficile à trancher. Le prix jeunesse obtenu à Angoulême salue exactement cette réussite.
Réserves
- Un tome de transition qui ne se suffit pas à lui-mêmeSeptième volume d’un cycle qui en compte huit, l’album place ses pièces bien plus qu’il ne dénoue. Qui l’ouvrirait sans avoir lu les précédents resterait sur le seuil: les alliances, les rancunes et le poids du Magohamoth n’ont de sens que par accumulation. C’est un chapitre, pas un récit autonome.
- Une représentation des personnages féminins très datéeLa série met en scène des héroïnes actives et décisives, mais les représente selon des codes de séduction insistants, tenues et cadrages compris, qui ne s’appliquent jamais avec la même constance aux personnages masculins. C’était l’usage de la fantasy illustrée des années 1990; cela se remarque nettement à la relecture, d’autant plus pour un album primé en catégorie jeunesse.
- Un comique qui désamorce parfois sa propre tensionLes jeux de mots et les clins d’œil contemporains font mouche souvent, moins parfois. Quand le gag tombe à contretemps d’une scène grave, il dissout ce que le récit venait patiemment de construire. La série paie ici le prix de sa tonalité: elle se protège de la solennité, mais s’interdit du même coup certains effets.
À qui s’adresse ce livre ?
Album de fin de cycle destiné avant tout aux lecteurs qui suivent déjà Lanfeust: il faut avoir en tête les six volumes précédents pour en goûter les retournements. À partir de dix ou onze ans, le récit reste parfaitement accessible, et le prix jeunesse d’Angoulême confirme cette destination, à condition d’accepter quelques scènes de violence de fantasy et un érotisme léger mais bien présent. Les amateurs de fantasy comique, ceux qui apprécient Terry Pratchett en roman ou les univers de jeu de rôle, retrouveront ici un terrain familier de quêtes, de créatures et de pouvoirs codifiés. Les lecteurs venus chercher une fantasy adulte et grave, ou un dessin d’auteur singulier, seront moins servis: Lanfeust assume le divertissement de grande diffusion, avec une maîtrise réelle mais sans ambition de rupture formelle.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Lanfeust de Troy T07Les Pétaures se cachent pour mourir | Soleil Productions | Autre · 56 p. | 978-2-302-01596-8 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.