De quoi parle ce livre ?
Paru chez Glénat le 27 septembre 2025, ce cent dixième tome relié rassemble les chapitres 1111 à 1121, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et forme la sixième tranche de l'arc Egg Head, au sein de la Saga Finale. L'île du savant Végapunk est devenue un champ de bataille : les cinq doyens et la Marine traquent l'équipage de Chapeau de paille et ses alliés, pendant qu'un message enregistré par le scientifique se diffuse sur les escargophones du monde entier. Les affrontements s'enlisent très vite, car rien ne semble pouvoir tuer ces adversaires, et l'enjeu se déplace : il ne s'agit plus de vaincre, mais de gagner du temps et de trouver une issue. En contrepoint, la voix de Végapunk annonce sa propre mort, puis expose ce qu'il a compris du siècle oublié, d'une guerre vieille de huit cents ans, de fragments de continents et de la montée des eaux qui menace le monde. Sur l'île, le vieux géant d'acier, Emeth, s'éveille, et Atlas prend sa part de la manœuvre de fuite. Le tome emprunte son titre au dernier de ses onze chapitres, et c'est bien de cela qu'il s'agit : les remous provoqués par ces révélations, partout où on les entend, forment son véritable sujet.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Une bataille bloquée, une voix qui déplace le monde
Ce cent dixième tome se présente comme un volume de bataille et fonctionne comme tout autre chose. Pendant que l'île du savant Végapunk se fissure sous les coups, ce n'est aucun des combattants qui tient le récit, mais une voix enregistrée, celle d'un homme qui commence par annoncer au monde sa propre mort. Oda superpose un affrontement que personne ne peut gagner et une longue prise de parole adressée à la planète entière, et le volume vaut d'abord par la manière dont il fait tenir ces deux régimes sur les mêmes planches.
Le découpage est la vraie affaire de ce volume. Onze chapitres, quatre foyers au moins : l'étage du laboratoire où les doyens cherchent la source de l'émission, le pont du Thousand Sunny lancé vers la sortie, le navire des géants qui s'apprête à lever l'ancre, et cette masse anonyme de gens qui, un peu partout dans le monde, lèvent la tête vers un escargophone. Le montage alterné aurait pu se déliter, comme il le fait souvent dans les batailles chorales de la série. Il tient ici grâce à un liant simple : le message de Végapunk court d'un lieu à l'autre, sa voix recouvre les cases de combat, et chaque tentative des doyens pour couper la diffusion devient un événement dramatique en soi. Le tome fabrique une continuité sonore là où l'espace n'offre que de la discontinuité.
Le rythme, lui, est délibérément privé de sa résolution habituelle. Le chapitre 1113 s'intitule Impasse, et le mot vaut pour les deux camps : les doyens ne trouvent pas comment interrompre l'émission, l'équipage ne parvient pas à abattre des adversaires que rien ne tue. La grammaire du duel de shonen cesse d'opérer, et l'enjeu bascule vers le compte à rebours et la sortie de l'île. C'est le choix le plus intelligent du volume : un affrontement contre des invulnérables tourne vite à la répétition, et en le convertissant en course pour tenir quelques minutes de plus, Oda récupère la tension que la puissance pure lui avait retirée. Le revers est net : personne ne gagne rien ici, et le tome se referme sur un mouvement, pas sur une victoire.
Le dessin est celui du Oda tardif, très dense, saturé de trames et de hachures, avec des silhouettes monstrueuses qui tiennent autant du bestiaire médiéval que du kaiju. Sur les grandes planches en noir et blanc, cette accumulation produit tantôt une belle terreur d'ensemble, tantôt une bouillie où l'on peine à reconstituer la géographie du combat. Le contrepoint le plus réussi vient du vieux géant d'acier : ses volumes simples et sa silhouette archaïque tranchent avec le baroque ambiant et redonnent de l'air au regard. Les pages d'exposition appellent un autre registre, celui du tableau et de la carte, et Oda s'y montre étonnamment sobre, laissant les images du passé faire leur travail sans surcharge.
Quant à la place du tome dans l'arc, elle est celle d'un pivot plus que d'un aboutissement. Sixième tranche d'Egg Head, ce volume assume la fonction ingrate de tout faire basculer sans rien conclure : il vide le décor de ses secrets, il pousse l'équipage vers la mer, et il confie ses deux plus beaux moments à des seconds rôles, au point de leur donner deux chapitres qui portent leurs noms. C'est un tome de bascule, et il faut le juger comme tel.
Notre verdictCe cent dixième tome n'est pas un volume de combats, c'est un volume de révélations mises en scène comme un siège. Oda y prend le risque de bloquer sa bataille pour laisser parler un mort, et ce déséquilibre, qui pourrait tourner au tunnel d'exposition, tient grâce à un montage alterné soigneusement construit et à la présence physique du danger sur chaque planche. On peut lui reprocher sa saturation graphique, l'absence de toute résolution et une densité de texte qui ralentit la lecture. On lui accordera en retour d'avoir rendu spectaculaire un contenu essentiellement informatif, et d'avoir confié ses plus beaux moments à des figures que personne n'attendait là. Jugé pour ce qu'il est, la fraction charnière d'un arc qui n'est pas encore clos, il fait le travail qu'on lui demande, et il le fait bien.
Points forts
- Un montage alterné tenu par une voix enregistréeLe message diffusé sert de fil conducteur entre des scènes qui se déroulent à des kilomètres les unes des autres. La parole de Végapunk relie l'étage du laboratoire, le pont du navire et le reste du monde, et transforme une bataille éclatée en une seule séquence continue. C'est la meilleure idée de mise en scène du volume.
- L'impasse assumée comme moteur dramatiquePlutôt que d'étirer des duels qui ne peuvent pas aboutir, Oda déclare franchement l'impasse et déplace l'objectif vers la fuite et le temps gagné. Le tome troque le suspense du vainqueur contre celui du compte à rebours, ce qui lui évite le piège de l'escalade de puissance et lui donne une nervosité inattendue.
- Les seconds rôles portent la charge émotionnelleL'éveil du vieux géant d'acier et l'engagement d'Atlas dans la manœuvre de fuite offrent au tome ses deux moments de gravité, et Oda leur consacre deux chapitres qui portent leurs noms. Confier ces instants à des figures secondaires, pendant que l'équipage court, décale l'émotion et lui donne plus de force que le énième cri de ralliement du héros.
- Une révélation qui change l'échelle du récitLe passé enfoui, la guerre ancienne, les fragments de continents, la montée des eaux: le contenu du message reconfigure la carte mentale du lecteur sur des points restés en suspens depuis très longtemps. Le tome ne se contente pas d'énoncer ces informations, il en montre l'onde de choc sur des gens ordinaires.
Réserves
- Une densité d'exposition qui pèse à la lectureLu d'une traite, le tankobon impose de longues séquences où le texte recouvre l'image. Les blocs d'explication se superposent à des cases d'action, et il faut souvent revenir en arrière pour ne pas perdre l'un au profit de l'autre.
- Des planches parfois illisiblesEntre les cinq doyens métamorphosés, les géants, la Marine et les machines du laboratoire, certaines pages atteignent un tel niveau de saturation qu'on ne sait plus qui frappe qui ni depuis quel côté. Le noir et blanc, très chargé en trames et en hachures, n'aide pas toujours à démêler les plans.
- Aucun combat ne trouve sa conclusionLe volume est fait de reports: rien ne se règle, aucun adversaire ne tombe pour de bon, et l'équipage reste en position défensive du premier au dernier chapitre. Le lecteur venu chercher la satisfaction classique du shonen, celle du coup décisif, repartira les mains vides.
- Un fragment qui suppose la suiteLe tome s'ouvre en pleine action et se referme sur un mouvement inachevé. Il ne se lit pas seul et exige d'avoir en tête au moins les deux volumes précédents pour que les enjeux du message et la présence de chaque camp sur l'île fassent sens.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse aux lecteurs déjà installés dans la série, ceux qui suivent l'arc Egg Head depuis son ouverture et attendaient que les questions posées sur le passé du monde reçoivent enfin des réponses : ils y trouveront la matière la plus substantielle offerte depuis longtemps sur ce terrain. Les amateurs de combats lisibles et de duels tranchés seront moins servis, tant le volume préfère la fuite et l'explication à la victoire. Quant aux curieux qui voudraient entrer dans One Piece par ce tome, mieux vaut les en dissuader : le sens de lecture japonais, la densité graphique et la centaine de volumes qui précèdent rendent l'expérience impraticable sans bagage.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.