
Lucky Luke contre Joss Jamon
- AuteurRené Goscinny
- AuteurMorris
- Première publication
- 1958
- Éditions référencées
- 1
De quoi parle ce livre ?
« Lucky Luke contre Joss Jamon » est un album de bande dessinée de la série Lucky Luke, dessiné par Morris (Maurice De Bevere) sur un scénario de René Goscinny. Prépublié dans l'hebdomadaire Spirou, il paraît en album chez Dupuis en 1958 et figure parmi les premières collaborations des deux auteurs. L'action se situe dans l'Ouest américain, au lendemain de la guerre de Sécession. Joss Jamon, ancien fournisseur malhonnête des armées devenu chef de bande, s'empare d'une ville avec ses hommes et y fait régner la terreur, rançonnant les habitants. Lucky Luke, le cow-boy solitaire, s'oppose à cette mainmise. Capturé, il est jugé lors d'un procès truqué dont le jury rassemble des hors-la-loi et figures célèbres de la légende de l'Ouest, comme Billy the Kid ou Jesse James. Il parvient finalement à retourner la situation et à livrer Jamon et sa bande à la justice.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Lucky Luke contre Joss Jamon : le western tourne à la fable civique
Publié en album chez Dupuis en 1958, «Lucky Luke contre Joss Jamon» compte parmi les premières aventures du cow-boy solitaire scénarisées par René Goscinny, encore au début de sa longue collaboration avec le dessinateur Morris. Le tandem n'a pas encore atteint son âge d'or, mais l'album en pose déjà les fondations. Son intérêt tient moins aux fusillades qu'à sa mécanique de fable politique : comment un profiteur de guerre s'empare d'une ville entière, et comment une population résignée retrouve le courage de lui tenir tête. Sous le costume du western parodique se glisse une réflexion, légère mais nette, sur la tyrannie, le racket et la lâcheté ordinaire. Le récit vaut aussi pour sa scène la plus célèbre, un procès mené par un jury de hors-la-loi, sommet d'ironie où l'idée même de justice se retourne contre elle-même.
La construction obéit à une progression limpide, presque théâtrale. Le prologue, au lendemain de la guerre de Sécession, oppose d'emblée deux morales : Lucky Luke partage ses maigres réserves avec des soldats égarés, tandis que Joss Jamon, fournisseur cynique des armées, ne songe qu'à monnayer les siennes. Ce contraste initial fonde tout le récit et installe l'opposition qui va le structurer. Vient ensuite l'installation de la tyrannie : Jamon a réuni une bande de crapules et mis la main sur une ville, dont il contrôle chaque commerce en rançonnant des habitants qui n'osent plus lever la tête. Le dénouement, enfin, voit le héros rallumer le courage collectif des citadins, refermant la fable sur une note ouvertement civique.
Au centre du dispositif brille le morceau de bravoure : un procès truqué où Lucky Luke est jugé par un jury entièrement composé de hors-la-loi légendaires de l'Ouest. La trouvaille condense tout le sel de l'album. En confiant le verdict à des criminels, Goscinny tourne en dérision l'apparence de légalité dont le pouvoir de Jamon aime à se draper, et signe l'une de ces scènes de satire pure qui feront la marque de la série. L'humour naît ici moins du gag isolé que d'une situation absurde poussée jusqu'au bout de sa logique.
Le style scelle la rencontre de deux talents complémentaires. Le dessin de Morris, nerveux et caricatural, hérité de la grande école graphique de Marcinelle, donne aux crapules des trognes inoubliables et confère au moindre mouvement une énergie burlesque. Le scénario de Goscinny apporte ce qui manquait parfois aux premiers albums que Morris écrivait et dessinait seul : une charpente narrative solide, un rythme de gags mieux dosé, et ce goût de la caricature historique qui deviendra une signature. Jolly Jumper, monture au regard désabusé, sert de contrepoint comique discret sans jamais voler la vedette.
Les thèmes, eux, dépassent le simple divertissement. Derrière la parodie de western se lisent l'exploitation économique, le racket organisé, la justice dévoyée, et surtout cette peur qui pousse une communauté entière à se soumettre tant qu'un individu ne lui a pas rendu sa dignité. L'album fait de la lâcheté collective son vrai sujet, et du réveil des consciences sa véritable péripétie, bien plus que les duels au pistolet.
Notre verdict«Lucky Luke contre Joss Jamon» n'est pas le sommet absolu de la série, mais c'est une étape décisive et un plaisir de lecture qui n'a guère vieilli. On y voit Goscinny poser les fondations de tout ce qui fera la gloire du cow-boy solitaire : la satire discrète, le sens du rythme et le goût des figures secondaires savoureuses. La fable politique, une ville confisquée par un tyran de pacotille puis rendue à elle-même par le courage retrouvé de ses habitants, garde une portée universelle qui déborde largement le cadre du western. Servi par un Morris en pleine verve graphique, l'album se lit d'une traite et se relit sans lassitude. Une réussite fondatrice, à recommander autant aux enfants pour l'aventure qu'aux adultes pour son arrière-plan mordant.
Points forts
- Une charpente de fableL'album ne se contente pas d'aligner des gags: il déploie une allégorie en plusieurs actes (contraste moral, prise de pouvoir, libération) qui donne au western une portée politique presque universelle, celle de la tyrannie et de la résistance civique.
- Le procès des hors-la-loiLa scène du jury constitué de bandits légendaires est un sommet de satire. En confiant le verdict à des criminels, Goscinny ridiculise l'apparence de légalité dont se pare le pouvoir de Jamon, avec une efficacité comique restée intacte.
- La verve graphique de MorrisLe trait caricatural sculpte des silhouettes de crapules mémorables et injecte une énergie burlesque dans chaque case. La truculence des visages fait à elle seule une bonne part de la comédie.
- Naissance d'un grand duoOn assiste ici à la mise en place du tandem Goscinny-Morris qui portera la série à son âge d'or. Le rythme, l'ironie et le sens du personnage secondaire y trouvent déjà leur forme.
Réserves
- Un manichéisme assuméL'opposition entre le héros vertueux et le profiteur veule est tracée au cordeau. Les personnages restent des archétypes fonctionnels, sans les nuances que la série cultivera plus tard, ce qui rend certaines péripéties prévisibles.
- Un humour encore en rodageComparé aux réussites ultérieures (l'ère des Dalton ou les grandes parodies historiques), le tissu de gags est moins dense et moins ciselé. On sent une œuvre de transition, où la formule se cherche encore par endroits.
- Un dénouement expédiéLe réveil du courage collectif et la chute de Jamon se règlent assez vite, dans la manière un peu lisse de la fable. La résolution privilégie la clarté du message à la tension dramatique, et l'on aurait aimé sentir une résistance plus âprement disputée.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce classique s'adresse à un très large public, à commencer par les lecteurs, jeunes ou adultes, qui aiment retrouver Lucky Luke dans une aventure enlevée. Les enfants y goûteront l'action, le cow-boy justicier et les méchants hauts en couleur ; les adultes savoureront la satire de la tyrannie, du racket et de la justice truquée. C'est aussi une lecture précieuse pour les amateurs de bande dessinée franco-belge curieux des origines : l'album donne à saisir le moment précis où la série bascule de l'ère Morris en solo vers l'ère Goscinny, matrice de presque tout ce qui suivra. Les amateurs de parodie de western et de fable morale légère y trouveront enfin un objet à la fois divertissant et signifiant.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Lucky Luke, tome 11Lucky Luke contre Joss Jamon | Dupuis | Autre · 46 p. · Français | 978-2-8001-1451-4 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.