De quoi parle ce livre ?
Soixante-dix-neuvième tome de la série, ce volume rassemble les chapitres 786 à 795, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et pousse l'arc Dressrosa dans sa dernière ligne droite. L'essentiel des planches revient au duel à mort qui oppose Luffy à Doflamingo, dans un royaume que la cage à oiseaux resserre chapitre après chapitre. Un compte à rebours de quelques minutes court d'une page à l'autre, tandis que Gatz, micro en main, commente l'affrontement devant une population suspendue à son issue. Luffy se bat sous le nom de scène qu'il s'était donné pour le Colisée, Lucy, qui titre à la fois le chapitre 789 et le volume. Les derniers chapitres élargissent le cadre au-delà du combat : l'amiral Fujitora et le grand amiral Sakazuki entrent en scène, et Sabo se voit confier un chapitre entier, L'aventure de Sabo. Après une longue tragédie, le dénouement de Dressrosa se rapproche, sans que ce tome le livre encore.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Quatre minutes avant que la cage ne se referme
Un tome de manga se juge à la fonction qu'il occupe dans l'arc qui le porte. Celui-ci est un tome de sommet : dix chapitres, un duel qui en occupe la plus grande part, un temps raconté qui tient en quelques minutes. Tout Dressrosa, ouvert une dizaine de volumes plus tôt, converge vers cet affrontement, et Eiichirō Oda mise sans réserve sur cette convergence, quitte à priver son lecteur de presque tout ce qui fait d'ordinaire le sel d'un volume de One Piece : les escales, les gags d'équipage, les visages nouveaux. Reste la question que pose tout climax débité en tomes reliés : celui-ci tient-il debout comme objet de lecture, ou n'est-il que la première moitié d'un mouvement dont le suivant portera la retombée ?
Le premier parti pris du volume est le chronomètre. Le titre du chapitre 787, Encore quatre minutes, fixe une échéance dont le lecteur ne se défait plus : la cage à oiseaux se resserre sur le royaume, et chaque page consomme un temps compté. Oda pratique la contrainte horaire depuis longtemps, mais il la porte ici à un degré rare, en dilatant quelques minutes sur la presque totalité d'un tome. Le procédé relève de la nécessité industrielle autant que du calcul dramatique : une série hebdomadaire ne résout pas en trois planches ce qu'elle a mis dix volumes à nouer. L'effet obtenu tient moins de l'étirement que de la pression : on lit vite parce que l'horloge l'exige, et le volume se traverse d'un trait.
Le deuxième parti pris est le commentateur. Gatz, qui donne son titre au chapitre d'ouverture, tient l'emploi du chœur antique : micro en main, il nomme les coups, relance la foule et fait d'un règlement de comptes un événement public. Le dispositif est risqué, puisqu'il redit en mots ce que les cases montrent déjà. Il se justifie par la logique même de Dressrosa, royaume bâti sur le spectacle et le mensonge, dont l'arc entier a pris la forme d'un tournoi. Que Luffy se batte sous son pseudonyme de gladiateur, et que ce nom d'emprunt, Lucy, titre le chapitre 789 comme le volume, achève de nouer le motif du masque qui court dans tout l'arc.
Graphiquement, Oda travaille dans le registre qu'il réserve aux affrontements majeurs. Le noir et blanc se densifie : trames de vitesse, noirs pleins, onomatopées qui débordent des cases, décors ramenés à des masses de gravats dont le chapitre 791, Dans les décombres, fait presque un motif. Le découpage alterne des suites de cases resserrées, quasi haletantes, et des pleines pages qui immobilisent l'action sur une posture. Le sens de lecture japonais, respecté par le tome relié de Glénat, sert cette respiration : l'œil bascule de droite à gauche au rythme des impacts. Les visages, chez Doflamingo surtout, poussent l'expression jusqu'à la grimace, contrepoint grotesque à la solennité de l'enjeu.
Le dernier tiers rouvre le champ. Prosternation, Tigre et chien, L'aventure de Sabo : ces chapitres s'écartent du combat pour rappeler que Dressrosa engage bien autre chose qu'une vengeance privée. La Marine y reprend pied avec l'amiral Fujitora et le grand amiral Sakazuki, les Révolutionnaires avec Sabo, à qui Oda accorde un chapitre entier. Le déport a son coût, il fragmente le sommet au moment où il culmine, mais il évite au volume de se réduire à une suite de coups et installe ce qui pèsera sur la suite du récit.
Notre verdictVolume de sommet plus que de récit, ce soixante-dix-neuvième tome fait ce que doit faire un volume placé au point culminant de son arc : concentrer, resserrer, tenir la pression jusqu'au bord de la rupture. Oda y déploie un sens du tempo et un découpage de combat qui n'ont plus à faire leurs preuves, et compense l'étroitesse du sujet par un dernier tiers qui rouvre l'horizon politique de la série. On peut lui reprocher sa dilatation temporelle et la redondance du commentaire de Gatz, rançons connues de la prépublication hebdomadaire. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit conçue pour être lue dans la continuité, il remplit son office avec une efficacité certaine, à condition d'accepter qu'il ne conclut rien et laisse à son successeur le soin de faire retomber la tension.
Points forts
- Un compte à rebours qui tient le volume entierL'échéance de la cage à oiseaux donne au tome une unité rare: chaque chapitre avance l'horloge, chaque page grève un capital de temps partagé par les personnages et par le lecteur. Le dispositif remplace avantageusement les relances artificielles dont s'encombrent souvent les combats longs.
- Le duel comme spectacle, et le spectacle comme sujetLe commentaire de Gatz au micro et le pseudonyme de gladiateur qui titre le volume font converger la forme et le thème. Dressrosa était un royaume de faux-semblants et de mise en scène: que le duel décisif s'y joue devant un public, sous un nom d'emprunt, relève de la cohérence et non de l'effet.
- Un découpage taillé pour le chocCases resserrées et grandes compositions alternées, trames de vitesse, onomatopées débordantes, décors en ruine qui donnent au noir et blanc une texture de gravats: la conduite du combat reste lisible page après page malgré la densité de l'ensemble.
- Un dernier tiers qui rouvre le mondeL'entrée en scène de Fujitora et de Sakazuki, puis le chapitre confié à Sabo, rappellent que l'issue de Dressrosa aura des conséquences dépassant largement le sort de deux combattants. Le volume échappe ainsi au huis clos et amorce le mouvement suivant.
Réserves
- Une dilatation temporelle qui frôle le sur-placeÉtaler quelques minutes sur presque tout un tome relève d'abord de l'économie de l'hebdomadaire, et seulement ensuite du parti pris. Le lecteur qui enchaîne les volumes reliés éprouvera par moments la répétition des échanges de coups et des sursauts de la foule.
- Un commentaire redondant avec l'imageGatz explicite fréquemment ce que la planche donne déjà à voir. L'emploi de chœur se paie en surcharge de texte, et certaines cases se retrouvent soulignées deux fois, par le dessin puis par la bulle.
- Un tome qui ne referme rienCe volume est une fraction de récit et l'assume: il n'expose pas, il ne conclut pas, il porte la tension à son point de rupture et laisse au suivant le soin de la faire retomber. Lu isolément, il n'a ni commencement ni fin.
À qui s’adresse ce livre ?
Le tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série et abordent Dressrosa dans sa dernière ligne droite : sans les volumes précédents, ni le duel, ni les enjeux, ni l'irruption de Sabo ne signifient grand-chose. Il comblera les amateurs de longs affrontements dessinés, ceux qui apprécient chez Oda l'art de faire durer une seconde sur une pleine page et de rendre lisible un chaos de gravats. Les lecteurs venus à One Piece pour les traversées, les gags d'équipage ou la découverte d'îles nouvelles y trouveront moins leur compte, le volume étant presque tout entier consacré à un combat. Lectorat shonen classique, adolescent et adulte, sans obstacle particulier hormis une violence appuyée mais stylisée. Mieux vaut enfin disposer du tome suivant : pris seul, celui-ci laisse délibérément son lecteur en suspens.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.