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MangaLangue d’origine : Japonais

Luffy versus la bande à Baggy !!

Première publication
2000
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Deuxième tome de la série, il regroupe les chapitres 9 à 17 et poursuit sans transition l'arc de la ville d'Orange, ouvert dans les dernières pages du volume précédent. Luffy, qui vient à peine de faire la connaissance d'une voleuse, se retrouve pris dans un marché qu'il n'a pas négocié : Nami, qui répète détester les pirates, a dérobé une carte du trésor à Baggy le clown et livre le garçon au chapeau de paille pour négocier un accord. L'irruption de Zoro renverse la table, mais le capitaine ennemi se relève en morceaux : un fruit du démon lui permet de se fragmenter à volonté, avantage contre lequel une lame ne peut pas grand-chose, et le sabreur en sort blessé. Le récit s'installe ensuite dans la ville, tenue par l'équipage du clown. Luffy y croise Chouchou, petit chien qui monte la garde devant un magasin, puis Morge le dresseur et son lion Richie ; le maire Boodle, lui, décide d'aller se battre seul alors que le canon de Baggy est braqué sur la ville, et Luffy l'en empêche. Les derniers chapitres lancent l'assaut : Zoro vient à bout de l'acrobate Cabaji, Nami s'empare du trésor, et Baggy, face à Luffy, laisse tomber un nom que celui-ci connaît mieux que personne.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le clown en morceaux, le chien qui ne cède pas

Deuxième volume de la série paru chez Glénat, en novembre 2000, ce tome ne commence rien et ne conclut rien : il saisit l'arc de la ville d'Orange en pleine course, à l'endroit exact où le premier l'avait laissé, et le mène jusqu'au seuil de sa résolution. C'est la définition même du tome relié de shonen hebdomadaire, et c'est aussi ce qui le rend intéressant à juger : en neuf chapitres, on voit Eiichirō Oda faire tenir ensemble la pitrerie et la menace, le gag et le deuil, sans que l'un désamorce l'autre.

Le tome se découpe en trois mouvements nettement séparés, et c'est sa réussite principale. Le premier, très resserré, se joue presque en vase clos : la trahison de Nami, la cage, l'arrivée de Zoro qui tranche Baggy et croit en avoir fini. Oda y installe une mécanique qu'il réutilisera pendant des décennies, celle du pouvoir posé comme une énigme plutôt que comme une puissance brute. Le fruit du démon de Baggy ne rend pas le clown plus fort que le sabreur : il rend le sabre inutile. La question du combat se déplace vers la ruse, et le récit se voit contraint d'inventer autre chose que la surenchère. Le deuxième mouvement ralentit franchement et sort à l'air libre, dans une ville tenue par l'équipage du clown, avec la parenthèse sentimentale du volume. Le troisième relance la machine et referme le tome sur l'assaut : Zoro règle son compte à Cabaji, Nami emporte le trésor, et le duel principal reste ouvert.

Ce rythme en accordéon porte la marque de la prépublication dans le Weekly Shonen Jump : chaque chapitre doit s'ouvrir vite et se refermer sur une image qui donne envie de la semaine suivante, et le tome relié conserve ces coups d'accélérateur tous les vingt pages. Lu d'une traite, l'effet est paradoxalement favorable, parce que les respirations tombent juste. La séquence du chien dure exactement le temps qu'il faut : un animal qui refuse de quitter son poste, un magasin qu'on incendie devant lui, et une colère de Luffy qui n'a plus rien de comique. C'est là que le volume cesse d'être une farce et se donne son vrai régime, l'humour en surface et la perte comme moteur.

Le dessin est encore celui d'un auteur jeune, mais il sait déjà ce qu'il veut. Les adversaires sont conçus pour être identifiés en une case : le nez rouge de Baggy, Morge et sa monture à crinière, Cabaji et ses acrobaties. Les planches en noir et blanc privilégient les diagonales et les gros plans d'expression, et les onomatopées y occupent l'espace comme des éléments graphiques à part entière. En regard, les décors restent sommaires et le trait, plus rond et moins assuré, n'a pas la densité que la série atteindra plus tard. Une précision d'édition, enfin, pour qui chercherait ce volume d'occasion : les premiers tomes français ont d'abord paru dans le sens de lecture occidental, Glénat n'étant passé au sens de lecture japonais qu'au seizième tome, avant de rééditer les quinze précédents en conséquence.

Dramatiquement, le tome avance surtout par ses adultes. Boodle, vieil homme sans force ni équipage, veut mourir pour une cause qu'il croit juste, et la manière dont Luffy l'en empêche, en le frappant plutôt qu'en le consolant, dit beaucoup du code moral que le récit se donne : personne ne paie à la place d'un autre. Nami, elle, reste une variable : son refus des pirates est posé, jamais expliqué, et le volume s'en sert comme d'un ressort de suspense. Quant à la place de ce tome dans l'arc, elle est nette. Il en contient le cœur, en abandonne le dénouement au suivant, et rouvre, par une simple réplique de Baggy, le fil laissé en suspens dès le premier chapitre de la série.

Notre verdictExcellent tome de milieu d'arc, à condition de l'accepter pour ce qu'il est : une fraction de récit découpée par un hebdomadaire, qui laisse son duel principal en suspens. À l'intérieur de cette contrainte, il fait presque tout juste. Il offre à la série l'un de ses premiers vrais coups d'émotion, il pose une grammaire des pouvoirs qui tiendra des centaines de chapitres, il impose une galerie d'adversaires immédiatement mémorables, et il ose ralentir pour un chien avant de tout accélérer. Le dessin n'a pas encore l'ampleur des volumes suivants et Nami attend son heure, mais l'énergie et le sens du timing sont déjà là. Un des tomes où l'on voit un auteur trouver son ton.

Points forts

  • Un montage qui change trois fois de régime sans décrocherVase clos, parenthèse mélancolique, puis assaut: les trois blocs n'ont ni la même vitesse ni la même tonalité, et la lecture ne faiblit pourtant jamais. Oda place ses ruptures aux bons endroits et coupe une scène une case avant qu'elle ne s'épuise.
  • La séquence de Chouchou, le coup d'émotion du volumeEn quelques planches, le manga fait tenir une histoire d'attachement et de perte, puis la convertit en colère. C'est le passage qui fait basculer le tome de la farce pirate vers autre chose, et il tient encore la relecture un quart de siècle plus tard.
  • Un pouvoir qui pose un problème, des adversaires lisibles en une caseBaggy le clown, Morge le dresseur, son lion Richie et Cabaji l'acrobate forment une petite troupe de cirque parfaitement identifiable: à chacun sa silhouette, son arme et son gag. Surtout, la fragmentation du clown n'oppose pas un mur de puissance mais une contradiction à résoudre, ce qui rend les combats faciles à suivre et amusants à anticiper.

Réserves

  • Un volume qui se referme au milieu du duel principalZoro en termine bien avec Cabaji, mais l'affrontement entre Luffy et Baggy s'arrête en cours de route. C'est la loi du format et le tome l'assume plutôt bien, mais qui lit à l'unité restera avec un arc coupé en deux et devra enchaîner sur le volume suivant.
  • Un trait encore inégalLes personnages sont déjà nets, les décors beaucoup moins, et certaines anatomies en mouvement flottent. Le lecteur venu des grands arcs postérieurs verra un auteur en chantier, qui a trouvé ses silhouettes avant de trouver ses espaces.
  • Nami réduite à sa fonctionSa haine des pirates est répétée comme un mot de passe, sans que le tome lui accorde la moindre profondeur. Elle sert de moteur à la trahison, puis de main pour vider un coffre: de quoi faire tourner la mécanique, pas de quoi exister.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord à qui découvre One Piece dans l'ordre et vient de refermer le premier volume : il ne se lit pas seul et suppose connue la rencontre entre Luffy et Nami. Il conviendra aussi aux lecteurs adolescents que le mélange de burlesque et de violence franche ne rebute pas, et aux adultes curieux de voir se fixer, presque en direct, les règles d'un récit devenu un monument du manga. Ceux qui connaissent la série par l'animation ou par ses arcs tardifs y trouveront un intérêt d'archéologie : beaucoup de ce qui fera la suite est déjà là, en plus rugueux. En revanche, qui cherche un récit complet en un seul volume, ou un dessin abouti, fera mieux d'entrer dans la série plus loin, ou de lire ces premiers tomes en bloc.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.