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MangaLangue d’origine : Japonais

Ma bible

Première publication
2021
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Le long retour en arrière consacré à Oden refermé, le récit retrouve le temps présent, à la veille de l'assaut. Au port de Tokage, l'alliance des samouraïs, des ninjas, des minks et des pirates rejoint les Neuf Fourreaux Rouges : les manœuvres d'Orochi et de Kanjuro ont été déjouées, mais le traître file vers Onigashima en emmenant Momonosuké. Jinbe, attendu de longue date, débarque à son tour au pays des Wa et rejoint enfin l'équipage au Chapeau de paille. L'essentiel du tome tient dans l'infiltration. Les conjurés approchent de la forteresse et se fondent parmi les convives du banquet, pendant que Kaido convoque les Tobi Roppo, les cadres de l'équipage aux Cent Bêtes, pour une affaire de famille. La discrétion ne tient qu'un temps : deux silhouettes trop reconnaissables se font remarquer dans le château, et la fête bascule dans la bagarre ouverte. Big Mom fait irruption à son tour, Kanjuro conduit son otage jusqu'au trône, et le volume se referme sur la rencontre entre Luffy et Yamato, l'enfant de Kaido, qui a fait du journal d'Oden sa bible.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Au seuil d'Onigashima : dix chapitres pour armer la bataille

Paru chez Glénat le 6 janvier 2021, ce quatre-vingt-dix-septième tome réunit les chapitres 975 à 984 prépubliés dans le Weekly Shonen Jump et referme la parenthèse historique qui occupait les volumes précédents. On quitte le passé d'Oden pour retomber dans le présent, à l'instant précis où l'alliance met le cap sur Onigashima. Volume de bascule, donc, tout entier occupé par le passage d'un état à un autre : de la conspiration au raid, du chuchotement au fracas. Oda y assume une fonction très identifiable dans l'architecture de l'arc du Pays des Wa, celle de la mise en place, et il la tient avec un sens du tempo qui rend la lecture nerveuse alors que presque rien n'est encore tranché.

Le découpage suit une courbe nette. Les deux premiers chapitres liquident la logistique : regroupement au port de Tokage, manœuvres adverses déjouées, fuite de Kanjuro avec son otage, arrivée de Jinbe. Oda expédie en quelques planches ce qu'un feuilleton moins sûr de lui aurait étiré, et la révélation différée, son procédé favori, sert ici à relancer plutôt qu'à pavoiser. Les chapitres suivants ralentissent délibérément le pouls : l'infiltration se joue en plans larges, en silhouettes déguisées, en déplacements au ras du sol qui font sentir l'échelle de la forteresse. Puis le chapitre 980 fait tout basculer, et le volume ne redescend plus.

Le montage alterné est ce que le tome a de plus abouti. Oda tresse quatre fils sans jamais laisser retomber la tension : les conjurés qui avancent masqués, Kaido qui réunit ses cadres dans une scène de cour où l'affaire d'État tourne à l'affaire de famille, Kanjuro qui remonte vers l'île avec Momonosuké, Marco qui écarte au large les renforts de Big Mom avant de mettre lui-même le cap sur Onigashima. Chaque coupe tombe à l'instant où la scène quittée devient inconfortable. Le lecteur du tome relié enchaîne ces dix chapitres d'affilée, ce qui accentue encore la compression : le suspense hebdomadaire se change en montée continue d'une demi-heure.

Graphiquement, le décor est d'une générosité rare. Le banquet autorise Oda à saturer ses planches en noir et blanc de lanternes, de masques d'ogres et de corps entassés, avec ces foules dessinées jusqu'au dernier rang qui restent l'une de ses signatures. L'iconographie du démon japonais irrigue tout, des cornes de Kaido aux ornements du dôme, et donne à l'île une identité visuelle immédiate. Le sens de lecture japonais est exploité avec malice : les révélations sont posées en bas à gauche, à l'endroit exact où l'œil arrive en dernier. Le tome ouvre par ailleurs une galerie d'antagonistes, les Tobi Roppo, présentés à la manière d'un tableau d'affiche, une silhouette et une bizarrerie de caractère par tête. Le procédé est mécanique, mais il installe en un chapitre un vivier d'adversaires pour les volumes à venir.

Dramaturgiquement, le volume est un sas. Il ne conclut aucune ligne, il les arme toutes. Le dernier chapitre, qui donne son titre au tome, illustre à merveille la façon dont se termine un tankobon de shonen au long cours : sur une rencontre qui redistribue les enjeux au moment même où l'on referme la couverture, et sur un objet, un journal, qui tient lieu de programme. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit taillée dans un feuilleton, le volume remplit son contrat avec une netteté peu commune.

Notre verdictTome de mise en place assumé, ce quatre-vingt-dix-septième volume compte aussi parmi les mieux rythmés de la période. Oda y règle un problème difficile, celui du redémarrage après un long retour en arrière, en faisant de la transition elle-même une matière dramatique : on passe du chuchotement au fracas sans jamais sentir de temps mort. Le montage alterné est virtuose, les planches de banquet comptent parmi les plus denses de l'arc, et l'entrée des cadres adverses donne enfin un visage à l'opposition. Restent une pirouette scénaristique un peu facile en ouverture et une incapacité complète à se suffire à lui-même, moins un défaut qu'une conséquence de sa nature de fragment. À sa place dans l'arc, c'est un volume tendu, qui fait exactement ce qu'on lui demande : allumer la mèche et s'arrêter juste avant l'explosion.

Points forts

  • Un basculement placé au millimètreLe passage de l'infiltration silencieuse à la bagarre ouverte tombe au mitan du volume, et Oda le fait naître d'un détail concret, deux silhouettes trop voyantes au milieu de la fête, plutôt que d'un coup de théâtre plaqué. Tout ce qui précède prend rétroactivement des allures de compte à rebours.
  • Un montage alterné qui ne perd jamais le filQuatre lignes narratives courent en parallèle et chaque coupe intervient au meilleur moment. Lu d'une traite dans le tome relié, l'ensemble produit une accélération continue que la prépublication hebdomadaire ne pouvait pas donner.
  • Des planches de foule somptueusesLe banquet de Kaido offre à Oda son terrain idéal: lanternes, masques d'ogres, corps entassés jusqu'au fond de la case. Le noir et blanc y gagne une densité rare, et l'île acquiert en quelques pages une identité graphique qu'on n'oublie plus.
  • Une recrue actée sans tour d'honneurAprès une si longue attente, l'arrivée de Jinbe dans l'équipage au Chapeau de paille tient en un chapitre, celui de ses présentations, et le récit enchaîne aussitôt sur l'assaut. Ce refus d'étirer l'événement lui donne plus de force qu'une célébration en règle.

Réserves

  • Un retournement expliqué après coupLe contre-piège qui sauve l'alliance est exposé une fois le danger écarté, à partir d'éléments que le lecteur n'avait pas en main quand il aurait pu les assembler. Le procédé fonctionne, mais il ressemble à un tour de passe-passe joué pour effacer le suspense du tome précédent.
  • Un volume qui ne referme rienAucune ligne n'aboutit ici. Lu isolément, le tome peut frustrer: il installe, il distribue, il arme, puis il s'arrête sur un seuil. C'est sa fonction assumée dans l'arc, mais elle le rend entièrement dépendant de ses voisins immédiats.
  • Une surpopulation qui pèseEntre les cadres de l'équipage aux Cent Bêtes, les samouraïs, les minks et les pirates alliés, le nombre de noms lancés en dix chapitres est considérable. Le lecteur distrait, ou celui qui reprend la série après une pause, aura besoin des pages de rappel.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord au lecteur déjà installé dans l'arc du Pays des Wa, celui qui a traversé le retour en arrière sur Oden et attend l'assaut promis depuis une dizaine de volumes : il y trouvera la récompense de sa patience. Il conviendra particulièrement à qui aime les récits de casse et d'infiltration, puisque la moitié du volume tient dans une progression clandestine en territoire ennemi. En revanche, il ne constitue en aucun cas une porte d'entrée dans la série : le nombre de personnages, la densité des enjeux politiques et l'appui permanent sur les tomes antérieurs le rendent illisible pour un néophyte. Les amateurs de combats longs et détaillés patienteront encore un peu, l'essentiel des affrontements n'étant ici qu'amorcé.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.