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Couverture de Lucky Luke, tome 11

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Ma Dalton

Première publication
1971
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Ma Dalton est un album de la serie de bande dessinee Lucky Luke, ecrit par Rene Goscinny et dessine par Morris, publie en album en 1971 apres une prepublication dans le journal Pilote. L'histoire introduit la mere des quatre freres Dalton (Joe, Jack, William et Averell), une petite vieille dame a l'allure inoffensive installee dans une modeste maison de l'Ouest. Sous ses airs de paisible grand-mere, elle mene en realite une vie de hors-la-loi et se livre elle-meme a des attaques a main armee, notamment contre la banque locale. Parallelement, ses quatre fils s'evadent du penitencier pour la rejoindre, ce qui amene Lucky Luke a se mesurer autant a la mere qu'aux fils. Le recit repose sur le contraste comique entre l'apparence attendrissante de la vieille dame et son activite criminelle, ainsi que sur la relation privilegiee qu'elle entretient avec Averell, son fils prefere.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Ma Dalton : la tendresse féroce d'une mère hors-la-loi

Publiée en album en 1971 (après une pré-publication dans les pages de Pilote), cette aventure de Lucky Luke porte au scénario la signature de René Goscinny. La créditer à lui seul serait pourtant injuste : la série est née en 1946 sous le crayon de Morris, qui la dessine ici comme depuis l'origine. L'album repose sur un renversement savoureux. La mère des quatre Dalton, ces bandits au front bas et à la bêtise proverbiale que le lecteur connaît déjà, apparaît d'abord sous les traits d'une petite vieille inoffensive, avant de se révéler la plus coriace et la plus redoutable de la tribu. Derrière le gag se love une mécanique satirique : celle qui déboulonne l'image sacrée de la mère de famille pour en faire une braqueuse sans remords, digne des matriarches du crime que le cinéma américain avait mises à la mode. Voilà ce qui mérite qu'on s'y arrête.

La force de l'album tient à son idée maîtresse, exploitée avec méthode. Goscinny bâtit tout sur un contraste : la douceur affichée d'une grand-mère (le châle, le chignon, la voix mielleuse, le rocking-chair) et la brutalité d'une hors-la-loi qui manie le fusil mieux que ses quatre fils réunis. Chaque séquence rejoue cet écart, jusqu'à ce que la tendresse maternelle se change elle-même en menace. Le comique naît de la répétition et de l'inversion des rôles : ce sont les redoutables Dalton qui tremblent devant leur mère, et Joe, l'aîné teigneux, retrouve en sa présence sa condition de petit garçon grondé. Le ressort est d'autant plus efficace qu'il joue sur une figure archétypale, la mère du gangster que le cinéma hollywoodien avait érigée en légende (la fameuse Ma Barker), ici retournée en pure farce.

Le dessin de Morris épouse à merveille cette économie. Son trait, clair et nerveux, hérité de la veine dynamique de l'école dite de Marcinelle, dit tout d'un personnage par sa seule silhouette : les quatre Dalton alignés en escalier selon leur taille, Averell le benêt toujours affamé, Ma Dalton menue mais plantée sur ses deux jambes comme un roc. La mise en scène western (la petite ville, la banque, le saloon, le duel de rue) fonctionne autant comme décor que comme parodie affectueuse du genre. Goscinny y déploie son art du dialogue et de l'anachronisme, cette manière de faire parler le Far West avec les tics et les manies de son époque, qui installe un second niveau de lecture pour l'adulte par-dessus le comique visuel destiné à l'enfant.

Sur le fond, l'album creuse un thème récurrent de la série : la famille comme cocon et comme carcan. Les Dalton ne sont pas de vrais méchants, plutôt de grands enfants incapables de se passer d'une autorité, et Ma Dalton incarne cette autorité poussée jusqu'à la caricature, à la fois adorée et redoutée. Lucky Luke, le cavalier solitaire sans attache ni famille, observe ce nœud domestique avec le flegme qui le caractérise, spectateur amusé plus que justicier expéditif : son détachement souligne, par contraste, la dépendance affective qui ligote les bandits. Reste que la construction, comme souvent chez le tandem, privilégie l'enchaînement de saynètes à la tension d'une intrigue tenue de bout en bout, ce qui fait la vivacité du récit autant que sa principale limite.

Notre verdictMa Dalton n'est sans doute pas le sommet absolu de la série (les grands albums historiques ou les affrontements avec les figures légendaires du Far West gardent une longueur d'avance), mais c'est un très bon cru, porté par une idée irrésistible. Le renversement de la figure maternelle, mené avec la précision d'horloger de Goscinny et servi par le trait vif de Morris, procure un plaisir de lecture intact plus d'un demi-siècle après sa parution. On rit, on retrouve ses personnages favoris, on admire un artisanat qui ne force jamais. Il manque à l'album l'ampleur narrative et la pointe de mélancolie des chefs-d'œuvre de la collection, mais il remplit son contrat de comédie avec un brio qui n'a pas pris une ride. Une valeur sûre, à mettre entre toutes les mains.

Points forts

  • Un renversement comique imparableL'idée de faire de la mère Dalton la plus dangereuse de la bande est simple, mais Goscinny en tire toutes les conséquences: la figure maternelle, censée protéger, devient source de terreur, et le rire jaillit de ce sacrilège tendre, sans cesse relancé d'une case à l'autre.
  • Le duo Morris-Goscinny au diapasonLe trait expressif de Morris et le sens du dialogue de Goscinny se répondent sans temps mort: le dessin porte le gag visuel, le texte porte l'ironie, et l'ensemble avance à un rythme d'une lisibilité exemplaire.
  • Une galerie de silhouettes mémorablesLes quatre Dalton, dont Averell et son éternel 'Quand est-ce qu'on mange?', offrent un contrepoint parfait à la petite tyrannie de leur mère. Chaque personnage est identifiable au premier coup d'œil, ressort comique compris.

Réserves

  • Une intrigue en guirlande de gagsComme souvent chez le tandem, l'histoire tient davantage de l'enfilade de saynètes que de la construction serrée. On savoure les moments, mais la tension narrative reste ténue, sans véritable enjeu dramatique soutenu de bout en bout.
  • Une trouvaille laissée en jachèreMa Dalton est une invention si riche qu'on regrette de la voir se cantonner pour l'essentiel à ce seul album. Le potentiel de la mère hors-la-loi, à peine entrevu, aurait mérité de plus amples développements pour s'épanouir vraiment.
  • Un humour très baliséLe lecteur habitué de la série anticipera nombre de ressorts (la peur de Joe, la faim d'Averell, le flegme de Luke). L'album confirme la recette éprouvée plus qu'il ne la renouvelle.

À qui s’adresse ce livre ?

Ma Dalton s'adresse d'abord au large public familial qui est celui de Lucky Luke : les enfants, dès sept ou huit ans, y trouveront un récit lisible, drôle et sans violence réelle malgré les fusils, tandis que les adultes goûteront la satire du western et le mordant des dialogues. C'est aussi une excellente porte d'entrée pour qui découvre les Dalton, puisque l'album éclaire d'un jour neuf ces personnages récurrents en remontant à leur matrice commune, leur mère. Les amateurs de bande dessinée classique franco-belge y apprécieront le savoir-faire d'un tandem au faîte de son art. En revanche, le lecteur en quête d'une intrigue complexe ou d'un propos plus sombre passera son chemin : on est ici dans la comédie pure, le divertissement de qualité plutôt que dans l'œuvre à thèse.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Lucky Luke, tome 11Ma DaltonDargaudRelié · 46 p. · Français978-2-88471-006-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.