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Couverture de Madeleine

Jeunesse

Madeleine

Première publication
1939
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Madeline (souvent traduit en francais par Madeleine) est un album illustre pour la jeunesse ecrit et illustre par Ludwig Bemelmans, publie en 1939 (et non en 1920 comme l'indiquent les metadonnees, erronees sur ce point). Ecrit en vers rimes, le recit se deroule a Paris. Il met en scene douze petites filles pensionnaires vivant, en rangs par deux, dans une vieille maison couverte de vigne, sous la garde de Mademoiselle Clavel. La plus petite, Madeline, se distingue par son audace. Une nuit, Mademoiselle Clavel pressent qu'un evenement anormal se produit: Madeline, souffrante, est conduite a l'hopital et operee de l'appendicite. Lors de leur visite, ses camarades decouvrent sa cicatrice et les cadeaux recus, au point de reclamer a leur tour la meme operation. Premier titre d'une serie qui comptera plusieurs suites (dont Madeline's Rescue, 1953), l'ouvrage aborde sur un mode enfantin le courage, la vie collective en internat et l'experience de la maladie. Sa construction repose sur un decor parisien et sur une trame repetitive caracteristique de l'album jeunesse.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Madeleine de Ludwig Bemelmans: la plus petite et la plus brave

Publiée en 1939 (et non en 1920, comme le prétendent des métadonnées fautives), Madeleine ouvre une série devenue l'un des classiques absolus de l'album jeunesse. Ludwig Bemelmans, peintre et écrivain né à Meran, dans l'Empire austro-hongrois, puis émigré aux États-Unis à l'adolescence, y invente une héroïne minuscule et indocile qui a traversé le vingtième siècle sans une ride. Tout l'intérêt du livre tient dans un paradoxe: comment un texte aussi bref, coulé dans des vers d'une simplicité de comptine, et des aquarelles aussi délibérément gauches ont-ils pu fonder un mythe aussi tenace de l'enfance parisienne? La réponse se loge dans cette économie de moyens, où chaque mot et chaque tache de couleur portent leur poids.

La construction repose sur un cadre incantatoire, posé dès la première page: dans une vieille maison de Paris couverte de vigne vivaient douze petites filles sur deux rangs bien droits. Ce refrain, repris à l'ouverture et à la clôture, enferme le récit dans une ronde rassurante que scelle le vers final, une façon de dire que l'histoire est finie et qu'il n'y a rien de plus. Entre les deux, Bemelmans installe un rituel réglé comme un métronome (les repas, le brossage des dents, la promenade en file, le sourire au bien et la grimace au mal), puis fait surgir la rupture: une nuit, Mademoiselle Clavel allume la lumière, court, et pressent que quelque chose ne va pas. Madeleine, prise d'une crise d'appendicite, part à l'hôpital, se fait opérer et revient auréolée de sa cicatrice et de ses cadeaux, au point que les onze autres réclament la même opération. Le dispositif se referme alors sur un second réveil nocturne, écho exact du premier: ce dédoublement, où l'alarme se répète mais bascule dans le comique, donne à ce mince incident la perfection d'un conte.

Le style tient dans un équilibre rare entre le texte et l'image. Le vers, court et rimé, avance par distiques et quatrains qui impriment un rythme de comptine, presque de berceuse, taillé pour la lecture à voix haute et la reprise. Le texte se garde de tout commentaire psychologique: il énonce, il compte, il nomme, et laisse à l'illustration le soin de porter l'émotion. C'est là qu'intervient la trouvaille la plus fine du livre, sa dramaturgie visuelle. Bemelmans alterne des doubles pages en couleurs, où un Paris de carte postale réinventé déroule Notre-Dame, la tour Eiffel, le jardin du Luxembourg, la place Vendôme, l'Opéra et le Sacré-Cœur, et des planches au trait, réduites à un jaune et un noir, pour les scènes d'intérieur et d'hôpital. Ce battement entre la couleur et le dessin nu règle la respiration du récit et concentre l'attention sur l'essentiel au moment de la maladie.

Sur le plan thématique, l'album travaille la tension entre l'individu et le groupe. Les deux rangs bien droits disent la conformité, l'ordre, la discipline du pensionnat, jusque dans la géométrie des images; Madeleine, la plus petite, incarne l'insoumission joyeuse qui rompt la file: elle nargue le tigre du zoo, affronte la maladie et le bistouri sans trembler. Le courage devant la peur, l'hôpital et l'opération dédramatisés, la solidarité du petit essaim de fillettes et la figure tutélaire de Mademoiselle Clavel composent une morale douce, jamais appuyée, sur l'audace et l'appartenance. Le livre doit d'ailleurs une part de sa vérité à un souvenir: Bemelmans l'a conçu à l'hôpital, après un accident de bicyclette, en observant une petite voisine de chambre fière de montrer sa cicatrice.

Notre verdictMadeleine appartient à cette poignée d'albums qui semblent avoir toujours existé, tant leur premier vers est entré dans la mémoire collective. Bemelmans y réussit le tour de force de faire tenir, en quelques vers et quelques lavis, tout un art de vivre parisien et une éthique de l'enfance faite de bravoure, de fantaisie et de tendresse. Le récit est mince, la facture volontairement rugueuse, et la traduction française ne restitue pas toujours la musique de l'original, mais l'ensemble garde une grâce intacte, celle d'une œuvre qui n'a besoin d'aucun effet pour émouvoir. Fondateur d'une série dont certains volumes iront plus loin sans jamais renier sa fraîcheur, c'est un classique à transmettre.

Points forts

  • Une économie de comptineEn quelques vers rimés et un refrain qui ouvre et referme le livre, le texte atteint la densité d'une chanson enfantine. Cette brièveté, loin d'appauvrir, favorise la mémorisation et fait de la lecture à voix haute un jeu de reprise dont l'enfant redemande.
  • Un Paris en aquarelleDistingué par un Caldecott Honor en 1940, l'album transforme la ville en personnage à part entière. Le trait de plume et les lavis jaunes croquent Notre-Dame, le Luxembourg ou l'Opéra avec une liberté qui respire, très loin de l'imagerie figée des albums scolaires.
  • Une héroïne insoumiseLa plus petite des douze est aussi la plus intrépide: elle défie le tigre du zoo et traverse la maladie sans se plaindre. Bemelmans, qui doit ce prénom à sa femme Madeleine, offre dès 1939 une figure d'enfance libre et courageuse qui n'a rien perdu de sa modernité.

Réserves

  • Une intrigue ténueTout le récit tient dans une crise d'appendicite et son opération. Le ressort final, où les fillettes envient la cicatrice de Madeleine au point de réclamer la même intervention, prête à sourire mais peut sembler mince, voire daté, à qui cherche une véritable histoire.
  • Un trait qui diviseLe dessin volontairement esquissé, parfois flou ou approximatif, fait partie du charme mais peut dérouter les lecteurs habitués aux illustrations nettes et léchées de l'album contemporain.
  • La rançon de la traductionLa musique des vers anglais d'origine, avec ses rimes souples, ne se laisse pas transposer intégralement en français. La version francophone conserve le récit et les images, mais perd une part de la scansion qui fait le sel du texte de Bemelmans.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux jeunes enfants, de trois à sept ans, tout particulièrement dans une lecture partagée à voix haute où le refrain devient un jeu de reprise. Les adultes ne sont pas oubliés: parents et grands-parents nostalgiques, amoureux de Paris, francophiles de tous pays et collectionneurs d'albums anciens y trouveront un charme suranné. C'est aussi un livre précieux pour apprivoiser avec un petit la peur de l'hôpital et de l'opération, tant Bemelmans en désamorce l'angoisse. En revanche, les enfants (et les parents) qui attendent une intrigue à rebondissements ou des illustrations lisses et léchées pourraient rester sur leur faim: ce classique se savoure pour son atmosphère et sa musique, non pour son suspense.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
MadeleineL'Ecole des Loisirsn.c.Autre · 48 p. · Français978-2-211-02156-2Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.