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MangaLangue d’origine : Japonais

Menteur

Première publication
2018
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-cinquième tome de la série, Menteur réunit les chapitres 849 à 858 et prolonge l'arc de l'île Tougato, alors que l'équipage de Chapeau de paille, dispersé dans le domaine de Big Mom, joue sa survie à la veille du mariage de Sanji. Le volume s'ouvre sur trois fronts : Chopper et Carrot dans le monde des miroirs, Pedro aux prises avec le baron Delœuf dans les jardins de Whole Cake, Brook surpris par l'impératrice en pleine salle des trésors. Le basculement vient tôt : Pudding laisse tomber le masque devant Reiju et dévoile le vrai projet de Big Mom, l'extermination de la famille Vinsmoke pendant les noces. Sanji, derrière une fenêtre, entend tout. Oda resserre ensuite ses fils : Jinbe force la bibliothèque des prisonniers pour libérer Luffy et Nami, Brook révèle qu'il a eu le temps de copier les ponéglyphes avant d'être pris, et le cuisinier rejoint Luffy à l'endroit même où celui-ci avait promis de l'attendre, un bento à la main. La conversation qui suit donne son titre au volume et remet le récit sur ses rails, avant que les derniers chapitres n'ouvrent des tractations avec Capone Bege et César Clown, qui veulent abattre Big Mom pendant la cérémonie.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Un bento, une réplique, et l'arc Tougato bascule

Entamé trois tomes plus tôt, l'arc de l'île Tougato accumulait les impasses : un équipage éparpillé entre le château et le monde des miroirs, un cuisinier tenu par un chantage familial, une impératrice qu'aucun coup ne semble entamer, un mariage qui avance comme un compte à rebours. Menteur est le tome où tout cela se retourne. Oda y consacre dix chapitres à une seule opération dramatique, faire converger des lignes narratives devenues trop nombreuses vers un point unique, et il choisit d'y parvenir non par un combat mais par un repas partagé. Volume de résolution émotionnelle davantage que d'action, c'est l'un des plus tenus de cette portion de la série.

La difficulté que ce tome doit résoudre est une difficulté de plomberie narrative : depuis trois volumes, l'auteur a semé ses personnages dans des espaces séparés, la bibliothèque des prisonniers, la salle des trésors, les jardins, la chambre du marié, le monde des miroirs. Menteur passe l'essentiel de ses dix chapitres à refermer cet éventail. Le montage alterné y est mené sans complaisance : les affrontements en cours, Chopper et Carrot contre Brûlée, Pedro contre le baron Delœuf, sont expédiés en quelques pages non par paresse mais parce qu'ils ne servent plus qu'à dégager le plateau. Le monde des miroirs devient le liant du dispositif, la coulisse par laquelle des groupes que rien ne reliait se retrouvent en deux cases. C'est un peu commode, mais c'est aussi la seule idée qui permettait à l'arc de respirer sans étirer encore les trajets.

Le vrai travail se fait dans le contrepoint. Pendant que les autres courent, Sanji ne bouge pas, ou plutôt il cuisine. Les chapitres où il apprend que ses bracelets sont factices, et où il choisit malgré tout de rester, tiennent dans un enchaînement de gestes sans discours : il prépare un repas, il laisse un homme de main y toucher, il le corrige, il part dans une direction précise. Oda caractérise là par l'objet plutôt que par la déclaration, méthode qu'il pratique depuis les débuts de la série mais qui trouve ici une de ses applications les plus économes.

La conversation qui suit ces retrouvailles, prépubliée dans le Weekly Shonen Jump sous le titre qui donne son nom au tome, est un morceau de découpage remarquable de sobriété. Fonds évidés, trames rares, deux personnages seuls face à face, un capitaine affamé qui refuse de bouger de l'endroit où il a promis d'attendre : le noir et blanc se contente de cadrages frontaux et de silences, et l'effet vient du contraste avec la surcharge décorative de Tougato, ses architectures de pâtisserie et ses objets vivants. Le titre désigne moins un mensonge d'intrigue qu'un mensonge de personnage, celui qu'un homme se raconte pour éloigner les siens et que son capitaine refuse d'entendre.

Reste la mécanique de fin de tome. Les deux derniers chapitres quittent l'émotion pour la logistique : conditions posées, alliance négociée, réunion avec Capone Bege et César Clown, projet d'assassinat mis sur la table. Le procédé est efficace et parfaitement lisible en lecture reliée, il n'en casse pas moins net l'élan du sommet qui précède.

Notre verdictMenteur est le tome où l'arc de l'île Tougato cesse de piétiner. Oda y règle en dix chapitres un problème de dispersion qu'il avait lui-même créé, et il le fait moins par la force que par le retour à une scène élémentaire, deux amis, un repas, une phrase à ne pas dire. Le sommet du volume ne dure que quelques pages, mais il justifie rétrospectivement la longueur du détour. On lui reprochera un dernier tiers absorbé par la préparation du coup à venir et deux ou trois commodités d'écriture qui allègent trop vite des contraintes patiemment installées. Fragment de récit assumé comme tel, c'est l'un des tomes les plus justes de cette saga, et sans doute celui qu'on rouvrira pour rappeler ce que la série sait faire de mieux avec presque rien.

Points forts

  • Une convergence conduite sans temps mortDix chapitres pour refermer un éventail de lieux et de groupes séparés, sans que la lecture décroche: les combats résiduels sont réglés vite, les déplacements passent par le monde des miroirs, et chaque chapitre avance d'un cran vers le même rendez-vous. C'est de la construction de série au long cours menée avec une vraie discipline.
  • Le chapitre-titre, sommet de sobriété graphiqueLa conversation entre Luffy et Sanji est mise en scène à contre-emploi de tout ce qui l'entoure: fonds presque vides, cadrages fixes, cases muettes, aucun effet de puissance. Après des volumes de décors en sucre et de créatures bavardes, ce dépouillement fait tout le travail émotionnel.
  • La caractérisation par le gesteLe tome dit ce qu'est Sanji sans lui faire prononcer un mot de trop: il prépare un repas pour quelqu'un qu'il prétend avoir quitté, et c'est l'agression contre ce repas, non contre lui, qui le fait sortir de sa résignation. Économie de moyens rare dans un shonen de cette longueur.

Réserves

  • Un dernier tiers qui retombe dans l'exposé de planUne fois le sommet émotionnel atteint, les chapitres de clôture enchaînent conditions, alliance et briefing autour d'une table. Utile pour la suite, nécessairement bavard, et placé juste après la meilleure séquence du volume: l'atterrissage est brutal.
  • Des facilités qui désamorcent leurs propres révélationsLe pouvoir de manipulation des souvenirs que Pudding emploie sur Reiju permet à l'auteur de livrer une information au lecteur tout en la reprenant aux personnages, et les bracelets censés retenir Sanji se révèlent factices. Deux nœuds serrés pendant trois tomes se dénouent ici par commodité.
  • Illisible sans les tomes précédentsLe volume ne réexplique presque rien: qui est Pudding, pourquoi les Vinsmoke sont là, ce que vaut un ponéglyphe. Il récolte ce que trois tomes ont semé et suppose que le lecteur a tout en tête.

À qui s’adresse ce livre ?

Tome de milieu d'arc, à lire dans la continuité des volumes 82 à 84 et surtout pas comme point d'entrée. Il s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série au long cours et qui commençaient à trouver le séjour chez Big Mom interminable : c'est le volume qui leur donne raison et qui les paie. Les lecteurs attachés à Sanji y trouveront une pièce maîtresse de son parcours, ceux qui viennent pour les affrontements spectaculaires devront patienter, car l'essentiel se joue ici en cases fixes et en dialogues. Pour le reste, tankobon standard : sens de lecture japonais, de droite à gauche, et planches en noir et blanc dans l'édition française Glénat.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.