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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Moi, Jolan

Première publication
2007
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Trentième volume de Thorgal, Moi, Jolan ouvre un cycle et change de voix : c'est le fils qui raconte. Thorgal est rentré vivant au village, mais sa survie a eu un prix. Pour sauver son père, Jolan avait promis sa propre vie à Manthor, demi-dieu adepte de la Magie Rouge qui règne sur l'Entremonde ; l'heure est venue d'honorer sa parole. Sur place, l'adolescent s'entend promettre un destin digne de sa lignée, à condition de triompher d'un chemin d'épreuves. La règle est rude : quatre autres prétendants, tous dotés de dons exceptionnels, briguent le même enseignement, et tous ne franchiront pas le seuil de l'initiation. Pendant ce temps, au pays viking, Aaricia refuse d'attendre : elle va consulter Mahara, ermite aux dons de divination, pour savoir à qui son fils a prêté allégeance et ce que vaut la parole d'un demi-dieu. Premier scénario d'Yves Sente, qui succède à Jean Van Hamme après vingt-neuf albums, ce récit dessiné par Grzegorz Rosinski déplace le centre de gravité de la série vers la génération suivante, sans renoncer au mélange de mythologie nordique, de merveilleux et de drame familial qui fait l'identité de Thorgal.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Thorgal change de voix : la relève passe par les épreuves

Succéder à Jean Van Hamme sur une série qu'il a portée pendant vingt-neuf albums tenait moins du contrat d'écriture que du numéro d'équilibriste. Yves Sente, qui avait déjà travaillé avec Grzegorz Rosinski sur La Vengeance du comte Skarbek, choisit la solution la plus franche : ne pas imiter le fondateur, mais déplacer la caméra. Moi, Jolan n'est pas un album de Thorgal avec Thorgal au centre, c'est le premier album du fils, annoncé comme tel par le titre et par la voix qui prend en charge le récit. Reste à savoir si ce changement de point de vue fonde un second souffle ou se contente de le promettre.

Le pari de Sente est d'abord formel. En confiant la narration à Jolan, il installe une subjectivité adolescente là où Van Hamme travaillait en surplomb, avec cette sécheresse de conteur qui laissait au lecteur le soin de deviner. Le procédé fonctionne tant qu'il sert la déstabilisation du personnage : Jolan découvre en même temps que nous les règles d'un jeu dont personne ne lui explique vraiment l'enjeu, et cette ignorance partagée entretient une inquiétude réelle. Il se retourne contre l'album dès que la voix off commente ce que la case montre déjà. Le dispositif dramatique, lui, est plus attendu. Un mentor ambigu, cinq prétendants, un chemin d'épreuves, un enseignement unique à la clé : le moule du récit initiatique se reconnaît à cent pas, et il tire Thorgal vers un territoire de fantasy plus balisé que l'ethnographie violente et mélancolique des meilleurs albums de la série. Sente compense par la construction en miroir : pendant que Jolan avance à l'aveugle, Aaricia enquête à revers, et c'est du côté de la mère que viennent les informations qui donnent au lecteur une longueur d'avance sur le héros. Ce contrepoint est la meilleure idée du livre ; il rattache aussi le nouveau venu au passé de la série au lieu de le poser hors sol. Reste que l'album est massivement un album de mise en place. Beaucoup y est exposé, peu y est réglé, et le récit se referme sur une promesse plutôt que sur une résolution. Rosinski, lui, ne donne aucun signe de lassitude : ses paysages ouverts, ses visages travaillés au plus près et sa façon de faire basculer une planche dans le fantastique par un simple changement d'échelle continuent de porter la série. C'est encore par le dessin que Moi, Jolan reste pleinement un Thorgal, quand le scénario, lui, cherche visiblement sa voix propre.

Notre verdictMoi, Jolan fait ce qu'un album de transition doit faire : il change de narrateur sans casser la série, il donne au fils une place crédible et il rattache le nouveau venu à trente ans d'histoire commune. Sente évite l'écueil du pastiche, Rosinski assure la continuité par le dessin, et le contrepoint d'Aaricia empêche le livre de se dissoudre dans le pur récit d'apprentissage. Mais la promesse reste une promesse : la mécanique des épreuves est convenue, l'écriture plus bavarde que celle du fondateur, et le volume se referme sur une mise en place plutôt que sur un récit accompli. On en sort curieux, pas conquis, ce qui est déjà beaucoup pour un trentième tome ayant à survivre au départ de son scénariste historique.

Points forts

  • Un passage de relais assumé plutôt que dissimuléSente ne singe pas Van Hamme: il annonce le changement dès le titre et le confirme par la narration à la première personne. Le lecteur sait exactement ce qu'on lui propose, et la série évite le pire des scénarios, l'imitation appliquée qui aurait sonné faux dès la troisième planche.
  • Rosinski, toujours le meilleur argument de la sérieAprès trois décennies passées sur les mêmes personnages, le dessinateur continue de varier les échelles, d'ouvrir de grands espaces et de tirer du merveilleux d'un simple cadrage. Les visages d'Aaricia et de Jolan portent une part du récit que les dialogues n'ont pas besoin d'expliciter.
  • Aaricia sort de la posture d'attenteSouvent réduite à l'inquiétude et à la patience pendant que son mari court le monde, elle mène ici sa propre recherche et va chercher les révélations sur celui à qui son fils s'est lié. Le récit y gagne un second foyer, adulte et alarmé, qui équilibre l'aventure initiatique de l'adolescent.

Réserves

  • Un tome de fondations plus qu'un récit completL'album pose des personnages, des règles et une menace, mais tranche très peu. Lu seul, il laisse la sensation d'un long premier chapitre dont la satisfaction est renvoyée aux volumes suivants.
  • Un schéma initiatique très baliséLe mentor énigmatique, la poignée de jeunes surdoués et la série d'épreuves appartiennent à un répertoire que la fantasy pour adolescents avait déjà largement exploité en 2007. La série y perd un peu de l'âpreté et de l'étrangeté qui la distinguaient.
  • Une plume plus explicative que celle du fondateurLà où Van Hamme coupait au plus court et faisait confiance à l'ellipse, Sente commente, précise, justifie. Les récitatifs redoublent parfois l'image, et le rythme s'en ressent dans la première moitié de l'album.

À qui s’adresse ce livre ?

Album à réserver d'abord aux lecteurs qui suivent la série : sans la connaissance des tomes précédents, la dette de Jolan envers Manthor et l'inquiétude d'Aaricia perdent l'essentiel de leur charge. Pour eux, c'est un rendez-vous obligé, celui où l'on découvre ce que devient Thorgal sans Van Hamme. Les amateurs de fantasy nordique et de récits d'apprentissage y trouveront une porte d'entrée honnête vers le second cycle, à condition d'accepter d'enchaîner avec les tomes suivants. Les lecteurs qui aimaient dans Thorgal le drame adulte, l'errance et la cruauté ordinaire des hommes plus que la magie et les destins d'exception seront, eux, les plus réservés.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.