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MangaLangue d’origine : Japonais

Opération régicide

Première publication
2018
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Cinquième tome consacré à l'arc Île Tougato, ce volume 86 réunit les chapitres 859 à 869 et tient presque entier dans la journée du mariage de Sanji et de Charlotte Pudding. Au château de Whole Cake, Capone Bege règle les derniers détails de son opération : profiter de la cérémonie pour abattre Big Mom. Les seigneurs du monde de l'ombre affluent, les festivités s'ouvrent à dix heures, le mariage commence. Tout déraille lorsque plusieurs Luffy jaillissent du gâteau : dans la confusion, Brook parvient à briser le portrait de mère Carmel et Jinbe rompt publiquement avec l'équipage de l'Empereur. Le cri de Big Mom terrasse ses propres hommes et ouvre la porte de sa mémoire. Vient alors le morceau central du volume : l'enfance de Linlin à la « Bergerie », l'orphelinat de mère Carmel à Erbaf, dont elle réduit le village de géants en cendres, puis, la Bergerie transférée ailleurs, ce sixième anniversaire où mère Carmel, en réalité vendeuse d'orphelins, s'évapore avec tous les enfants. Retour au présent : les lanceurs KX sont braqués sur une souveraine affaiblie, la tentative échoue, et le tome se referme sur un renversement qui change les assassins en assiégés.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le régicide interrompu par une enfance

Paru chez Glénat le 4 avril 2018, ce tome 86 est celui où l'arc Île Tougato bascule. Depuis quatre volumes, Eiichirō Oda empile les préparatifs, les alliances de circonstance et les fausses pistes autour d'un mariage qui n'est qu'un prétexte à massacre. Ici, la mèche prend. Et le plus remarquable n'est pas que le régicide soit tenté, mais qu'au beau milieu de la tentative Oda arrête net son horlogerie pour raconter l'enfance de la victime désignée. Onze chapitres, un lieu presque unique, et un basculement de registre parmi les plus francs qu'ait connus la série.

Le tankobon obéit à une construction en trois blocs nettement séparés. Les chapitres 859 à 865 forment un long bloc de temps réel : l'arrivée des seigneurs du monde de l'ombre, la cérémonie, le chaos. Oda y pratique un montage alterné très serré entre une dizaine de foyers d'action, l'alliance de Bege, la table des Vinsmoke, Pudding et Sanji, les invités venus du monde souterrain, sans jamais lâcher le fil. La prépublication dans le Weekly Shonen Jump impose à chaque chapitre sa chute, et l'on entend parfaitement, à la lecture reliée, ces onze coups portés : le portrait fracassé, la rupture publique de Jinbe, le hurlement qui couche l'équipage entier. Là où ce dispositif produit d'ordinaire des tomes hachés, il tient ici parce que l'unité de lieu et de temps le soude. Sept chapitres pour couvrir quelques heures de cérémonie, c'est un ralenti assumé, et le lecteur y gagne une lisibilité rare pour un affrontement qui compte autant de participants.

Les chapitres 866 et 867 opèrent ensuite une rupture presque brutale. « Natural Born Destroyer » et « Happy Birthday » quittent la comédie de mœurs pirate pour un récit d'enfance en deux mouvements : la Bergerie d'Erbaf, un village de géants anéanti par une petite fille de cinq ans, puis, ailleurs, un sixième anniversaire. Le dessin change avec le récit. Aux planches saturées de la réception, où les fonds débordent de pâtisseries anthropomorphes et de figurants, succèdent des cadrages plus larges, des trames de neige, des vides. Le second de ces deux chapitres est le sommet du volume, et il l'est par soustraction : Oda y fait reposer l'effroi sur une ellipse et sur une table dressée pour personne. Le titre « Happy Birthday » compte parmi les plus cruels que la série ait employés.

Le pari dramatique était risqué. Suspendre une tentative d'assassinat à l'instant précis où l'arme est braquée relève du procédé, et l'on pouvait redouter un étirement de plus. Mais Oda ne raconte pas le passé de Linlin pour gagner du temps, il le raconte pour requalifier ce que le lecteur vient de voir : le cri qui neutralise l'équipage cesse d'être une capacité de monstre pour devenir la crise d'une enfant que l'on abandonne. Le volume n'excuse rien, et le sort d'Erbaf n'est traité avec aucune complaisance, mais il donne à l'antagoniste une profondeur de champ qu'aucun Empereur n'avait eue jusque-là. Les deux derniers chapitres ramènent au présent, avec des lanceurs KX pulvérisés avant d'atteindre leur cible et une mutation de Bege en forteresse : le chasseur devient gibier, et l'alliance se retrouve enfermée dans son propre outil.

Le noir et blanc est ici dans son registre le plus dense. Les grandes planches de la réception accumulent les personnages sans jamais brouiller le sens de lecture japonais : regards, onomatopées et débords de cases conduisent l'œil de droite à gauche avec une autorité de metteur en scène. Le visage de Big Mom, déformé d'abord par la douleur puis par la démence, relève d'un art de la caricature qui glace, et son contraste avec la rondeur sucrée du décor fait tout le sel du tome. On regrettera seulement que la mécanique du plan, exposée puis contrariée, laisse si peu de place aux scènes intimes qui faisaient le prix des volumes précédents.

Notre verdictTome charnière et, à sa manière, tome de rupture. Oda y honore enfin la promesse tenue en suspens depuis plusieurs volumes, l'attentat contre un Empereur, puis se permet de l'interrompre au sommet de la tension pour raconter une enfance. Ce geste, qui aurait pu passer pour une dérobade, fait toute la valeur du volume : il change une figure de croquemitaine en personnage tragique sans lui retirer un gramme de menace. Le découpage tient bon malgré la foule, le dessin alterne le grouillement de la réception et la nudité glaçante d'Erbaf, et la dernière ligne droite renverse la situation tactique avec une élégance de joueur d'échecs. On lui reprochera ce que l'on reproche à tout fragment de récit au long cours, une ouverture sans fermeture et une distribution démesurée. Mais sur ses onze chapitres, deux au moins comptent parmi les plus forts que la série ait produits.

Points forts

  • Un récit d'enfance qui reconfigure l'antagonisteLes chapitres 866 et 867 ne fournissent pas seulement une origine: ils transforment rétroactivement chaque colère de Big Mom en symptôme. La Bergerie, le village de géants, l'anniversaire où tout le monde s'évapore, deux chapitres qui pèsent plus lourd que bien des arcs entiers. Et Oda a la finesse de ne rien commenter: il montre, il coupe, il repart au présent sans souligner.
  • Une unité de lieu et de temps presque théâtraleSept chapitres pour une poignée d'heures de cérémonie, c'est un pari de lisibilité. Malgré une distribution pléthorique, on sait à chaque page qui veut quoi, qui tient qui en joue et où se trouve le portrait de mère Carmel. Ce tome est l'un des plus faciles à suivre de l'arc, ce qui n'était pas gagné vu le nombre de camps engagés.
  • Un noir et blanc qui oppose le sucré au macabreLes planches de la réception, saturées de décors pâtissiers et de figurants, s'opposent frontalement aux étendues neigeuses et aux silences d'Erbaf. Oda alterne le grouillement et le vide avec un sens du rythme visuel qui fait toute la différence entre un tome d'action et un tome dont on se souvient.

Réserves

  • Un volume qui n'achève rienLa règle du récit au long cours est ici particulièrement sensible: le tome s'ouvre sur un plan et se referme sur un siège en cours. Aucun des fils lancés, ni le sort de la famille Vinsmoke, ni la sortie de l'île, ne trouve de résolution. Lu seul, l'objet frustre autant qu'il captive.
  • Une distribution qui déborde de la pageEntre les enfants Charlotte, les invités du monde de l'ombre, la Germa 66 et les hommes de Bege, le lecteur occasionnel décrochera. Oda compte sur une mémoire des visages accumulée depuis plusieurs volumes et ne tend aucune perche à qui prendrait la série ici.
  • Sanji au second plan de son propre mariageAprès quatre tomes construits sur son dilemme familial, le cuisinier se retrouve absorbé par la mécanique collective. Son face-à-face avec Pudding, à peine amorcé, reste en suspens au regard de ce que les volumes précédents avaient patiemment installé.

À qui s’adresse ce livre ?

Réservé aux lecteurs déjà engagés dans l'arc Île Tougato : le tome suppose acquis le contexte du mariage, la nature du portrait de mère Carmel et l'alliance nouée au volume précédent. Pour eux, c'est une étape à ne pas manquer, sans doute la plus mémorable de la séquence. Les amateurs de shonen d'action y trouveront un grand morceau de bravoure collective ; ceux que le genre rebute pourraient être surpris par les chapitres 866 et 867, qui relèvent davantage du conte cruel que du combat. À partir de douze ans environ, avec la réserve que la destruction du village d'Erbaf et l'abandon final sont d'une noirceur assumée. Les nouveaux venus, eux, doivent impérativement commencer ailleurs.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.