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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Outlaw

Première publication
1973
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Guerre de Sécession, années 1860. Le sergent Cornélius Chesterfield, cavalier convaincu et discipline faite homme, et le caporal Blutch, râleur lucide qui ne songe qu'à quitter l'uniforme, forment le duo le plus mal assorti de l'armée nordiste. Quatrième album des Tuniques Bleues, prépublié dans le journal Spirou avant sa parution chez Dupuis en 1973, Outlaw entraîne les deux hommes du côté des hors-la-loi, comme l'annonce son titre, et fait passer la série par les décors et les codes du western: grands espaces, chevauchées, bandes armées et loyautés incertaines, dans un Ouest où la guerre entre les États pèse moins lourd que la loi du plus rapide. L'album occupe une place à part dans la longue histoire de la série. C'est le dernier que dessine Louis Salvérius, mort en mai 1972: les dernières planches sont déjà de la main de Willy Lambil, qui reprend ensuite le crayon et accompagnera Raoul Cauvin pendant près d'un demi-siècle. On y lit donc deux choses en même temps, un western comique mené tambour battant et le moment de bascule de l'une des séries les plus populaires de la bande dessinée franco-belge.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Outlaw: un western comique et le passage de témoin de Salvérius à Lambil

Il est des albums qu'on ne lit jamais tout à fait pour eux seuls. Outlaw, quatrième tome des Tuniques Bleues, est de ceux-là. D'un côté un western comique signé Raoul Cauvin, avec ses hors-la-loi, ses chevauchées et son duo de bras cassés en uniforme bleu; de l'autre le dernier dessin de Louis Salvérius, disparu en mai 1972, dont les ultimes planches ont été achevées par Willy Lambil. Le rouvrir aujourd'hui, c'est suivre deux histoires à la fois: celle de Blutch et Chesterfield lâchés dans l'Ouest, et celle d'une série populaire qui change de main en cours de route sans manquer une livraison.

Ce qui fait tenir les Tuniques Bleues dès ces premiers albums tient dans un contraste de caractères, et Outlaw l'exploite avec la simplicité des bons mécanismes comiques. Chesterfield croit à l'armée, à la cavalerie, à l'honneur du drapeau; Blutch passe son temps à chercher la sortie et ne voit dans la guerre qu'une machine à broyer les imbéciles qui s'y présentent. Raoul Cauvin n'a plus qu'à placer les deux hommes dans une même situation pour que le comique naisse de lui-même, de l'écart entre le regard de l'un et celui de l'autre. C'est peu, et c'est assez pour nourrir un album entier, à condition de renouveler les décors: ici le western, ses grands espaces, ses bandes armées et ses allégeances mouvantes, que le scénariste manie en connaisseur de la culture populaire de son temps.

La construction porte la marque de la prépublication dans Spirou. On sent le découpage en livraisons, la planche qui doit se clore sur une inquiétude ou sur une pirouette, la relance régulière du danger. La contrainte tourne à l'avantage du volume: elle lui donne un rythme tendu, presque nerveux, qui n'autorise aucun temps mort. Le revers existe aussi, une progression par à-coups, où la logique du gag hebdomadaire l'emporte parfois sur celle du récit d'ensemble.

Graphiquement, on est en plein dans l'école de Marcinelle, celle du journal Spirou et des éditions Dupuis: trait rond, silhouettes caricaturales, expressivité poussée, gestuelle appuyée, mouvement lisible d'une case à la suivante. Salvérius dessine vite et clair, et il excelle dans un registre précis, le burlesque équestre, où hommes et chevaux tombent, glissent et se percutent avec une belle inventivité. On mesure au passage la distance qui sépare cette école de la ligne claire d'Hergé: ici la déformation comique fait loi, le décor reste au service du gag, et la vérité du geste compte davantage que celle des proportions.

Puis, dans les dernières pages, la main change. Willy Lambil achève l'album commencé par un confrère mort en cours de route, et le lecteur attentif voit le raccord: un trait plus souple, des visages moins anguleux, une attention nouvelle portée aux chevaux et aux paysages, déjà la patte qui portera la série pendant des décennies. Cette couture, sobrement assumée, fait d'Outlaw un document autant qu'un divertissement, et l'on comprend en le lisant pourquoi les Tuniques Bleues n'ont pas sombré avec leur premier dessinateur.

Sur le fond, le propos reste en retrait de ce que la série deviendra. Le pacifisme désabusé de Blutch, l'absurdité du conflit, la charge contre les états-majors qui décident au chaud pendant que d'autres chargent, tout cela existe en germe, mais l'album préfère encore l'aventure et le rire à l'ironie amère des volumes de la maturité. Reste un western comique très compétent, écrit et dessiné par des professionnels sur d'excellents rails, dans lequel la série n'a pas encore tranché la question de ce qu'elle voulait dire.

Notre verdictOutlaw n'est pas le sommet des Tuniques Bleues et ne cherche pas à l'être: c'est un western comique bien mené, porté par un duo dont le contraste ne s'use pas et par un dessin d'école de Marcinelle plein d'allant. Sa singularité tient surtout à sa place dans l'histoire de la série, dernier album de Louis Salvérius et premier terrain de Willy Lambil, le tout entre les mêmes couvertures. On le lit avec plaisir et on le referme avec le sentiment d'avoir tenu un moment de bascule, celui où une série populaire pouvait s'arrêter net et a choisi de continuer, en confiant ses personnages à une autre main. Pour cette raison autant que pour ses qualités propres, il mérite mieux que le statut de tome mineur auquel on le relègue parfois.

Points forts

  • Un duo comique qui fonctionne à l'économieLe sergent qui vénère le règlement et le caporal qui ne songe qu'à déserter suffisent à produire du comique en continu, sans que le scénario ait besoin de multiplier les péripéties. Il suffit de les placer devant la même situation pour que deux lectures du monde s'affrontent, et c'est de ce frottement que naissent les meilleures pages.
  • Le rythme du feuilleton de SpirouConçu pour une parution en épisodes, l'album enchaîne les relances et les fins de planche efficaces. Le résultat se lit d'une traite, avec cette énergie propre aux séries publiées en journal, où l'attention du lecteur doit être reconquise à chaque livraison.
  • Un dessin d'école de Marcinelle nerveux et lisibleLe trait de Salvérius, rond et caricatural dans la grande tradition Dupuis, excelle dans le mouvement: cavalcades, chutes, empoignades. L'action reste lisible en toute circonstance et les personnages se reconnaissent à leur seule silhouette, marque des bons dessinateurs de série populaire.
  • La valeur de témoignage d'une transitionVoir cohabiter dans un même volume les dernières planches de Salvérius et les premières de Lambil offre un point d'observation rare. On assiste presque en direct à un changement d'auteur, sur une série qui allait durer un demi-siècle et devenir l'une des plus lues de la bande dessinée franco-belge.

Réserves

  • Une série encore en rodageLes Tuniques Bleues n'ont pas trouvé la profondeur qui fera leur réputation: la satire militaire demeure allusive, le contexte historique sert surtout de décor, et le duo n'a pas atteint la finesse de caractérisation des grands albums à venir. Bonne série d'aventure comique, donc, pas encore la grande série qu'elle deviendra.
  • Un western d'époque et ses conventionsComme la plupart des récits d'aventure humoristique de ces années, l'album emprunte ses figures au western de grande diffusion, avec les raccourcis que cela suppose. Le lecteur d'aujourd'hui doit s'attendre à des conventions de leur temps plutôt qu'à un regard critique porté sur elles.
  • Une hétérogénéité graphique en fin de volumeLe changement de dessinateur se remarque, et il intervient au moment précis où le récit doit conclure, ce qui crée une légère rupture de tonalité dans les dernières séquences. Le relais est honorable compte tenu des circonstances, mais l'unité visuelle de l'album en souffre, ce que la sympathie pour les deux auteurs ne suffit pas à effacer.

À qui s’adresse ce livre ?

Album à conseiller d'abord aux fidèles de la série, et particulièrement à ceux qui veulent comprendre comment elle est passée d'un dessinateur à l'autre: c'est la pièce charnière, celle qu'une lecture chronologique ne peut pas sauter. Il convient aussi aux jeunes lecteurs à partir de neuf ou dix ans, qui y trouveront un western mouvementé et parfaitement lisible, dont l'humour désamorce à mesure la violence. Les curieux d'histoire de la bande dessinée franco-belge y verront un cas d'école de continuité éditoriale chez Dupuis, à une époque où une série survivait ou non à la disparition de son auteur. Celui qui découvre les Tuniques Bleues aura en revanche plus de plaisir à commencer par les albums de la maturité, où le duo et le propos ont pris toute leur ampleur, quitte à revenir ensuite vers ces premiers tomes avec le regard qu'il faut.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.