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MangaLangue d’origine : Japonais

Pour qui sonne le glas

Première publication
2001
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Cinquième tome de One Piece, paru chez Glénat en mai 2001, ce tankobon réunit les chapitres 36 à 44 et occupe une position charnière dans la saga East Blue : il achève l'arc du Village de Sirop avant d'ouvrir celui du Baratie. Le récit reprend en pleine bataille. Pendant que Zoro et Usopp s'emploient à soustraire Kaya à l'hypnotiseur Jango, Luffy affronte Kuro, ce majordome trop poli qui fut capitaine pirate, et découvre le passé d'un homme dont le plan reposait depuis le début sur le sacrifice de son propre équipage. L'issue du duel décide du sort du village et de la trajectoire d'Usopp, qui choisit de taire ce qu'il vient de vivre et dissout la petite troupe d'enfants qui le suivait. La seconde moitié du volume change de régime : Kaya et Merry offrent un navire à l'équipage, le Vogue Merry, Usopp est recruté, Zoro retrouve deux anciens partenaires, Johnny et Yosaku, et le cap est mis sur le Baratie, restaurant flottant où ces pirates sans cuisinier viennent en chercher un. Luffy y croise le sous-chef Sanji, ainsi que Gyn, et décide d'en faire son cuisinier.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Un tome charnière, du glas de Sirop aux fourneaux du Baratie

Cinquième tankobon de One Piece, prépublié dans le Weekly Shonen Jump en 1998 et traduit chez Glénat en mai 2001, ce volume hérite de la fonction la plus ingrate qui soit : conclure et relancer dans le même souffle. Neuf chapitres, dont quatre pour achever la bataille du Village de Sirop, deux pour en écrire l'épilogue, un pour changer de cap, deux pour poser les premières pierres du Baratie. Le découpage annonce un tome de raccord. Il se révèle l'un des plus décisifs de la saga East Blue, parce qu'Oda y énonce au détour d'un duel, sans jamais s'arrêter pour le formuler, ce qui tiendra lieu de règle morale à sa série : ce qu'un capitaine doit à son équipage.

L'asymétrie du découpage fait la qualité du volume plutôt que son défaut. Les chapitres 36 à 39 forment un bloc de combat compact, tenu par une seule idée dramatique : Kuro ne se bat pas pour sauver son plan, il se bat pour effacer des témoins, les siens compris. Oda retarde l'aveu jusqu'au chapitre 38, c'est-à-dire jusqu'au moment où il fait basculer le sens de l'affrontement. Tant que Luffy croit avoir en face de lui un homme qui convoite la fortune de Kaya, il cogne. Quand il comprend que celui-là méprisait assez ses propres hommes pour les envoyer à la mort, sa colère change de fondement, et le chapitre suivant, celui qui donne son titre au volume, se règle sur ce ressort plutôt que sur un rapport de force. Le titre est celui du roman de Hemingway dans sa traduction française, et il installe une gravité qu'on n'attend pas dans un récit d'aventure pour adolescents : le tome vit tout entier de ce va-et-vient entre bouffonnerie et sérieux.

Graphiquement, on est encore chez le premier Oda : un trait sec, des décors moins saturés que dans les volumes ultérieurs, des silhouettes taillées par contraste, la maigreur anguleuse de Kuro contre l'élasticité ronde de Luffy. Le noir et blanc affronte ici un problème de représentation redoutable, celui d'une vitesse que l'œil ne peut pas suivre, et la réponse passe par l'ellipse et par le blanc laissé nu, par des cases qui montrent les effets du geste plutôt que le geste. Mise en scène par soustraction, d'autant plus frappante que le reste du volume est très bavard.

Le vrai coup de force est ailleurs, dans les chapitres 40 et 41. Une fois la bataille gagnée, Oda refuse la parade : Usopp tait sa victoire, dissout son équipage d'enfants et s'en va sans que le village sache jamais ce qu'il lui doit. Le menteur professionnel de la série se tait enfin, et par pudeur : le volume trouve là son émotion la plus juste, obtenue sans rien appuyer. Le cadeau de Kaya et de Merry prolonge cette économie : le Vogue Merry n'arrive pas comme un accessoire de progression, il arrive comme une dette réglée entre gens qui ne se doivent officiellement rien.

La dernière ligne droite assume franchement sa fonction d'amorce. Le chapitre 42 sert de sas : Johnny et Yosaku ramènent à Zoro un morceau de son passé et font surgir la question qui va occuper les volumes suivants, à savoir qu'un équipage sans cuisinier ne tient pas la mer. Les deux derniers chapitres installent le Baratie, restaurant flottant régi par ses propres lois, où Luffy se retrouve à trimer pour rembourser une dette et où il repère le sous-chef, Sanji. Oda applique déjà la méthode de recrutement qui deviendra sa signature : un lieu qui a ses règles, un personnage qui les incarne, une décision que Luffy prend sur un geste de générosité plutôt que sur un exploit. Le volume s'arrête exactement là où l'on voudrait qu'il continue.

Notre verdictTome charnière, donc tome à double fond : il liquide une intrigue de village et arme une intrigue de cuisine, et il réussit les deux parce qu'Oda ne traite jamais la transition comme du remplissage. Les quatre chapitres de combat valent pour leur retournement moral bien plus que pour leur chorégraphie, les deux chapitres d'épilogue offrent à Usopp la plus belle sortie de scène de la saga East Blue, et les deux derniers ouvrent un décor dont on devine aussitôt qu'il tiendra plusieurs volumes. Ce n'est pas le tankobon le plus spectaculaire de la série, c'est l'un de ceux où elle se définit. À lire dans la continuité, jamais isolément.

Points forts

  • Un affrontement dont l'enjeu est moral avant d'être physiqueLe duel contre Kuro ne se joue pas sur un rapport de force mais sur une révélation: le plan patiemment monté par l'ancien capitaine supposait dès l'origine la mort de ses propres hommes. La fureur de Luffy change alors d'objet, et la série pose presque incidemment la règle qui la tiendra debout, celle du lien entre un capitaine et son équipage. La charge thématique est inhabituelle pour une série d'aventure prépubliée en 1998, et elle passe dans le mouvement du combat, sans discours ni leçon.
  • L'épilogue d'Usopp, sommet discret de la saga East BlueDeux chapitres suffisent à faire d'un personnage jusque-là comique une figure attachante: Usopp garde la bataille secrète, congédie ses gamins et repart sans réclamer son dû. La séquence est brève, dépourvue de dialogue explicatif, et elle porte plus loin que bien des combats. Offert par Kaya et Merry, le Vogue Merry en devient la trace matérielle plutôt qu'une récompense mécanique.
  • Un changement de décor mené sans temps mortLe passage du village au large puis au Baratie tient en trois chapitres, sans récapitulatif ni didactisme. Chaque séquence remplit une fonction et avance: le départ, les retrouvailles de Zoro avec Johnny et Yosaku, l'arrivée devant le restaurant flottant. Rares sont les tomes de transition qui gardent ce tempo, et celui-ci ne donne jamais l'impression de patienter en attendant le prochain adversaire.

Réserves

  • Un volume qui se lit mal détaché de ses voisinsLe tome s'ouvre au milieu d'un combat engagé dans le précédent et se referme sur une intrigue à peine posée. Lu isolément, il n'a ni exposition ni dénouement propres. C'est la condition ordinaire du tankobon, mais elle est ici particulièrement marquée: qui en ferait sa porte d'entrée dans la série serait perdu deux fois plutôt qu'une.
  • Jango tire la tension vers le burlesqueLe sauvetage de Kaya repose sur un adversaire dont l'hypnose est traitée sur un registre franchement comique, au moment même où Kuro joue la carte du froid absolu. Le contrepoint est manifestement voulu, mais il émousse par endroits la menace qui pèse sur la jeune fille, et la ligne tenue par Zoro et Usopp souffre du voisinage immédiat du duel principal.
  • Un chapitre de liaison qui laisse voir sa mécaniqueJohnny et Yosaku entrent d'abord pour indiquer une direction et faire dire à l'équipage ce dont il manque. La fonction est assumée avec bonne humeur, mais ces deux comparses restent des panneaux indicateurs plus que des personnages, et le chapitre 42 est le seul du volume où l'on sent l'auteur organiser son plan plutôt que raconter une scène.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord au lecteur déjà engagé dans la saga East Blue, celui qui a le volume précédent en mémoire et attend la conclusion de la bataille du Village de Sirop. Il conviendra aussi à qui revient au manga après l'anime et cherche le moment précis où One Piece cesse d'être une suite de gags maritimes pour devenir un récit d'équipage. Les jeunes lecteurs à partir de dix ans y trouveront un combat très lisible et une trajectoire secondaire, celle d'Usopp, facile à suivre et émouvante sans lourdeur. En revanche, celui qui découvre le manga et bute encore sur le sens de lecture de droite à gauche a tout intérêt à commencer par le tome 1 : rien ici n'est conçu pour accueillir un nouveau venu.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.