De quoi parle ce livre ?
Soixante-seizième tome de One Piece, ce volume reprend les chapitres 753 à 763, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et engage l'arc Dressrosa dans sa dernière ligne droite. Le royaume s'est mué en champ de bataille vertical : sur les paliers du nouveau plateau royal, les combattants du Colisée, hier rivaux dans l'arène, se rangent derrière un objectif commun, éliminer Doflamingo. À chaque niveau, l'un d'eux se retourne pour enrayer la progression d'un lieutenant de la Family et ouvrir la voie aux suivants, si bien que la mêlée générale se résout en une chaîne de duels échelonnés. Pendant que la troupe s'égrène ainsi le long de la pente, Luffy et Trafalgar Law poursuivent l'ascension jusqu'au quatrième et dernier niveau, où Doflamingo les attend avec son atout maître : la dernière partie de l'arc peut commencer. Les chapitres finaux bifurquent vers le passé et ouvrent un tout autre récit, celui du fruit du bistouri, d'une ville blanche et d'une proclamation d'humanité qui éclaire d'où viennent les Don Quijote. Le volume, paru chez Glénat en septembre 2015, emprunte son titre au chapitre 758.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le sommet en vue, le passé en embuscade
Un tome de shonen hebdomadaire se juge à la place qu'il occupe dans une courbe qui le dépasse, et celui-ci en occupe une singulière. Il organise méthodiquement la montée vers l'affrontement attendu depuis plusieurs volumes, puis, à l'instant précis où le lecteur croit tenir son duel, il ouvre une trappe et s'engouffre dans le passé. L'ascension et la plongée : ce double mouvement fait tout l'intérêt du volume, et explique aussi la contrariété qu'il peut susciter chez qui le lit seul, tome après tome, sans la suite sous la main.
Le premier tiers du volume règle un problème que Dressrosa traînait depuis plusieurs tomes : la dispersion. Le récit s'était démultiplié en fils simultanés, et Oda trouve ici la figure qui les recompose, l'escalier. Le nouveau plateau royal découpe le champ de bataille en paliers, et cette géographie prend en charge à elle seule la comptabilité narrative. Un combattant du Colisée s'arrête à une marche, se charge d'un lieutenant de la Family, laisse filer les autres vers le haut : la position sur la pente suffit à indiquer où en est chacun. C'est un dispositif de tournoi appliqué à une mêlée, et il rend au découpage une lisibilité que les volumes précédents avaient laissée s'effriter.
Le rythme en profite aussitôt. La première moitié du tome est chorale et rapide : un chapitre, un relais, une bravade, un adversaire écarté, et l'on remonte d'un cran. Puis l'entonnoir se referme, et le quatrième niveau ne laisse plus en scène que Luffy, Law et celui qui les y attend. Le passage de l'ensemble au duo, puis du duo au face-à-face, est mené sans à-coups, et l'annonce de l'atout maître tombe à l'instant où la tension avait besoin d'être relancée plutôt que simplement maintenue. Les titres de chapitres disent bien la mécanique : « Le 4e niveau », « L'atout maître », « Poursuis ta route ! », « Un plan secret », « Un pari identique ». On monte, on découvre la règle nouvelle, on mise.
Graphiquement, le tome joue de deux textures. Les pages de bataille sont saturées : gravats, pierre éclatée, trames lourdes, foules composées en diagonale, et un chara-design d'officiers assez grotesque pour que chaque palier reçoive sa silhouette propre. L'ascension pose d'ailleurs au dessin un problème que le format ne résout pas tout seul, puisqu'une planche se parcourt vers le bas quand le récit, lui, grimpe. Oda compense par des contre-plongées, des cases étirées en hauteur, des personnages qui entrent par le bas du champ, et l'effort finit par se voir autant qu'il se lit. Puis viennent les trois derniers chapitres, et le noir et blanc change de régime : le passé s'ouvre sur des espaces plus clairs, un trait qui respire, des blancs qui prennent le pas sur les trames, jusqu'à cette ville blanche qui donne son titre à l'un d'eux. Le contraste de valeurs suffit à signaler le changement d'époque, sans qu'aucun encadré ait à l'annoncer.
Dramaturgiquement, le pari le plus risqué du volume est aussi le plus rentable : interrompre le sommet de l'arc pour raconter d'où vient l'un de ses protagonistes. En trois chapitres, le fruit du bistouri, la ville blanche et la proclamation d'humanité déplacent la question. L'affrontement en cours cesse d'être une affaire de puissances comparées pour devenir une histoire ancienne, avec ses raisons et ses dettes. Oda a toujours préféré le mobile au rapport de forces, mais il tarde rarement autant à abattre cette carte, et le retard produit ici son plein effet. Reste que le tome pose le pied sur la dernière marche et, au lieu de frapper, commence à raconter pourquoi le coup sera porté. Superbe en relecture d'un bloc, la manœuvre est plus ingrate quand on la découvre en attendant la parution suivante.
Notre verdictLe tome 76 est l'un des volumes les mieux construits de la dernière partie de Dressrosa. Il remet de l'ordre dans un arc qui menaçait de se déliter, invente une géographie qui rend la bataille lisible, resserre progressivement le cadre jusqu'au face-à-face promis, puis se permet un décrochage qui redonne du sens à toute la confrontation. On peut lui reprocher d'ouvrir plus qu'il ne referme et de suspendre son sommet au profit d'un récit du passé : c'est le prix d'un feuilleton qui pense en centaines de chapitres plutôt qu'en volumes autonomes. Jugé pour ce qu'il est, la fraction d'un ensemble, il fait exactement ce qu'un bon tome d'avant-dernier acte doit faire, hausser la mise et déplacer la question. On le referme avec l'envie immédiate d'ouvrir le suivant, ce qui reste, dans ce format, le critère le plus honnête.
Points forts
- Une géographie qui remet de l'ordre dans la mêléeLes quatre niveaux du nouveau plateau royal convertissent une bataille dispersée en escalier lisible: un combattant du Colisée par palier, un lieutenant de la Family retenu à chaque marche. Le découpage retrouve d'un coup la clarté que la profusion de personnages avait entamée, et le lecteur sait à tout instant où en est l'ascension.
- Un entonnoir dramatique tenu jusqu'au boutLe volume passe du plan large au face-à-face sans rupture: la troupe s'égrène le long de la pente, Luffy et Law montent seuls, l'atout maître est annoncé juste avant que l'attente ne s'installe. Aucun chapitre n'est dépensé à faire du surplace, ce qui n'allait pas de soi dans un arc aussi peuplé.
- Un basculement graphique et narratif vers le passéLes derniers chapitres changent d'époque, de registre et de valeurs: aux trames lourdes de la bataille succèdent des planches plus claires, et le combat en cours cesse d'être une question de puissance pour devenir une affaire ancienne. Le lecteur comprend le changement de temporalité avant même qu'on le lui dise.
Réserves
- Un climax annoncé, puis mis en attenteLe tome atteint la dernière marche et s'interrompt pour remonter le temps. En lecture continue, le procédé est admirable; tome par tome, il livre un volume qui promet un duel et n'en délivre que le seuil, en reportant tout le paiement sur la parution suivante.
- Un volume qui suppose entièrement les précédentsLa mécanique des relais ne fonctionne que si l'on identifie les officiers de la Family et les gladiateurs qui les affrontent. Sans les tomes antérieurs, la première moitié se réduit à une succession de noms et de silhouettes, et plusieurs alliés n'obtiennent guère plus que quelques cases et une pose.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs installés dans Dressrosa depuis plusieurs volumes : la moitié des enjeux repose sur des combattants du Colisée rencontrés auparavant et sur une hiérarchie d'officiers qu'il faut avoir en tête pour goûter la mécanique des relais. Il comblera ceux qui apprécient chez Oda le retour en arrière tardif, celui qui arrive quand on ne l'attend plus et redistribue le sens de tout ce qui précède, et tous les lecteurs attachés à Trafalgar Law, dont la trajectoire commence ici à s'expliquer. Ce n'est en revanche pas un point d'entrée, et il serait difficile d'en trouver un plus mauvais dans la série. Les amateurs de combats ouverts et refermés dans le même volume y trouveront un compte incomplet, puisque presque tout ce qui s'engage ici se réglera ailleurs.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.