De quoi parle ce livre ?
Dix-neuvième tome de One Piece, ce volume rassemble les chapitres 167 à 176 et poursuit l'arc Alabasta, au cœur de la saga du même nom. Averti par la lettre de Vivi, le roi Cobra lance l'armée royale vers Rainbase, la ville où se terre Crocodile. L'équipage au chapeau de paille y parvient presque en même temps, croit toucher au but et découvre que le casino Rain Dinners n'était qu'un piège : plusieurs de ses membres se retrouvent enfermés dans une même cage, Smoker compris. Au même moment, Miss All Sunday met Pell hors de combat et conduit Vivi devant le grand corsaire, tandis qu'à Nanohana Mr 2 Bonclay, sous les traits du roi, met le feu aux poudres et fait basculer le pays dans la rébellion. Reste Sanji, seul en liberté, qui avance sous le nom de Mr Prince : il contraint Mr 3 à façonner une clé et rend leur liberté à ses compagnons, lesquels sauvent au passage la vie de leur poursuivant. Le tome se referme sur une fuite vers Alubarna que Luffy couvre seul, face à Crocodile.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le piège de Rainbase, ou l'art de refermer une cage
On attendait un assaut, Oda livre un huis clos. Après plusieurs tomes de traversée du désert, tout converge enfin vers Rainbase, et c'est précisément là que le récit se referme : le but atteint devient une prison, et la ville de tous les jeux un piège à barreaux. Ce dix-neuvième volume est celui où l'arc Alabasta bascule de la course-poursuite vers la tragédie politique, un royaume s'embrasant pendant que ceux qui pourraient le sauver comptent les minutes derrière une grille. C'est un tome de nœud plutôt que de dénouement, et il faut le juger comme tel : non pour ce qu'il conclut, mais pour la tension qu'il installe et pour la précision avec laquelle il la tient jusqu'à la dernière planche.
Le tome repose sur un renversement simple et redoutablement efficace : le point d'arrivée devient le point de blocage. Depuis dix-huit volumes, Oda a fait de la mobilité la vertu cardinale de ses héros. Ici il les enferme, et découvre du même coup ce que la contrainte fait à son dessin. Les planches en noir et blanc, d'ordinaire ouvertes sur des horizons de sable, se resserrent sur un quadrillage de barreaux, sur des visages collés les uns aux autres, sur un piège qui se referme un peu plus à chaque page. La grille devient un motif graphique autant qu'un dispositif dramatique : elle permet de tenir presque tout le casting dans une même case et de faire circuler l'information par la parole plutôt que par le mouvement.
L'autre trouvaille du volume tient au montage. Oda fait tourner deux horloges en parallèle, celle de Rainbase et celle de Nanohana, et laisse le lecteur mesurer l'écart entre ce que savent les personnages et ce que croit le pays. Le faux roi qui met le feu aux poudres agit à des lieues de ceux qui pourraient le démentir : la mécanique du malentendu, ressort le plus classique du mélodrame, sert ici une catastrophe politique. Le découpage porte partout la marque de la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump, chaque chapitre se refermant sur une aggravation, mais la lecture en volume relié révèle une courbe très nette, de l'espoir à l'étau.
Reste Crocodile, que ces chapitres installent enfin face au héros. Oda lui accorde peu de gestes et beaucoup de silence, joue du cadrage serré sur le cigare et sur le crochet, et retarde autant qu'il le peut la confrontation physique. Quand elle vient, aux dernières pages, elle a le poids de tout ce qui l'a précédée. Le tome s'achève exactement là où il fait le plus mal, ce qui constitue à la fois sa réussite d'auteur de feuilleton et sa limite d'objet refermé.
Notre verdictUn tome de serrage d'étau, l'un des mieux tenus de l'arc Alabasta. Oda y renonce provisoirement à ce qui fait d'ordinaire sa force, l'élan et l'espace, pour éprouver ses personnages dans un volume clos, et il en tire une tension d'une rare netteté. Le retournement Mr Prince, la main tendue au poursuivant, la rébellion allumée par un mensonge : trois idées fortes en dix chapitres, servies par un découpage qui ne perd jamais le fil de ses deux intrigues. On lui reprochera de n'être qu'une charnière, refermée à l'instant précis où l'on voudrait rester, et de faire cohabiter le burlesque de ses agents avec l'incendie d'un pays. C'est le prix du feuilleton, et Oda le paie avec une maîtrise qui rend l'attente du volume suivant presque douloureuse. Un tome qui vaut moins par ce qu'il accomplit que par ce qu'il rend inévitable.
Points forts
- Un huis clos qui resserre le traitEnfermer les héros était le pari le plus risqué de l'arc, et c'est celui qui réussit le mieux. Privé de l'espace du désert, le dessin se concentre sur les visages, sur la grille et sur les corps entassés, et gagne une densité de cadrage que la série pratique rarement. Le noir et blanc y trouve son compte: les noirs du casino et le quadrillage de la cage suffisent à dire l'enfermement, sans un mot de commentaire.
- Deux horloges qui tournent en même tempsLe volume alterne sans lourdeur entre la cage de Rainbase et la place de Nanohana, et fait de cet écart son moteur. Le lecteur voit le mensonge se propager là où les personnages ne peuvent rien, et l'ironie dramatique accomplit le travail que d'autres séries confieraient à un narrateur. C'est le montage, plus que l'action, qui produit ici le suspense.
- Le tournant Mr PrinceLaisser Sanji seul en liberté et le faire agir sous un faux nom est le meilleur usage que la série ait fait de ce personnage jusqu'ici. Le procédé relève du pur ressort de feuilleton, mais Oda le tient: la solution vient d'un intrus qui n'oppose au piège ni force ni pouvoir surnaturel, seulement de la ruse et du sang-froid, ce qui vaut infiniment mieux qu'une évasion en force.
- Une éthique d'équipage énoncée sans discoursSauver l'homme qui les traque est la seule réponse morale que le tome se permette, et elle passe par un geste, jamais par une tirade. En quelques planches, Oda dit sur ses héros plus que ne le feraient dix pages de proclamation, et il installe entre Luffy et Smoker un rapport nettement plus intéressant que la simple traque.
Réserves
- Une charnière plus qu'un volume completTout ce que le tome met en place, il le laisse en suspens: le pays vient de basculer, la course vers Alubarna commence à peine, l'affrontement décisif s'ouvre à la dernière page. Lu isolément, l'objet frustre, et le lecteur qui n'a pas la suite sous la main mesurera durement ce que signifie acheter un fragment de récit continu.
- Le burlesque contre l'incendieLes pitreries des agents de Baroque Works, celles de Mr 2 Bonclay au premier chef, tirent parfois le volume vers le gag au moment précis où une guerre civile s'allume. Le mélange appartient à la manière d'Oda et fonctionne le plus souvent, mais dans ce tome-ci le contraste laisse quelques pages étrangement plates.
- Une clé qui arrive à point nomméLa sortie du piège tient à la présence opportune, dans le même bâtiment, du seul personnage capable de fabriquer ce qu'il faut. La commodité est assumée et menée avec assez d'allant pour ne pas gâcher la scène, mais elle affaiblit rétrospectivement un dispositif que le volume avait pris grand soin de présenter comme imparable.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume ne se lit pas seul : il suppose acquis le voyage vers Alabasta et les alliances nouées depuis Whisky Peak. Il s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans l'arc, qui y trouveront l'étape la plus tendue de la traversée, et à ceux qui aiment voir un auteur de shonen travailler l'attente plutôt que la démonstration de puissance. Les amateurs de combats spectaculaires devront patienter : l'essentiel se joue ici en ruses, en dialogues et en effets de montage. La densité du casting et le sens de lecture japonais, de droite à gauche, rendent l'entrée en matière rude pour un néophyte, qui gagnerait à reprendre l'arc à son début. Les plus jeunes y trouveront une intrigue de piège et d'évasion parfaitement lisible, même si l'arrière-plan de guerre civile, de manipulation et de peuple dressé contre lui-même donne au volume une gravité que la série n'avait jusque-là pas atteinte.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.