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MangaLangue d’origine : Japonais

"Rentrons"

Première publication
2008
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quarante-quatrième tome de One Piece, « Rentrons » réunit les chapitres 420 à 430 et porte l'arc Enies Lobby à son point d'incandescence. L'équipage au chapeau de paille est venu arracher Nico Robin au Gouvernement mondial, et l'affaire ne se règle plus par les voies prévues : acculé, Spandam déclenche le Buster Call. La flotte de la Marine encercle l'île judiciaire et la pilonne sans égard pour ce qui s'y trouve, ses propres hommes compris. Sous les obus, chacun tient son front. Luffy affronte Rob Lucci, le plus redoutable des agents du CP9, et dévoile contre lui une nouvelle métamorphose de son corps élastique, le Gear Third. Ailleurs, le combat à mort se poursuit sur le pont de l'hésitation, un navire de secours cherche à rejoindre les fugitifs et l'équipage attend son capitaine. Lucci finit par tomber. Le volume emprunte son titre au chapitre 428 et change de régime dans ses dernières pages : quitter l'île ne sera pas un simple départ, et le Vogue Merry, trop abîmé, n'ira pas plus loin. Prépublié dans le Weekly Shonen Jump, ce tankobon paru chez Glénat se lit de droite à gauche.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le tome où le fracas apprend à se taire

Onze chapitres, pas une page d'exposition : le volume 44 s'ouvre en plein siège et se referme sur autre chose qu'un combat. C'est le tome où l'arc Enies Lobby solde ses comptes, ceux de l'action comme ceux du sentiment. Un tome de manga est une fraction de récit, et celui-ci l'assume jusqu'au bout : il n'inaugure rien, il achève une bataille et ouvre un manque. La série ne produit pas si souvent de volumes charnières ; celui-ci est de ceux où la victoire arrive avec sa facture.

Le pari de découpage est simple et redoutable. Oda a dispersé son équipage sur une île entière, chacun face à son adversaire, et il court le risque classique du shonen à fronts multiples : des duels autonomes qui, faute d'horloge commune, se mettent à flotter. Le Buster Call règle le problème d'un coup. Le bombardement impose de l'extérieur une contrainte unique à des scènes qui n'en partageaient plus aucune, et à partir de là chaque page est datée par les obus. La question n'est plus de savoir qui l'emportera dans tel affrontement, mais si le temps suffira, et cette question unique ressoude les fragments en un seul mouvement.

Le découpage suit. Oda coupe court, deux ou trois pages par front, avec des raccords qui ne s'excusent pas et laissent au lecteur le soin de recomposer la géographie de l'île. C'est un tome que l'on tourne plus vite qu'on ne le regarde, et c'est un compliment tant l'effet est calculé : le rythme mime l'urgence au lieu de la commenter. Restent quelques îlots où le trait s'attarde, le dévoilement du Gear Third au premier chef, et l'intermède de la légende de la sirène, qui relâche la pression en plein pilonnage. Cette habitude d'Oda de glisser une digression comique au pire moment n'est pas un accident de ton : c'est son refus obstiné de la solennité, et elle prépare, par contraste, le silence de la fin.

Graphiquement, le noir et blanc a rarement autant travaillé dans cet arc. La destruction à grande échelle est ce qu'Oda aime dessiner, et il l'attaque par le blanc plutôt que par le noir : les colonnes de fumée sont des réserves, les impacts des vides qui mangent le décor, et l'île finit par se lire en négatif de ce qu'elle était. Le contraste avec la rondeur caricaturale des corps reste entier. Luffy gonfle, se déforme, se réduit, et cette élasticité comique cohabite avec un adversaire tout en lignes tendues. Rob Lucci ne fanfaronne pas, ce qui est rare dans la série et vaut beaucoup ici : le duel se joue à l'endurance plutôt qu'à la surenchère, et le dessin le dit en accumulant les corps abîmés plutôt que les effets.

La dramaturgie, elle, décrit une courbe descendante, et c'est là l'originalité du volume. Les titres de chapitres tracent le trajet à eux seuls : on part de « Buster Call », on passe par « Combat à mort au pont de l'hésitation » et « L'équipage attend son capitaine », on arrive à « Rentrons », puis à « Des flocons de neige chargés de souvenirs ». Le tome commence en artillerie et finit en veillée. Oda ne s'arrête pas au coup de poing décisif : il consacre ses dernières pages à ce que ce coup de poing a coûté, et le récit bascule de l'assaut vers la séparation. Peu de séries au long cours osent ce décrochage à l'intérieur d'un même volume relié.

Reste la place dans l'ensemble : dernier tiers d'Enies Lobby, seuil de sortie de la saga Water Seven. Le tome referme le dossier du CP9 et en ouvre un autre, sentimental celui-là, dont la suite héritera. On peut lui reprocher d'être entièrement suspendu à ce qui précède ; on peut aussi y voir la définition même du bon tome charnière, qui ne se contente pas de conclure mais déplace la série ailleurs.

Notre verdictUn tome de haute intensité qui refuse de s'arrêter à l'intensité. Oda y démontre sa maîtrise du récit à fronts multiples en faisant du Buster Call une horloge qui synchronise tout, puis il fait basculer son volume vers un registre que le shonen d'action réserve d'ordinaire aux épilogues. Le dessin accompagne ce double mouvement, du pilonnage traité en réserves de blanc jusqu'à des dernières pages beaucoup plus calmes. On lui pardonnera ses digressions comiques mal placées et ses fronts secondaires expédiés, défauts de vitesse plus que de conception. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit prise dans un ensemble immense, il fait exactement ce qu'on attend d'un volume charnière : il conclut une bataille et ouvre un deuil. Rentrer, ici, coûte quelque chose, et le tome a l'honnêteté de le montrer avant de tourner la page.

Points forts

  • Le Buster Call comme horloge dramatiqueEn imposant un compte à rebours venu de l'extérieur, le bombardement refond des duels dispersés en une action unique. C'est une solution de construction élégante au problème des fronts multiples, et elle donne au volume une tension continue que les affrontements pris séparément n'auraient jamais produite.
  • Un découpage nerveux, tenu jusqu'au boutOda coupe court, alterne les fronts sur deux ou trois pages et laisse le lecteur recomposer l'espace. Le rythme mime l'urgence au lieu de la commenter, et le procédé ne s'use pas sur les onze chapitres.
  • Le pilonnage traité par le blancLa destruction est attaquée par la réserve plutôt que par l'encre: fumées en blanc, impacts en creux, décor qui se lit en négatif de lui-même. Le noir et blanc y gagne une ampleur que la couleur aurait aplatie, et le contraste avec les corps caricaturaux reste parfaitement tenu.
  • Un dernier mouvement qui change de régimePasser de l'artillerie à la veillée à l'intérieur d'un même tome relié est un geste rare dans le shonen de série. Les dernières pages ne prolongent pas le combat, elles en présentent la note, et c'est ce décrochage qui donne au volume son titre et sa raison d'être.

Réserves

  • Aucune porte d'entréeLe tome présuppose plusieurs milliers de pages. Il ne rappelle rien, ne présente personne, et qui l'ouvrirait sans avoir suivi la saga Water Seven n'y trouverait qu'une fin de siège peuplée d'inconnus. C'est la loi du genre, mais elle joue ici à plein régime.
  • La tension retombe à chaque digression comiqueL'intermède de la légende de la sirène, placé au cœur du bombardement, casse net une pression qu'Oda avait mis des chapitres à monter. Le gag fonctionne, la mécanique de l'urgence en souffre, et le reproche vaut aussi pour la contrepartie burlesque du Gear Third, qui désamorce le duel au moment où il devrait être le plus grave.
  • Des fronts secondaires expédiésÀ vouloir tout tenir en onze chapitres, certains affrontements se réduisent à quelques pages de relance. Ils avancent sans respirer, et le lecteur les traverse plus qu'il ne les vit, au bénéfice presque exclusif du duel principal.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome ne fonctionne que comme onzième mouvement d'une phrase commencée bien avant lui : il s'adresse aux lecteurs déjà engagés dans la série, idéalement depuis l'ouverture de la saga Water Seven. Les amateurs de shonen d'action y trouveront l'un des sommets d'orchestration d'Oda, avec une dizaine de fronts tenus sous une seule contrainte de temps et un duel principal qui se joue à l'usure. Il parlera plus fort encore à ceux qui suivent le voyage depuis les premiers tomes et qui ont un attachement pour le Vogue Merry, car les dernières pages s'adressent directement à eux. En revanche, le curieux qui voudrait goûter à One Piece par un volume isolé doit passer son chemin : rien ici n'est conçu pour être lu seul.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.