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MangaLangue d’origine : Japonais

"Rocketman" !

Première publication
2007
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Trente-huitième tome de One Piece, « "Rocketman" ! » réunit les chapitres 358 à 367 et se situe au cœur de l'arc Water Seven, la cité des charpentiers navals. Nico Robin est aux mains du CP9, l'unité secrète du Gouvernement mondial, qui quitte l'île à bord du Puffing Tom, le train des mers, pour la conduire à Enies Lobby. Le départ coïncide avec l'Aqua Laguna, la marée géante qui submerge périodiquement Water Seven. Il faut donc s'élancer en pleine tempête, sans navire disponible, et l'équipage au chapeau de paille trouve ses alliés là où il ne les attendait pas : Kokoro, la chef de gare, Icebarg et les charpentiers de la Galley-La Company, la bande de Franky. Ensemble, ils remettent en marche le Rocketman, prototype de train aquatique dépourvu de frein, et le lancent sur des rails que la mer recouvre. À l'instant de l'appareillage, un tireur masqué qui se fait appeler Sniperking surgit pour se joindre à la poursuite. Dix chapitres tenus par un compte à rebours : une ville qui sombre, un train qui s'éloigne, une locomotive sans frein lancée derrière lui.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Une locomotive sans frein sous la marée géante

Un tome de One Piece se juge à sa fonction dans l'arc qui le porte. Celui-ci n'ouvre rien et ne conclut rien : il organise un départ. Dix chapitres pour relever une troupe à terre, réquisitionner un engin impossible et le jeter sur des rails que la marée recouvre. Eiichirō Oda y travaille une matière rare dans le shonen d'aventure, l'élan collectif, et il la met en scène avec une précision d'ingénieur : chaque obstacle a sa solution, chaque solution son prix. Lu isolément, « "Rocketman" ! » ne se suffit pas une seconde. Lu à sa place, c'est la charnière qui fait basculer un drame urbain en récit d'assaut.

Le découpage se laisse lire dans les seuls titres de chapitres : « Résurrection », « Bingo », « Départ imminent », « Post-scriptum », puis « Marée descendante », « Aqua Laguna », « Kokoro », « "Rocketman" ! », « En avant toute ! » et « Sniperking ». Le premier tiers remet debout, le deuxième équipe, le dernier lance. Oda fait tourner deux horloges en sens contraire : le Puffing Tom qui s'éloigne vers Enies Lobby, l'Aqua Laguna qui monte sur la ville. Toute la tension du volume tient dans l'écart entre ces deux compteurs, et c'est ce qui permet à des séquences de pure logistique (trouver une machine, dégager une voie, désigner un conducteur) d'être aussi tendues qu'un affrontement. Le régime de la prépublication hebdomadaire y est pour beaucoup : chaque chapitre doit se refermer sur une marche gagnée ou perdue, et la lecture en volume conserve cette scansion au lieu de la lisser.

La grande idée dramaturgique est de retourner le décor contre les personnages avant de le leur rendre. Water Seven a été installée depuis plusieurs tomes comme une cité posée sur l'eau, quadrillée de canaux et desservie par un train qui roule sur la mer. Ici, cette topographie cesse d'être pittoresque : la marée devient l'obstacle et le rail noyé la seule route praticable. Le Rocketman n'est pas un secours tombé du ciel, c'est un rebut du décor, une machine que son absence de frein disqualifiait et que l'urgence requalifie. Oda respecte les règles qu'il s'était données en bâtissant sa ville, et le sauvetage y gagne une crédibilité mécanique dont peu de séries de ce format se soucient.

Le dessin suit ce basculement. Les planches en noir et blanc jouent l'opposition des masses : aplats sombres de la vague, réserves de blanc pour les embruns, trames pour tout l'entre-deux, et des cadrages qui écrasent les silhouettes sous le volume d'eau. Oda revient surtout à ce qu'il fait de mieux, la composition de foule : charpentiers, ouvriers, badauds, tout un peuple entassé dans la case et chacun reconnaissable à son seul contour. Le sens de lecture japonais, conservé par Glénat, sert cette poussée : l'œil traverse la planche de droite à gauche, et une poursuite lancée dans ce sens se lit comme un mouvement continu plutôt que comme une suite d'images. Le dessin de la machine elle-même, museau saillant et face avant expressive, entretient ce mélange très personnel de mécanique burlesque et de film catastrophe.

Reste la fonction du volume. C'est un tome de transition assumé, celui où l'on recompose une équipe et où l'on redistribue les alliances : Kokoro et Icebarg entrent dans le jeu, Franky et les charpentiers de la Galley-La passent du côté des Chapeaux de paille, et l'ennemi cesse d'être un homme pour devenir une institution. La couverture l'annonce avant le récit, puisqu'elle réunit Luffy, Sanji, Sniperking, Kokoro, Chimney et Gonbe plutôt qu'un adversaire. Quant à l'apparition du tireur masqué au dernier chapitre, traitée sur le registre burlesque du déguisement, elle illustre une méthode qu'Oda maîtrise mieux que personne : laisser un costume porter ce qui ne peut pas encore se dire à visage découvert. Le nœud n'est pas dénoué, il est mis en réserve, et le volume se referme à la seconde précise où la machine s'ébranle.

Notre verdict« "Rocketman" ! » est un tome de transition qui refuse d'être un tome creux. Oda y fait tenir en dix chapitres une reconstitution d'équipage, une catastrophe naturelle, un renversement d'alliances et un départ, sans jamais recourir à la facilité d'un affrontement pour occuper le lecteur. La réussite majeure est d'avoir fait du décor lui-même le moteur du récit : la ville qui coule fournit à la fois l'obstacle et le véhicule. On lui reprochera un démarrage encombré et l'absence de toute résolution, deux défauts inhérents à sa fonction de charnière. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit chargée de lancer la seconde moitié d'un arc, c'est l'un des volumes les mieux construits de cette portion de la série.

Points forts

  • Un décor qui devient moteur d'intrigueL'Aqua Laguna n'arrive pas comme une catastrophe de convenance: c'est le fonctionnement normal de Water Seven, installé de longue date, qui se retourne contre les héros avant de leur fournir leur seule route. Même logique pour le Rocketman, prototype dépourvu de frein, donc parfaitement à sa place dans une cité de charpentiers navals. Le sauvetage tient debout parce que ses moyens étaient déjà sur la table.
  • Un compte à rebours découpé au cordeauDix chapitres, deux horloges contraires, une progression limpide: réparer, équiper, lancer. Le volume transforme des étapes purement pratiques en suspense véritable, sans avoir besoin d'un combat pour retenir le lecteur. Peu de tomes de transition, dans le shonen d'aventure au long cours, sont aussi solidement charpentés.
  • La foule traitée comme un spectacle graphiqueCharpentiers, ouvriers, habitants, chef de gare: Oda remplit ses cases d'une multitude dont chaque silhouette reste identifiable, et fait de la solidarité un mouvement de composition plutôt qu'un discours. C'est le meilleur usage possible du noir et blanc, où la densité des trames et des masses sombres tient lieu de clameur.

Réserves

  • Un volume sans véritable affrontementQui ouvre ce tome en attendant un combat en sortira frustré: « "Rocketman"! » est fait de préparatifs, de ralliements et de course contre la montre. Les adversaires du moment sont dans un train qui s'éloigne, et l'essentiel de l'action consiste à leur courir après. Le choix est cohérent, mais il repousse toute confrontation au volume suivant.
  • Une première moitié encombréeAvant que la machine ne démarre, Oda doit repasser par beaucoup de monde: personnages secondaires à replacer, rancunes à solder, informations à redonner. Le tome met un bon tiers à trouver son régime, et la lecture d'une traite fait sentir ce temps de chauffe que la parution hebdomadaire dissimulait.
  • Aucune porte d'entrée pour le nouveau venuLe volume ne s'explique jamais: l'enlèvement de Nico Robin, la nature du CP9, le rôle d'Icebarg ou celui de Franky sont supposés acquis. C'est la règle du jeu pour un tome de milieu d'arc, mais il faut le dire à qui envisagerait de commencer ici.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans l'arc Water Seven, qui y trouveront le moment où la série change de braquet et passe du drame urbain à l'expédition. Il parlera particulièrement à ceux qui aiment chez Oda l'art du dispositif : les décors qui fonctionnent comme des machines, les scènes chorales à cinquante personnages, les objets plantés vingt chapitres plus tôt qui trouvent enfin leur emploi. Les amateurs de combats auront intérêt à enchaîner aussitôt avec la suite, puisqu'ils ne trouvent ici que l'élan qui les précède. Commencer la série par ce volume n'aurait aucun sens, mais pour un lecteur adolescent ou adulte qui veut comprendre comment un shonen tient la distance sur des dizaines de tomes, c'est un échantillon exemplaire de la méthode. Rappelons enfin que l'édition Glénat conserve la lecture de droite à gauche, qui reste la meilleure façon de recevoir les grandes pages d'élan de ce tankobon.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.